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Les membres de la famille Sawarka étaient couchés quand l’attaque a eu lieu mercredi après minuit, réduisant leurs maisons en ruines.

Un parent de la famille Sawarka tient un t-shirt rose sur le lieu du bombardement par une frappe aérienne israélienne (MEE/Fatima Shbair)

Maha Hussaini à Deir al-Balah, Bande de Gaza le 14 novembre 2019

Un large trou est présent là où, la veille seulement, deux maisons ont été écrasées par des frappes aériennes israéliennes. Observant les débris, des parents et des voisins se sont rassemblés pour se remémorer les membres de la famille al-Sawarka tués dans cette attaque.

Les deux pauvres maisons contigues aux toits de tôle étaient situées dans une zone marginalisée du camp de réfugiés de Deir al-Balah au sud de la Bande de Gaza.

Les membres de la famille Sawarka étaient couchés quand l’attaque a eu lieu après minuit mercredi, transformant leurs maisons en ruines.

La Bande de Gaza a été témoin d’une offensive pendant deux journées consécutives, à la suite de l’assassinat mardi par Israël d’un des commandants en chef du Jihad Islamique Bahaa Abu al-Atta et de sa femme.

Le groupe armé palestinien a répliqué en lançant pendant deux jours un barrage de roquettes sur Israël, avant que les deux parties signent un cessez-le-feu jeudi, après une médiation conjointe de l’Egypte et de l’ONU.

Les membres de la famille qui sont morts dans l’attaque ont été identifiés par le ministère de la Santé de Gaza comme étant Rasmi al-Sawarka, 45 ans, Yusra al-Sawarka, 43 ans, Mariam al-Sawarka, 45 ans, Wassem al-Sawarka, 13 ans, Muhannad al-Sawarka, 12 ans, Moaz al-Sawarka, 7 ans, et au moins deux autres enfants dont le nom et l’âge n’ont pas été spécifiés.

Les corps des membres de la famille Sawarka gisent enveloppés dans des drapeaux du Jihad Islamique et du Fatah lors des funérailles (MEE/Fatima M Shbair)

Tout était rouge’

« Je dormais quand la maison a été bombardée », a dit à Middle East Eye le petit Diyaa Rasmi al-Sawarka de 11 ans. « Je me suis réveillé terrifié et, autour de moi, tout était rouge, je ne pouvais rien voir. »

« J’ai essayé de m’enfuir, mais mon pied était coincé sous les décombres. J’ai commencé à hurler, mais personne ne m’a entendu, tous les membres de ma famille étaient sous les décombres. J’essayais de dégager mon pied quand j’ai vu mon petit frère qui se débattait pour sortir de sous les décombres. Je l’ai aidé à sortir, puis j’ai dégagé mon pied et me suis rué derrière lui », a rappelé le jeune garçon.

Diyaa, qui a subi des blessures mineures à la jambe et à la tête, a alors été transporté à l’hôpital, où il a découvert qu’il avait perdu son père et nombre de ses cousins.

En conséquence de cette attaque, huit membres de la famille, dont cinq enfants et deux femmes, ont été tués, et 12 autres ont été blessés.

Dans la foule qui entourait les restes de la maison se tenaient des amis du jeune Mohannad al-Sawarka de 12 ans, qui a été tué dans l’attaque.

« Nous avons entendu à minuit l’énorme explosion et nous nous sommes immédiatement rués vers leur maison », a dit Mohammed Mehsen, 14 ans. « J’étais choqué. La maison de Muhannad avait complètement disparu, comme si elle n’avait jamais été là. »

Même si Muhannad avait deux ans de moins que Mohammed, il était son « ami le plus proche ».

« Je connaissais Muhannad depuis la maternelle, nous étions amis et voisins et nous allions ensemble à l’école », a dit le garçon.

« Muhannad et moi avions l’habitude de jouer tous les jours ensemble avec nos bicyclettes après l’école, mais quand la nuit tombait, nous aimions jouer à cache-cache », dit-il en souriant. « Il aimait les animaux, et surtout les chiens, il a toujours voulu en adopter un. »

Un cratère creusé dans le sol par un attaque aérienne israélienne dans le quartier de Deir al-Balah dans la Bande de Gaza (MEE/Fatima M Shbair)

Après l’attaque, le porte-parole de l’armée israélienne auprès des médias arabes, Avichay Adrace, a justifié l’attaque nocturne dans un tweet, prétendant que le père de Diyaa, Rasmi al-Sawarka, 45 ans, qui a été tué dans l’attaque, était « un chef du Jihad Islamique et de l’unité des lanceurs de roquettes dans la brigade centrale de l’organisation ».

Mais, pour Ramy Abdu, président de l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme, « même si Israël explique l’attaque en déclarant qu’elle a atteint un membre du Jihad Islamique, ceci n’excuse pas et n’excusera jamais d’avoir ciblé deux maisons où vivaient des dizaines de civils, dont des enfants et des femmes ».

« L’assassinat de masse de toute une famille traduit l’indifférence d’Israël pour la vie de civils et d’enfants innocents, qu’il a mise en pratique dans ses attaques répétées sur Gaza », a-t-il ajouté.

Abdu a dit que les attaques d’Israël cette semaine sur la Bande de Gaza assiégée pouvait équivaloir à des crimes de guerre selon le droit international.

« Ceci constitue une violation flagrante des principes de distinction et de proportionnalité, qui interdisent des attaques directes sur des populations civiles ou des objectifs civils et obligent toutes les parties à adopter des mesures de précaution », a-t-il déclaré.

D’après un membre de la famille Sawarka, Taleb Mesmeh de 46 ans, il y avait environ 22 personnes dans les deux maisons lorsqu’elles ont été ciblées.

« Lorsque nous avons entendu les explosions, nous avons pensé qu’il ne s’agissait que de raids aériens sur des terres agricoles vides ou des sites militaires », a-t-il dit à MEE. « Nous ne nous attendions absolument pas à ce que tous ces missiles aient visé des habitations civiles qui ressemblaient à n’importe quelle maison normale. »

D’après Mesmeh, bien que ces deux maisons aient été construites en bois et en tôle, elles ont été frappées par au moins trois missiles.

« J’ai vu les voisins et la Défense Civile arracher leurs corps aux décombres. Ils étaient déchiquetés et il y avait du sang partout », a-t-il poursuivi.

Tout ce qui reste, ce sont leurs uniformes scolaires’

Alors qu’il ramassait les vêtements des enfants dans les décombres, secouant la poussière des petits uniformes scolaires, Mesmeh hurla : « Ca c’est Israël, il cible les enfants jusque dans leurs maisons. »

« Regardez ça, tout ce qui reste ce sont leurs uniformes scolaires », a-t-il dit. « Voilà l’uniforme scolaire de Mariam, elle était encore en première année de l’école élémentaire. Qu’a t-elle fait pour qu’on la tue ? »

Le ministère de la Santé de Gaza doit encore confirmer qu’une jeune Mariam Sawarka faisait partie des personnes tuées dans l’attaque.

Des affaires des enfants trouvées dans les décombres après un attaque aérienne israélienne dans le quartier de Deir al-Balah dans la Bande de Gaza (MEE/Fatima M Shbair)

La fille de 15 ans de Rasmi Sawarka était là, en état de choc, à peine capable de parler alors qu’elle digérait la perte de sa famille.

« Il m’avait toujours encouragée à aller à l’école et à poursuivre mes études », fut tout ce qu’elle put dire sur son père.

La sœur de Rasmi, Umm Moataz, 35 ans, a dit que la dernière fois qu’elle avait vu son frère, c’était mardi quand la famille s’était réunie pour le déjeuner.

« J’ai été au courant de l’attaque environ une heure après. Quelqu’un a appelé mon mari et il m’a semblé agité. Il ne m’a rien dit, mais ses tentatives pour cacher les nouvelles m’ont paru suspectes », a-t-elle dit à MEE.

« Je ne peux pas expliquer ce qu’il s’est passé, il n’y a aucune raison pour avoir ciblé tous ces enfants et ces civils », a-t-elle dit à MEE. « Tout ce que je peux dire, c’est que nous avons toujours été témoins de l’attitude d’Israël qui agit en se tenant au-dessus des lois. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Eye