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Hamza Abu Eltarabesh – The Electronic Intifada – 13 décembre 2019

Ibrahim Dabous, photographié avec son neveu. (Photo avec la gracieuse permission de sa famille).

J’ai rencontré al-Dahous pour la première fois quand il est venu faire la peinture de ma maison.

C’était il y a environ un an. Je lui avais été présenté par mon cousin Muhammad Ashour, un décorateur d’intérieur.

Ibrahim était très réservé. Ce n’est qu’après deux jours de travail chez moi que je l’ai entendu parler.

Tout en tant un silencieux, Ibrahim pouvait aussi être très drôle. Quand il sortait une blague, tout le monde autour de lui se mettait à rire.

Il a fallu à Ibrahim et à mon cousin environ une semaine pour peindre ma maison. Au cours de leur dernière journée de travail, nous avons eu une conversation à propos de l’importante offensive d’Israël contre Gaza, durant l’été 2014.

J’ai été stupéfait quand Ibrahim m’a dit qu’Israël avait détruit sa maison qui venait d’être construite au cours de l’été.

Et il a été stupéfait quand je lui ai dit que depuis la deuxième Intifada – éclatée en septembre 2000 -, Israël avait tué 31 de mes amis.

« Je pourrais bien être le numéro 32 » a-t-il dit.

Le propos n’aurait pas porté à rire, si ce n’avait été la façon dont Ibrahim l’a prononcé. Et je n’ai pas pu arrêter mon fou rire.

Cela était typique d’Ibrahim. Son sens de l’humour était sombre.

« Tant de rêves »

Tragiquement, son propos s’est avéré prémonitoire.

Dans la matinée du 12 novembre, j’ai appris qu’Ibrahim faisait partie des combattants du Jihad islamique qui avaient été attaqués par Israël.

J’ai téléphoné à mon collègue journaliste Yousif Fares, qui est marié avec la sœur d’Ibrahim. Yousif m’a appris qu’Ibrahim avait été gravement blessé.

Environ cinq heures plus tard, Ibrahim mourrait.

Il est douloureux de savoir qu’Ibrahim était effectivement devenu le numéro 32 de ma liste d’amis tués par Israël. Mais je suis bien conscient que, ces derniers temps, bien d’autres personnes à Gaza souffraient encore plus que moi.

L’épouse d’Ibrahim, Marwa, est l’une d’entre elles ; le couple était marié depuis à peine deux mois.

« Je ne m’attendais pas à ce qu’Ibrahim nous quitte aussi vite » dit Marwa. « Nous avions fait tant de rêves que nous voulions réaliser – ensemble »

L’attaque du 12 novembre a commencé avec l’assassinat de Baha Abu al-Ata, un commandant du Jihad islamique.

Comme on pouvait s’y attendre, Israël l’a décrit comme un « terroriste » et – pour la plupart – les médias occidentaux ont repris, sans se poser de question, la version d’Israël de ces évènements. Peu d’attention n’a été accordée à la façon dont son épouse Asma est morte dans l’attaque et à la façon dont les cinq enfants du couple se sont soudainement retrouvés orphelins.

Liyan Abu al-Ata, la plus jeunes de cinq, venait d’avoir 11 ans.

« Nous ne voyions plus beaucoup notre père à la maison » m’a dit Liyan. « À notre grande surprise, il est venu me soir le jour de mon anniversaire. Je suis allée me coucher, heureuse. J’attendais le matin pour fêter mon anniversaire avec mon père ». ?

« Un baiser, pour la dernière fois »

Liyan dormait quand Israël lança son attaque sur sa maison, tout comme ses frères et sœurs, Salim, 19 ans, Muhammad, 18 ans, Ismail, 15 ans, et Fatma, 14 ans.

Tous ont été blessés.

« Israël m’a pris mon bonheur » dit Liyan. « Israël m’a privée de l’amour de mon papa et de ma maman ».

Israël a tué environ 35 personnes en 48 heures le mois dernier à Gaza.

Dix-neuf de ces tués étaient des combattants de la résistance ; les autres étaient des civils.

Parmi les combattants, il y avait Khalid Faraj, un résident du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza. Il avait été nommé commandant du Jihad islamique.

Faraj a été tué quand Israël a attaqué al-Mughraqa, au sud-ouest de Gaza ville.

Il y a une très nette différence entre la façon dont les informations ont été reçues par les Palestiniens et dont elles ont été rapportées dans la presse occidentale.

Alors que les reportages des grands médias traditionnels attiraient simplement l’attention sur son appartenance politique – comme si cela expliquait tout -, de nombreux Palestiniens ont exprimé leur empathie pour la famille de Faraj.

Une photo largement partagée par les habitants de Gaza montre Sama, la fille de 13 ans de Khalid, pleurant sur son corps à ses funérailles.

« Avant que mon papa ne parte le matin, je lui avais préparé une tasse thé » dit Sama. « Il l’a bue rapidement, il m’a embrassée, puis il est parti. Deux heures plus tard, il nous revenait, mort. Je lui ai alors donné un baiser, le dernier ».

Hamza Abu Eltarabesh est journaliste à Gaza.

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada