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Par Haidar Eid, 18 septembre 2019

Les sondages de sortie des urnes apparaissent sur un écran au siège du parti Bleu Blanc de Benny Gantz, après les élections législatives israéliennes, à Tel Aviv (Israël), 17 septembre 2019. (Photo : Reuters)

Il y a cinq mois, j’ai écrit pour Middle East Eye un article sur les élections législatives israéliennes dans lequel j’affirmais que ces élections ne changeraient absolument rien pour nous, les Palestiniens, la population indigène de cette terre. Et aujourd’hui, les Israéliens se sont de nouveau rendus dans les bureaux de vote, apparemment pour vivre une réédition de ce qui s’est passé en avril. Et pourtant, les Israéliens ne connaissent toujours pas l’identité de leur prochain Premier Ministre.

Mais nous, les Palestiniens, sommes certains que ce sera un Blanc ashkénaze du sexe masculin, fidèle au consensus sioniste qui unit actuellement tous les partis quel que soit leur programme pour le pays. Qu’il s’agisse de Benny Gantz, criminel de guerre incontestable, ou de Benjamin Nétanyahou, ou de tout autre dirigeant, le nouveau Premier Ministre israélien n’acceptera ni un État palestinien indépendant dans les frontières de 1967, ni le retour de réfugiés palestiniens éparpillés dans des camps de réfugiés dans les pays limitrophes, ni la souveraineté palestinienne sur Jérusalem, ni l’expulsion des colons juifs israéliens des colonies israéliennes de Cisjordanie. Presque tous les partis politiques participant aux élections sont sionistes, à l’exception de la Liste arabe unie.

Ces élections ont vu s’affronter des politiciens qui, au fil des années, se sont disputés pour savoir qui avait tué le plus de Palestiniens. Benny Gantz s’est vanté d’avoir “[renvoyé] des parties de Gaza à l’âge de pierre” après avoir “détruit 6 231 cibles”. Nétanyahou a célébré la nature raciste de l’État d’Israël : “ Israël n’est pas l’État de ses citoyens… Israël est l’État-nation du peuple juif—et de lui seul !” Ajoutez à ces attitudes nationalistes dignes du 19e siècle l’appel évident d’Avigdor Liberman au nettoyage ethnique des Palestiniens israéliens et son encouragement à “couper à la hache” la tête des “Arabes” qui s’opposent à Israël. Quant à Naftali Bennet, il se vante d’avoir “tué une quantité d’Arabes !” Ces citations nous permettent d’avoir une vision plus claire de la direction prise par Israël.

Nous autres Palestiniens, nous n’avons rien à fêter. Les Noirs opprimés d’Afrique du Sud ne manifestaient aucun enthousiasme quand le régime d’apartheid organisait des élections lors desquelles ils n’avaient pas le droit de voter. Ils ne souhaitaient pas non plus indiquer leur “préférence.” Pour eux, PW Botha ou Eugène Terre Blanche, ou même les dirigeants du Parti libéral, se valaient tous tant que l’apartheid restait intouché. De façon comparable, ce qu’il faut contester dans l’Israël de l’apartheid est le système d’oppression à niveaux multiples qui lui confère les caractéristiques d’une colonie de peuplement fondée sur le nettoyage ethnique des Palestiniens indigènes. Il n’existe pas de parti israélien qui soit idéologiquement capable d’agir ainsi, de poser les questions nécessaires sur l’égalité, le retour des réfugiés palestiniens, et la comparution à la Cour de La Haye de leurs dirigeants (qui se trouvent être ceux qui ont remporté les élections). Même la Liste unie, à un moment donné, était prête à flirter avec le criminel de guerre Benny Gantz pour faire chuter un autre criminel de guerre, Nétanyahou, comme si cela aurait eu le moindre sens pour les Palestiniens assiégés et massacrés de Gaza et de Cisjordanie !

Ce qui aurait un sens pour nous, les 12 millions de Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et à Gaza, et ceux qui vivent dans la Diaspora, qui s’ajoutent au 1,6 million de citoyens de seconde classe d’Israël, c’est une désionisation de l’État d’Israël comme point de départ, et un engagement à mettre en œuvre sans délai le droit international, avec des mesures comme le retrait des troupes de Cisjordanie et de Gaza, ou l’autorisation des réfugiés à regagner les villages et les villes dont ils ont été chassés en 1948 par nettoyage ethnique. En somme, le seul fait qu’il faudrait célébrer serait la démocratie laïque régie par l’état de droit et dans laquelle TOUS les citoyens sont traités également, quelle que soit leur origine ethnique et religieuse. En dehors de cet objectif, on n’a affaire qu’à un recyclage d’un nationalisme ethnique du 19e siècle camouflé par des slogans qui n’ont rigoureusement aucun sens pour nous, les Palestiniens.

Haidar Eid est Professeur associé de littérature postcoloniale et postmoderne à l’Université al-Aqsa, à Gaza. Il est l’auteur de nombreux textes sur le conflit israélo-arabe, publiés notamment sur Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy. Il a publié des articles sur les études culturelles et la littérature dans de nombreuses revues, notamment Nebula, le Journal of American Studies in Turkey, Cultural Logic, et le Journal of Comparative Literature.

Traduction: SM  pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss