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La campagne internationale de solidarité consécutive à l’oeil crevé d’un photographe palestinien par les forces de sécurité israéliennes rappelle que, quoiqu’il tente, Israël ne pourra pas empêcher les journalistes palestiniens de raconter l’histoire de l’occupation.

Par Omri Najad, 18 novembre 2019

Des journalistes palestiniens prennent part à une campagne de solidarité avec Moath Amarnih, photographe palestinien qui a perdu un œil alors qu’il couvrait des affrontements en Cisjordanie.

Vendredi dernier, le photographe palestinien Moath Amarnih est parti faire un reportage sur une manifestation des résidents de Surif en Cisjordanie. C’était la deuxième fois en quinze jours qu’ils essayaient de manifester contre le vol de leur terre par les colons. Peu après le début de la manifestation non violente, quelques jeunes gens ont commencé à lancer des pierres sur les agents de la Police des Frontières de cette zone.

Les agents ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des balles enrobées de caoutchouc, et Amarnih – qui photographiait les affrontements depuis une colline voisine – a été atteint à l’oeil par une balle. Une balle Ruger de 0,22 pouces était probablement destinée à l’un des manifestants, ou bien a touché le sol avant de ricocher vers la tête d’Amarnih. Il portait à ce moment là un gilet pare-balles de la presse.

Depuis lors, des dizaines de journalistes palestiniens et israéliens ont rejoint une campagne de solidarité avec Amarnih, se photographiant avec un œil couvert.

Depuis quinze jours, les résidents de Surif manifestent contre une barrière construite autour d’une grande étendue de terre agricole afin d’agrandir la colonie voisine de Bay Ayin. Les photos d’Amarnih témoignent de la désinvolture criminelle avec laquelle les forces israéliennes de sécurité dirigent leurs armes – et souvent tirent – sur les photographes palestiniens en Cisjordanie et à Gaza.

En mars 2019, une commission d’enquête du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a publié un rapport sur l’assassinat par Israël de manifestants non armés en 2018 à la barrière frontalière de Gaza. D’après ce rapport, les forces israéliennes ont abattu deux photographes de Gaza, tandis que 39 autres journalistes étaient blessés par les snipers. Ces blessures ont été infligées alors que les snipers les avaient vraisemblablement identifiés en tant que journalistes grâce à leurs gilets pare-balles. Les snipers israéliens continuent de tirer sur les journalistes qui informent sur les manifestations et de les blesser.

Le ou la photographe et son appareil photo sont souvent perçus comme l’ennemi par les régimes oppressifs à travers le monde. En Israël-Palestine, les forces de sécurité ont tiré des balles enrobées de caoutchouc sur des journalistes qui faisaient un reportage pour le média français, l’AFP, l’année dernière près de Ramallah, tandis que, dans des endroits comme la Syrie et Hong Kong, les forces de sécurité usent de violence contre les journalistes – et particulièrement les photographes.

Les médias israéliens veulent museler et cacher ce genre de critiques en temps de guerre. Par exemple, lors du dernier « cycle de violence » à Gaza, on a présenté aux téléspectateurs une réalité déformée qui montre la Bande comme un endroit où il n’y a que des combattants qui lancent des missiles sur des vivants, sans nom ni visage. Sans arrêt, quand on parle de Gaza, nous voyons des vidéos de roquettes tirées sur Israël. Comme si Gaza elle même n’avait ni population, ni enfants, ni vie. Que des roquettes.

Un photographe de presse renvoie d’un coup de pied une bombe lacrymogène que les troupes israéliennes avaient tirée sur un groupe de journalistes. Bil’in, 19 février 2016. (Oren Ziv/Activestills.org)

Ainsi, huit membres de la famille A-Swarkeh ont été tués dans la ville de Deir al-Balah. Les FDI ont reconnu qu’ils pensaient que le le bâtiment qu’ils bombardaient était vide, c’est ce qu’a dit le porte-parole de langue arabe des FDI qui a déclaré que l’armée visait le commandant d’une unité de lance-roquettes du Jihad Islamique. Dans la réalité, l’armée a bombardé un logement décrépit qui servait de foyer à une famille appauvrie. Une famille avec des enfants de 12 et 13 ans, ainsi que deux tout-petits.

Empêcher les photographes de faire leur travail est nécessaire à la répression continue des Palestiniens. Les attaques incessantes sur des innocents et leur assassinat sont la conséquence, entre autres choses, d’un manque de documentation et, d’autre part, de la naissance d’une absence d’humanité. Les forces de sécurité voient l’appareil photo comme une cible, afin que le public israélien ne soit pas autorisé à voir qui est .

L’attaque sur Amarnih révèle le besoin tragique et symbolique d’Israël de cacher les injustices qu’il commet, de cacher la botte sur le cou de millions de Palestiniens. Mais le dommage causé à l’oeil d’un photographe n’effacera pas l’injustice du régime. Agresser des photographes ne réussira jamais à cacher les expropriations de terre, les expulsions, les meurtres, ou une existence où le sang de certains a plus de valeur que le sang des autres.

Omri Najad est cinéaste et militant politique. Cet article a d’abord été publié en hébreu sur Haokets. Lisez le ici.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: +972