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Yousef M. Aljamal – The Electronic Intifada – 16 octobre 2019

Les stocks de médicaments sont dangereusement bas à l’hôpital al-Shifa dans la ville de Gaza. (Mohammed Asad APA )

Shaaban est un enfant de 10 ans atteint d’autisme.

Il a besoin d’aide pour ses études, et d’un traitement médical qui peut coûter jusqu’à 900 $ par mois. Sans son médicament, il peut se mettre à pousser des cris, à avoir des difficultés pour dormir la nuit, et même parfois, à perdre conscience.

Irahim, le père de Shaaban, travaille comme gardien dans une école locale. Suite au ralentissement économique général causé par le siège israélien de Gaza, Ibrahim a vu son salaire mensuel tomber d’environ 450 $ à 350 $ ces dernières années.

Il doit s’occuper de ses quatre enfants, dont Shaaban. Et près de la moitié du salaire d’Ibrahim sert à rembourser un prêt bancaire qui lui a été accordé pour construire la maison familiale.

Autre problème, la plupart des médicaments prescrits pour Shaaban ne sont pas disponibles à Gaza.

« Je me sens impuissant » dit Ibrahim. « Je n’ai pas les moyens d’acheter ni même de trouver les médicaments dont Shaaban a besoin. C’est trop dur. Je fais tout ce que je peux pour mon fils ; je ne sais pas ce que je peux faire de plus ».

L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme, basé à Genève, a publié en août les conclusions de ses recherches sur les enfants autistes palestiniens. L’organisation déclare que la plupart des parents d’enfants autistes qu’elle a interrogés se plaignent que le traitement est trop coûteux pour eux étant donné qu’aucun soutien financier n’est fourni par les autorités.

Un tableau inquiétant

Le siège d’Israël – imposé depuis 2007 – a énormément porté atteinte au système de santé de Gaza. Un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la Santé indique que sur les 516 articles figurant sur la liste des médicaments indispensables pour Gaza, près de la moitié avaient moins d’un mois de stock en 2018. Et la baisse des stocks s’est encore aggravée de 15 % depuis l’année précédente, ajoute le rapport.

Les données de 2019 brossent un tableau inquiétant. Au cours du mois d’août, les stocks des 225 médicaments indispensables détenus dans le magasin central du ministère de la Santé de Gaza ont baissé d’au moins 90 %.

Rana Hussein, infirmière à l’hôpital al-Shifa à Gaza ville, affirme que plus de 60 médicaments contre le cancer ne sont pas disponibles à Gaza. Les traitements pour le diabète et certaines maladies du rein sont également difficiles à trouver.

 « Il y a 250 patients atteints de thalassémie (une maladie du sang) qui manque de médicaments » dit Hussein.

Des progrès ?

Les fréquentes agressions israéliennes contre les Palestiniens qui participent aux manifestations font également peser une charge considérable sur les hôpitaux de Gaza.

Plus d’un millier des personnes qui ont été blessées attendent un traitement de reconstitution des membres à Gaza, a déclaré le mois dernier Nickolay Mladenov, envoyé des Nations-Unies au Moyen-Orient. À moins que ce traitement ne soit assuré, de nombreux membres pourraient être perdus pour cause d’infection.

Mladenov prétend que « certains progrès ont été ressentis » dans l’économie de Gaza au cours des derniers mois. Le taux du chômage aurait baissé de 47 à 46,7 %, dit-il.

Ces progrès n’ont pas été ressentis par beaucoup de gens ordinaires. Et les observateurs des droits de l’homme ont attiré l’attention sur la façon dont une nouvelle méthode de calcul des données sur le chômage a été introduite en Palestine.

Gisha, un groupe qui fait campagne contre les restrictions aux déplacements, estime que le taux réel du chômage à Gaza a augmenté depuis l’an dernier. 

Mahmoud est chômeur, il a 30 ans. Deux de ses enfants – Wissam, 8 ans, et Lina, 7 ans – sont épileptiques.

Wissam peut avoir jusqu’à cinq attaques par jour. Il s’est cassé des dents et s’est blessé aux mains en s’effondrant.

« Impossible de payer »

Une dose de lévétiracétam – le principal médicament utilisé pour traiter l’épilepsie – coûte 150 $ par mois, pour Lina et Wissam – quand on peut le trouver. « Ce traitement est souvent non disponible dans les hôpitaux et pharmacies de Gaza », dit Mahmoud, qui, de toute façon, n’aurait pas l’argent pour acheter le médicament.

Ghada, la mère des enfants, essaie, contre toute attente, de rester optimiste. « Après les nuages noirs vient le soleil » dit-elle.

« Je voudrais que ce soit moi (qui souffre d’épilepsie), pas vous » ajoute-t-elle, en regardant ses enfants.

À l’imam Abdulrahman, aujourd’hui âgé de 23 ans, il a été diagnostiqué une maladie cardiaque en 2016. Depuis, il a subi une opération pour le remplacement de la valve aortique.

Il est primordial pour lui de prendre régulièrement des médicaments pour réduire les risques de crise cardiaque ou d’AVC. Mais comme beaucoup d’autres à Gaza, lui et sa famille n’ont pas les moyens de payer ses factures de médicaments.

Sans emploi fixe, Abdulrahman travaille occasionnellement dans la construction ou comme agent de nettoyage.

Il compte principalement sur les prestations sociales versées à son père par l’Autorité palestinienne, dont le siège se trouve en Cisjordanie occupée. Les versements s’élèvent à 400 $ et ne sont effectués que tous les trois mois.

« Ce n’est pas assez d’argent » dit Abdulrahman. « Il m’est impossible de payer les médicaments qui m’aideraient à surmonter ma maladie ». 

Yousef M. Aljamal est un écrivain basé à Gaza. Twitter: @YousefAljamal

Reportage supplémentaire de Mustapha Aljamal.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada