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Par Nidal Al-Mughrabi, 18 mars 2020

GAZA (Reuters) – “Cher monde, c’est comment le confinement? Gaza.”

Une plongée à la sauvette dans la communauté internationale, ceci est juste un post parmi tant d’autres dans le torrent sur les réseaux sociaux, issu de la bande de Gaza sous blocus, dans le sillage de la pandémie de coronavirus.

La vue d’un monde s’enfermant lui-même semble avoir fait jaillir une source d’émotions à Gaza, depuis le commentaire politique sardonique jusqu’à la délectation, de la part d’habitants de la petite enclave côtière qui vit depuis des années dans un isolement et un confinement imposés.

« En avez-vous assez de votre mise en quarantaine, de la fermeture de vos
frontières, de vos aéroports et de votre commerce ? Nous, à Gaza, cela fait 14 ans qu’on vit ainsi
» a posté cette semaine un internaute.

« Oh, le monde, bienvenue dans notre réalité permanente » a-t-il ajouté.

Gaza, qui fait 375 km carrés et le lieu d’habitation de deux millions environ de Palestiniens, dont plus de la moitié sont des réfugiés.

Une Palestinienne passe devant une école des Nations Unies fermée par mesure de précaution contre le coronavirus à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza, 9 mars 2020
REUTERS/Ibrahim Abu Mustafa

Le long de 90% de ses frontières terrestre et maritime, son accès au monde extérieur est contrôlé par Israël et par l’Égypte sur son étroite frontière sud.

Un blocus régi par Israël restreint les déplacements des gens et les mouvements de marchandises depuis des années, dans le cadre de préoccupations sécuritaires après la prise de pouvoir à Gaza en 2007 par le groupe islamiste militant Hamas et trois guerres qui ont suivi, tuant des milliers de Palestiniens et 100 Israéliens.

Les Gazaouis n’ont pas perdu leur ironie quand ils voient que les restrictions auxquelles ils sont confrontés peuvent aussi avoir contribué à ralentir l’arrivée du coronavirus, aucun cas n’ayant été rapporté à Gaza jusqu’à présent.

Mais la fermeture et l’isolement prolongés ont contribué à la paralysie de l’économie de Gaza qui connaît un taux de chômage de 52% et des niveaux de pauvreté de plus de 50%.

Dans son usine de métallurgie vide au nord de la ville de Gaza, l’industriel Youssef Sharaf se remémore les années pendant lesquelles il pouvait exporter des radiateurs électriques en Israël et en Cisjordanie.

« J’avais 70 personnes qui travaillaient ici, aujourd’hui je n’en ai qu’une » a dit Sharaf à Reuters. Bien que les causes sous-jacentes de sa fermeture fussent humaines, il est en empathie avec ceux qui sont confrontés à la fermeture pour cause de maladie.

« C’est dur » dit-il. « Puisse Dieu leur venir en aide »

Mais dans le secteur high-tech de Gaza, petit mais résilient, les obstacles qui
empêchent de voyager à l’étranger ont forcé à l’adoption précoce de téléconférences et autres pratiques dont le monde s’empare maintenant.

Au Sky Geeks de Gaza, un incubateur de jeunes entrepreneurs, des programmeurs et développeurs web travaillent à distance avec des firmes internationales.

« À cause du long blocus que nous vivons, les gens de Gaza comprennent mieux la situation actuelle dans les autres pays du monde » dit Angham Abou Abed, un ingénieur en informatique de 24 ans qui travaille avec une société de logiciels située en Grande Bretagne.

« Nous espérons que le blocus que nous vivons va prendre fin et nous espérons que le virus va disparaître de la terre ».

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : Reuters