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Saeed Kamali Dehghan – 27 septembre 2019

Les coupures d’électricité ont été le quotidien, aussi longtemps que Majd Mashharawi puisse s’en souvenir. Puis, un voyage au Japon a tout changé.

Une jeune Palestinienne lit à la lumière d’une bougie après une coupure d’électricité au camp de Jabaliya de la ville de Gaza. Photo: Anadolu Agency/Getty Images

Lorsque l’entrepreneure palestinienne Majd Mashharawi a quitté Gaza pour la première fois en 2017, elle s’est comptée avec chance parmi une petite minorité ayant la possibilité de s’éloigner d’un lieu décrit par ses habitants comme la plus grande prison à ciel ouvert du monde.

Mais au cours de son voyage au Japon, ce qui a le plus retenu son regard, ce fut l’éclairage des rues. L’enclave palestinienne d’où elle vient est connue pour ses coupures d’électricité. Mashharawi, âgée de 25 ans, a décidé de faire quelque chose sur ce problème lorsqu’elle retournerait à Gaza.

Sa solution a été de lancer SunBox (boîte solaire), une société visant à donner accès à l’énergie en fournissant, entre autres, des kits solaires hors réseau à des familles.

Pour un coût de 350 $ (321 €), le kit solaire est souvent partagé par deux familles et il génère de l’électricité pour une série d’appareils tels que des lampes, des téléphones, des télés, et même de petits réfrigérateurs, de même que des connexions internet.

« J’ai passé tout mon (temps de) collège assise à côté d’une bougie » dit Mashharawi. « Les hôpitaux ont la priorité, ils ont huit à dix heures d’électricité – les gens en ont de trois à quatre heures ».

Lorsque les coupures de courant ont commencé, Mashharawi avait 12 ans. « C’est devenu une partie de ma vie. C’est ennuyeux… mais vous ne savez pas ce que c’est jusqu’à ce que vous le voyiez dans la vraie vie » a-t-elle dit. «  Lorsque j’étais à Gaza, j’acceptais cela mais quand je suis allée au Japon et que j’ai vu toutes ces lumières qu’ils ont dans les rues, comme c’est facile… on va simplement à la salle de bains, on prend (une) douche chaude, c’est tellement facile ».

L’électricité de Gaza vient de sa centrale électrique au diesel, ainsi que d’Israël et d’Égypte, mais elle reçoit moins de la moitié de ses besoins pour une fourniture de 24 heures. La capacité de la centrale électrique à générer de l’électricité a été affectée par les bombardements israéliens de même que par l’accès limité qu’a Gaza au fuel.

 Majd Mashharawi (troisième à droite) sur le site de production de sa société GreenCake (GâteauVert), dans la ville de Gaza. Photo: Ali Jadallah/Anadolu Agency/Getty Images

L’électricité, dit Mashharawi, est essentielle, notamment pour les malades. « Pour les gens qui ont besoin d’électricité pour leurs équipements médicaux, pour eux, c’est vital. Certaines personnes passent des heures à l’hôpital parce qu’elles ont besoin de certains équipements qui ne peuvent fonctionner avec de petites batteries et qu’elles n’ont pas d’argent pour acheter une génératrice ».

Mashharawi, qui est ingénieure civile, s’est déjà fait un nom comme entrepreneure après avoir mis au point une brique alternative pour réparer des maisons endommagées par les frappes aériennes israéliennes sur Gaza. Ouverte en 2016, sa société GreenCake fabrique des blocs de béton faits en grande partie de débris de maisons mélangés à de la cendre et à une petite quantité de ciment importé.

Les kits SunBox consistent en un ou deux panneaux, un capteur solaire et une batterie ; les composants viennent de Chine, du Canada, des États Unis et même d’Israël. Le kit de base peut être amélioré. Il existe un système par répartition, par lequel les gens peuvent répartir le coût sur une année.

Lancé l’an dernier, SunBox est déjà un succès. Ses projets comportent l’installation d’un système de 250 Kw pour une usine de dessalement d’eau de mer. Le personnel est désormais de 10 membres et le chiffre d’affaires de juillet a été de 500 000 dollars (458 000 €).

Le but de Mashharawi est cependant  de faire plus que de fournir de l’électricité. « En Cisjordanie, ils ont de l’électricité, mais le problème, c’est la dépendance. Ils sont très dépendants d’Israël. Une de nos missions est de donner de l’indépendance aux Palestiniens. Si nous voulons créer un pays, nous devons être indépendants ».

Majd Mashharawi installe le système SunBox, avec (de gauche à droite) Ahmad Barzaq, Ammar Nada et Riham Abu Haiba. Photo: avec la permission de SunBox

En tant que jeune femme, Mashharawi  a défié le destin. Enfant, elle dit qu’elle ressentait que « Gaza était trop petit pour moi ». Elle a obtenu une bourse Erasmus pour étudier en Allemagne mais n’a pas pu participer au programme parce qu’il lui a fallu huit ans pour arriver à quitter Gaza. Elle a choisi de faire un séjour de vacances au Japon d’où est née l’idée de SunBox.

Participant récemment à l’Expo Palestine à Londres, une rencontre destinée à mettre en valeur les arts et la culture palestiniens, elle a dit qu’elle avait dû passer par un processus interminable pour avoir la permission de voyager et qu’on lui avait d’abord dit qu’elle ne pouvait pas partir.

« Les Israéliens m’ont interdit de quitter le pays pendant un an pour raisons de sécurité. Ils disaient que c’était impossible, mais mon dictionnaire n’a pas le mot impossible ». Une intervention de l’ambassade de Suisse, qui lui a envoyé une voiture diplomatique, l’emmena de la frontière Gaza/Israël en Jordanie.

« C’est très dur. Au début c’était vraiment impossible, tout était contre nous, la communauté, la famille, les parents, les amis, mais si l’on croit à quelque chose, tout le monde va y croire, même l’ennemi » dit-elle.

Malgré son succès et ses nombreux voyages à l’étranger, Mashharawi dit qu’elle ne veut vivre nulle part ailleurs qu’à Gaza.

« À Gaza, il y a une fin à tout. Regardez la mer, il y a des bateaux d’Israël, regardez la terre, il y a un mur ou une barrière, conduisez 40 minutes, c’est le bout. On ne peut pas aller plus loin » dit-elle.

« Je conduis tous les weekends simplement vers le nord de Gaza pour voir le bout, pour me convaincre que cela devrait prendre fin. Le blocus ne nous a pas juste bloqués physiquement, il a aussi bloqué nos esprits.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine
Source : The Guardian