Les 2,1 millions d’habitant-es de Gaza sont contraint-es par Israël de vivre dans un périmètre toujours plus restreint, et soumis-es à des conditions de siège toujours plus dures.
Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 21 juillet 2026

“Le génocide de Srebrenica constitue un avertissement historique clair quant aux conséquences mortelles du siège des civils et de la privation de protection et de produits de première nécessité, en particulier lorsque ces actions s’inscrivent dans un comportement systématique qui est un élément central d’un génocide en cours, comme on le constate à Gaza.”
“À la veille de la chute de Srebrenica en 1995, près de 40 000 personnes étaient assiégées sur une superficie d’environ 150 km². Aujourd’hui, pour la plupart des quelque 2,1 millions d’habitant-es de Gaza, la zone habitable restante s’est réduite à à peine 128 km².”
C’est le rapprochement glaçant effectué par l’observatoire des droits humains Euro-Med, dans un communiqué de presse paru au début du mois. Loin de prétendre hiérarchiser les génocides, l’organisme propose cette mise en perspective afin de mettre à l’épreuve le narratif qui voudrait que le génocide à Gaza aurait cessé depuis la mise en place du “cessez-le-feu” en octobre dernier.
Sur le plan géographique et démographique, Gaza est désormais confinée à une superficie inférieure d’environ 15 % à celle de Srebrenica, mais avec une population plus de 50 fois plus nombreuse et une densité de population environ 60 fois plus élevée, le tout au milieu des décombres, des déchets et d’un manque criant de conditions de vie élémentaires.
La “ligne jaune” sans cesse repoussée
Euro-Med dénonce le siège illégal de Gaza par Israël, ainsi que la volonté israélienne d’avancer encore sa “ligne jaune”, donnant lieu à “ une annexion et à une saisie illégales de terres” et repoussant les Gazaoui-es dans un périmètre toujours plus restreint.
Les frappes militaires israéliennes n’ont pas cessé à Gaza, et se sont intensifiées ces derniers jours : habitations, camps de réfugiés, marchés et voies publiques sont la cible d’attaques quasi quotidiennes, tandis que les analystes politiques alertent sur le fait que l’extension de la campagne militaire réduit progressivement les zones où les Palestinien-nes peuvent encore rester.
Cette situation est en partie dûe aux activités militaires israéliennes à proximité de la “ligne jaune”, que les soldat-es israélien-nes déplacent progressivement et dont les autorités ont déclaré qu’elle constiuait “une nouvelle frontière”, en violation flagrante de l’accord en vigueur et du droit international.
« Je suis sorti et j’ai trouvé les parpaings jaunes devant ma maison. Le message était clair : nous devons partir. J’ai trois enfants, et je ne sais pas où nous sommes censés aller. Il ne reste plus aucun endroit sûr pour nous », raconte pour Middle East Eye Hamada Ahmed, habitant de Gaza déplacé de force.
Jour après jour, Israël modifie le paysage démographique et militaire de la bande de Gaza en renforçant son contrôle de facto et en imposant de sévères restrictions sur environ 65 % de l’enclave. L’annonce par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de l’extension du contrôle militaire à plus de 70 % de Gaza met en évidence l’objectif de poursuivre le colonialisme de peuplement et d’expulser les Palestiniens autochtones de la région, car ce plan ne laisserait qu’environ 109 km² aux habitants.
Si cela venait à se produire, l’espace restant tomberait à environ 52 m² par habitant-e, et la densité de population passerait à environ 19 300 personnes par km², soit environ 72 fois plus que la densité enregistrée à Srebrenica en 1995, selon Euro-Med.
Cependant, les bombardements israéliens sont loin de ne concerner que les zones à proximité de la ligne jaune : chaque semaine, des frappes sont rapportées dans des camps de réfugié-es, des hôpitaux, des centres de distribution alimentaire. « Chaque fois que nous pensons qu’un endroit est devenu plus sûr, les bombardements reprennent », résume Jamil Abu Shawarib, un autre habitant de Gaza, pour Middle East Eye.
Craintes d’un transfert forcé de la population
Selon de nombreux-ses analystes, ces conditions de vie imposées par Israël visent à rendre inhabitable la bande de Gaza, avant de mettre en place un plan, annoncé de longue date, d’un “départ volontaire” qui équivaudrait en réalité à un nettoyage ethnique.
Euro-Med estime que les conditions de vies imposées par les destructions, le siège et les attaques incessantes israélienne “transforment tout choix en une conséquence de la coercition physique et psychologique exercée par les autorités israéliennes. Tout départ d’habitants de la bande de Gaza dans ces conditions ne peut donc être considéré comme volontaire, mais relève du déplacement forcé, qui est interdit par le droit international.”
En mars dernier, le gouvernement israélien a créé une administration spécifique chargée d’administrer le projet de « départ volontaire » des Gazaoui·es, plaçant une revendication de longue date des colons israéliens à l’agenda officiel du gouvernement, quand bien même elle entre en contradiction totale avec le plan de « paix » officiellement en vigueur depuis octobre 2025.
Euro-Med alerte que “les tentatives de transfert forcé de la population s’inscrivent dans le prolongement direct de l’approche coloniale de peuplement d’Israël, qui persiste depuis des décennies et repose sur des politiques visant à effacer l’histoire, l’espace et la démographie palestiniens, ainsi que sur la saisie systématique de terres. Cette phase se caractérise par son rythme rapide et son ampleur considérable, visant à toucher plus de deux millions de personnes victimes d’un génocide en cours. Ces personnes sont privées de protection juridique et de moyens de survie élémentaires depuis près de trois ans.”



