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Yumna Patel – Mondoweiss – 4 septembre 2019

Des patients à la clinique MSF à Gaza (photo : MSF-F)

Depuis un an que la Grande Marche du Retour a commencé, ce sont des milliers de Palestiniens de la bande de Gaza, principalement des hommes jeunes, qui ont reçu, par les forces israéliennes, des blessures ayant changées leur vie.

Aujourd’hui, le groupe Médecins Sans Frontières (MSF), qui a soigné des centaines de Gazaouis blessés lors de ces manifestations, affirme qu’ « il fait face à des défis immenses » dans le traitement des patients qui ont été frappés par les balles de l’armée.

Selon un nouveau rapport publié par MSF, plus de 1000 Palestiniens blessés par les balles de l’armée israélienne au cours de l’année écoulée ont développé des « infections graves des os » de plus en plus difficiles à traiter.

Vidéo : Visites pour des soins à la clinique de Médecins Sans Frontières à Gaza :

Les forces israéliennes ont blessé plus de 7400 Palestiniens alors qu’ils manifestaient, « dont la moitié environ souffre de fractures ouvertes où l’os est fracturé près de la blessure » dit MSF.

« Leurs blessures, graves et complexes, nécessitent des mois – si ce n’est des années – de pansements, de chirurgie et de kinésithérapie », indique MSF.

Le groupe note que si les blessures par balle sont évidemment sujettes à infection, la nature des blessures à Gaza – des os éclatés et de grosses blessures restant ouvertes longtemps – augmente « sévèrement » le risque d’infection. 

« Quand vous avez une fracture ouverte, vous avez besoin de beaucoup de choses pour vous rétablir : des types différents de chirurgie, une kinésithérapie, et éviter que la blessure ne s’infecte, ce qui est un haut risque avec ces types de blessures », affirme Aulio Castillo, responsable de l’équipe médicale MSF à Gaza, dans une déclaration. 

« Malheureusement, pour nombre de nos patients qui ont été blessés par balle, la gravité et la complexité de leur blessure – combinées avec la grave pénurie à Gaza des traitements qui leur sont nécessaires – font qu’ils développent aujourd’hui des infections chroniques » poursuit Castillo.

De plus, beaucoup de ces infections que connaît le groupe sont réfractaires aux antibiotiques, « ajoutant à la voie déjà compliquée de la guérison que ces personnes blessées doivent emprunter ».

Les antibiotiques « puissants » requis pour traiter ces infections réfractaires, note le groupe, ne font pas que présenter un risque plus élevé d’effets secondaires, ils sont encore beaucoup plus coûteux.

MSF souligne que même si la situation sanitaire à laquelle ces victimes de blessures par armes à feu sont confrontées serait difficile à traiter partout dans le monde, à Gaza, le système de santé défaillant rend leur travail vraiment plus difficile.

« Avec un système de santé bouleversé par plus d’une décennie de blocus israélien, de luttes internes palestiniennes et de restrictions égyptiennes sur les déplacements, MSF s’efforce d’apporter les soins qui seraient autrement inaccessibles » dit le groupe. 

Ces dernières années, les hôpitaux de Gaza ont failli fermer à plusieurs reprises à cause du manque de carburant, des difficultés financières, et du prix exorbitant des médicaments, le tout exacerbé par le blocus paralysant d’Israël.

« Cela nous impose d’énormes exigences en termes de personnel spécialisé, de médicaments que nous devons fournir et d’espace dont nous avons besoin pour traiter ces infections » dit Castillo.

« C’est difficile, mais nous faisons de notre mieux pour apporter à cette population la chirurgie et le traitement dont elle a besoin ».

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre le 30 mars 2018 et le 31 mars 2019, il a été répertorié 277 morts et plus de 28 000 blessés.   

Les blessures par balle représentent 25 % du nombre total des victimes, et on estime à 172, le nombre de personnes blessées par balles qui resteront handicapées toute leur vie, dont 36 enfants.

Yumna Patel est la correspondante de Mondoweiss en Palestine.

Traduction: JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss