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Par Lana Tatour, 8 avril 2020

Alors que Netanyahu continue ses provocations racistes contre les citoyens arabes, les forces de sécurité israéliennes déchaînent leur violence sur les communautés palestiniennes
Un mannequin porte un masque facial avec le motif du keffieh palestinien (AFP)

Dans une réunion récente sur le Covid-19 avec une délégation de médecins qui sont des citoyens palestiniens d’Israël, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré : « Malheureusement, les instructions ne sont pas strictement suivies dans le secteur arabe … Je demande la coopération de tous les citoyens arabes d’Israël. Je vous demande, pour votre sécurité et celle de notre futur commun, de suivre les ordres, s’il vous plait, [sinon] beaucoup de gens vont mourir et ces morts pourraient être empêchées avec votre aide. »

Clairement, contrôler la prolifération du coronavirus dépend de l’engagement des gens à s’auto-isoler, mais ce n’est pas ce que Netanyahu voulait dire. Il continuait plutôt sa provocation raciste contre les citoyens palestiniens, suggérant que les morts seraient « votre » responsabilité.

Dépeints comme une menace

Les citoyens palestiniens sont les parfaits boucs émissaires à blâmer pour la dissémination du COVID-19 en Israël. Les citoyens palestiniens d’Israël sont dépeints comme une menace pour la santé et les vies des citoyens juifs — en continuation du discours de longue date qui les dépeint comme une cinquième colonne et des citoyens illégitimes.

Dans un discours symétrique de la classique stratégie antisémite européenne des « juifs disséminant la maladie », Netanyahu prépare le terrain pour blâmer les Palestiniens de la dissémination du coronavirus si les efforts pour réduire l’épidémie échouent. Il fait ce qu’il sait le mieux faire : monter les gens contre les citoyens palestiniens pour éviter l’examen de sa propre gestion de la crise et pour détourner l’attention des charges criminelles en suspens contre lui.

S’il y a un secteur dans lequel les Palestiniens de 1948 ont une représentation relativement élevée, c’est le secteur de santé (bien qu’ils soient encore confrontés à la discrimination et au racisme dans ce système également). Dix-sept pour cent des médecins d’Israël sont des citoyens palestiniens. Il y aussi beaucoup d’infirmiers, de pharmaciens, de techniciens médicaux et d’employés du nettoyage palestiniens en première ligne dans la bataille contre le coronavirus.

Alors qu’ils mettent leurs vies en jeu pour protéger toutes les vies, sans discrimination, leurs propres communautés et leurs familles sont confrontées à l’abandon de l’état israélien.

Montrant combien les vies juives sont favorisées par rapport aux vies palestiniennes, alors que les Palestiniens forment un cinquième de la population, seuls cinq pour cent de tous les tests de dépistage du COVID-19 ont été administrés aux Palestiniens. A la date du dimanche 5 avril, seuls 6479 tests avaient été effectués parmi les Palestiniens de 1948, un nombre à peu près équivalent au taux moyen de dépistage quotidien pour les juifs.

Mesures préventives

A ce jour, environ 193 citoyens palestiniens d’Israël ont été testés positifs, moins que deux pour cent de ceux infectés. Ces nombres peu élevés, cependant, sont loin d’être prometteurs. Selon l’estimation de l’experte de santé publique Nihaya Daoud, il y a probablement des milliers de malades et de porteurs dans les communautés palestiniennes. Sans dépistage adéquat, le nombre va probablement augmenter rapidement.

Alors que l’état a promu les mesures préventives auprès du public juif, il n’a pas fait d’efforts analogues en direction de la population palestinienne. Le matériel d’information n’a pas été traduit en arabe pendant des semaines, et aucun investissement n’a été fait pour renforcer l’infrastructure de santé dans les villes et les villages palestiniens.

Les citoyens palestiniens, comme d’autres communautés autochtones et radicalisées, sont structurellement désavantagées en ce qui concerne la santé et l’accès aux services de santé. Quand cela est combiné à une pandémie mortelle, les résultats pourraient être dévastateurs.

Des membres du personnel médical nettoient et désinfectent une partie de l’hôpital dédiée aux malades atteints de COVID-19 à Tel Aviv le 19 mars. (AFP)

La distance moyenne des localités palestiniennes aux hôpitaux les plus proches est presque deux fois celle des villes juives dans les mêmes zones et la qualité des services médicaux dans les localités palestiniennes est pauvre. Les citoyens palestiniens souffrent aussi de taux élevés de maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension et les problèmes cardiaques, ce qui place beaucoup d’entre eux dans des groupes à haut risque.

Pour les Bédouins palestiniens du Néguev, la menace du coronavirus est encore plus grande. Environ 150000 Bédouins vivent dans à peu près 40 villages qui sont considérés comme illégaux par l’état. Pour cette raison, on a refusé à ces villages l’accès à l’eau, à l’assainissement et aux services de santé.

Malgré des appels répétés de groupes de la société civile bédouine, l’état a refusé de prendre des mesures appropriées, comme des tests, la construction d’installations de confinement, ou l’accès à des cliniques médicales et à des hôpitaux. Au lieu de cela, l’état s’est démené pour continuer les démolitions en masse des maisons bédouines.

Une logique bancale

Il y a eu des critiques grandissantes de la négligence israélienne par rapport à ses citoyens palestiniens, encore un nouveau témoignage des politiques discriminatoires d’Israël.

La réponse d’Israël à la pandémie de Covid-19 révèle son mépris délibéré vis-à-vis des vies palestiniennes, basé sur une hiérarchie raciale entre juifs et Palestiniens. Seules les vies juives importent, alors que les Palestiniens sont jetables.

Dans ces temps de pandémie, cette logique est, bien sûr, bancale. Si la pandémie frappe les Palestiniens de 1948, elle menacera inévitablement aussi les citoyens juifs. Une conclusion logique serait de consacrer une attention, un budget, du personnel et de l’équipement médical suffisants dans les zones palestiniennes, étant donné que nos vies dépendent, littéralement, les unes des autres — mais apparemment, l’envie de voir les Palestiniens disparaître est plus forte que tout calcul rationnel.

De plus, une prolifération du coronavirus parmi les citoyens palestiniens pourrait fournir à Israël une opportunité pour resserrer son contrôle et les isoler encore davantage, tant politiquement que physiquement.

Nous avons vu cette dynamique évoluer à Jaffa au cours des derniers jours, quand la police israélienne a harcelé et attaqué violemment des résidents palestiniens qui auraient violé les directives de confinement. Quand les Palestiniens ont protesté, la police israélienne a répondu avec une violence excessive, y compris avec des grenades paralysantes.

Cela pourrait être seulement le début. Si la pandémie frappe les villes et les villages palestiniens, nous pourrions voir le discours sur la protection de la santé publique utilisé comme justification pour une militarisation accrue contre les citoyens palestiniens.

En associant le coronavirus avec les citoyens palestiniens, comme Netanyahu a commencé à le faire, des mesures comme des couvre-feux, des fermetures, des ratissages de villages et des régimes de permis seront probablement imposées. De telles mesures d’urgence pourraient devenir la nouvelle norme, rendant la population la plus contrôlée et la plus marginalisée d’Israël encore plus surveillée, punie et contrôlée.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteure et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Lana Tatour
Lana Tatour est post-doctorante Ibrahim Abu-Lughod au Centre pour les Etudes sur la Palestine à l’université Columbia.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Eye