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Le monde pourrait s’éveiller mardi sur un Israël plus nationaliste religieux, plus belliqueux et moins tolérant.
Benjamin Netanyahu et son épouse Sara votent pour la troisième élection d’Israël en 15 mois
(Reuters)

Par Yossi Melman à Tel Aviv, 2 mars 2020

Les élections de lundi sont les plus importantes d’Israël pendant toute son histoire et elles définiront son avenir.

Si le Premier ministre Benjamin Netanyahu gagne avec sa coalition de droite de colons juifs et de partis ultra-orthodoxes, Israël deviendra un pays différent. Les changements seront immédiatement visibles.

Ils transformeront Israël en une nation bien plus cléricale et moins démocratique, bien plus agressive et répressive des Palestiniens en Cisjordanie occupée et dans la Bande de Gaza assiégée. Un tel scénario peut conduire Israël à une nouvelle guerre sur les deux fronts, avec une possibilité d’explosion ajoutée par le Hezbollah au Liban.

Ce sentiment d’urgence, ce sentiment qu’Israël est confronté à sa dernière chance, peut sembler familier. Cet avertissement a été lancé plusieurs fois dans le passé, et particulièrement au cours des15 derniers mois, quand la paralysie politique d’Israël a abouti déjà à deux élections se terminant en une impasse.

C’est une impasse qui sert Netanyahu, qui peut continuer à diriger un gouvernement de transition aussi longtemps qu’il n’y a pas de rupture politique.

Dirigeant depuis 2010, il a infatigablement assassiné la solution à deux états. Son plan a été de diviser pour régner. Sur le plan domestique, il a mobilisé contre les citoyens palestiniens d’Israël, en les décrivant comme des traîtres et des citoyens de deuxième classe.

En dehors du pays, il a fait tout ce qui était possible pour creuser un fossé entre l’Autorité Palestinienne (AP) en Cisjordanie et Gaza contrôlé par le Hamas.

La vision de Netanyahu a toujours été de construire plus de colonies juives, de confisquer plus de terre palestinienne et finalement de créer un état contrôlé par les juifs de la Méditerranée au Jourdain, avec les Palestiniens résidents sans droits politiques.

Les rêves de Netanyahu ont été confrontés à la réalité il y a quelques années, ralentis sous la pression du président américain d’alors, Barack Obama, qui a forcé le premier ministre à manoeuvrer. Publiquement, Netanyahu a accepté l’idée d’un état palestinien indépendant à côté d’Israël, mais en coulisses il a fait tout ce qu’il pouvait pour le saboter.

Puis, Donald Trump est entré à la Maison Blanche en janvier 2017 et la dynamique du Moyen-Orient et les relations israélo-palestiniennes ont pris un tournant dramatique.

Trump a choisi, pour être ses proches conseillers sur le Moyen-Orient, son gendre Jared Kushner et son avocat David Friedman, deux juifs américains connus pour être des supporters ardents de Netanyahu, de la droite israélienne, des colons juifs et de l’idéal d’un « plus grand Israël ».

Il ne faut pas s’étonner que la politique américaine soit devenue biaisée de manière évidente et ait abouti au plan pro-israélien, anti-palestinien, qui a été qualifié de « marché du siècle ».

Enhardi, Netanyahu s’est précipité pour étendre les colonies juives, judaïser davantage Jérusalem et ses environs, annexer des morceaux de la Cisjordanie et abattre le poing de fer de l’armée sur Gaza. Dans son ambition irrésistible, il a aussi exploité les inquiétudes de ses voisins à propos de l’expansionnisme de l’Iran et de ses alliés dans tout le Moyen-Orient.

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et quelques-uns de leurs alliés ont à plusieurs occasions fait des changements dramatiques dans leur relation avec Israël, que ce soit formellement ou en secret. Cela a affaibli quelque peu leur soutien traditionnel et historique de la cause palestinienne. Trois développements peuvent empêcher Netanyahu de devenir un Erdogan israélien et Israël de se transformer en « une démoctature« .

Le premier et le plus important serait que Netanyahu et son bloc perdent les élections ou soient encore incapables de former une coalition gouvernementale de la forme qu’ils souhaitent.

Un tel scénario n’est possible que si le rival de Netanyahu, l’ancien directeur du personnel de l’armée Benny Gantz, obtient assez de sièges pour former une minorité gouvernementale avec le soutien tacite du bloc de la liste jointe des partis palestiniens d’Israël. Bien qu’il ne soit pas une colombe, Gantz est prêt à considérer un chemin différent de celui de Netanyahu et à négocier avec les Palestiniens. Le deuxième développement dépend de la sécurité israélienne et des chefs militaires. Ce n’est pas un
secret que la plupart préfèrent Gantz.

Depuis des années, les chefs de la sécurité israélienne ont vécu dans une contradiction intrinsèque, plaidant pour que le gouvernement fasse des compromis diplomatiques et territoriaux pour conclure des marchés avec les Palestiniens, tout en n’hésitant pas en même temps à prendre des mesures agressives contre eux.

La troisième manière dont les plans de Netanyahu pourraient être renversés passe par les élections américaines de cette année. Si Trump est évincé et si un candidat démocrate retourne à la Maison blanche, Israël sera forcé à s’ajuster à la nouvelle réalité d’une politique plus équilibrée et moins pro-israélienne pour le Moyen-Orient.

Ce sera particulièrement vrai si Bernie Sanders est élu comme prochain président. Sanders a promis de limiter le pouvoir de l’AIPAC, le lobby pro-Israël, et de rétablir la solution à deux états. Mais que Netanyahu continue à diriger Israël, d’une manière ou d’une autre, et le monde s’éveillera mardi sur une réalité bien plus sinistre. L’état juif sera plus corrompu, plus nationaliste-religieux, moins tolérant et moins progressiste, et plus belliqueux aux dépens des Palestiniens.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Eye