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Avec le chômage en hausse, beaucoup de familles de Gaza sont dépendantes de l’aide distribuée par les organismes caritatifs pendant le Ramadan.
Mahmoud Ajjour APA images

Par Fedaa al-Qedra, 5 mai 2020

Nabil Mattar est incapable de satisfaire les besoins de sa famille.

Jusqu’à récemment, il vendait des accessoires de téléphone portable sur les marchés de Gaza. Les restrictions introduites en réponse à la pandémie de COVID-19 l’ont laissé sans revenu.

« Je gagnais habituellement 10 dollars par jour », a dit Mattar, qui est le père de sept enfants. « C’est un trop petit montant pour pouvoir mettre quelque chose de côté. Je n’ai pas d’argent pour nourrir mes enfants depuis que j’ai arrêté de travailler ».

Cette perte affecte son sens de la dignité. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que ressent un père qui se tient, démuni, devant ses enfants », a-t-il dit.

Le chômage était déjà un problème majeur avant que les premiers cas du nouveau coronavirus n’aient été confirmés à Gaza en mars.

Le taux officiel de chômage à Gaza était de 43 pour cent pendant les derniers mois de 2019. Selon le Bureau central des statistiques palestinien, cela voulait dire plus de 208000 personnes sans travail.

« Choc »

130 000 personnes supplémentaires sont maintenant sans travail depuis que la pandémie a éclaté, selon le ministère de l’économie de Gaza.

Le ministre a estimé que 25000 personnes qui travaillaient dans des hôtels, des restaurants et des cafés ont été licenciées depuis le début du confinement.

Ibrahim al-Dali est l’un d’eux. Il était serveur dans un hôtel sur le front de mer de Gaza.

« Perdre mon travail a été un choc pour ma famille », a-t-il dit.

Al-Dali a été longtemps leur principal soutien. Avec son salaire, il s’occupait de ses parents et de deux de ses frères.

Son père travaillait auparavant en Israël mais s’est retrouvé au chômage à cause du blocus complet imposé à Gaza ces 13 dernières années.

« C’est difficile pour un homme jeune comme moi de rester assis à la maison », a dit al-Dali. « Mais le plus difficile est que je ne peux plus aider ma famille ».

Les résidents de Gaza marquent le Ramadan de manière minimale. D’habitude, les restaurants et les cafés sont actifs pendant le mois sacré car beaucoup de familles sortent le soir pour terminer leur jour de jeûne.

Mais cette année, le secteur de la restauration est presque paralysé. Plutôt que de faciliter le tourisme et les activités de loisir, les hôtels sont maintenant utilisés comme des centres d’isolement.

Le ministère du travail de Gaza a alloué 1 million de dollars pour aider les personnes qui ont perdu leur travail pendant la pandémie.

Ibrahim al-Dali, le serveur au chômage, a rempli un formulaire sur le site du ministère pour obtenir un versement de 100 dollars. Cela lui a été refusé pour le motif qu’il n’est pas marié.

Au total, le ministère a estimé qu’il y avait environ 40 000 demandeurs éligibles pour le versement. Mais il ne pouvait en aider que 10000.

Rues vides

Ahmad Younis, un chauffeur de taxi, a reçu un versement de 100 dollars. Mais le versement était « très petit et ne couvrait pas le montant que j’ai perdu », a-t-il dit.

« Le secteur du transport est normalement très actif », a-t-il dit. « Mais quand je sors avec ma voiture ces jours-ci, les rues sont presque vides. J’ai si peu de passagers que je peux à peine joindre les deux bouts. J’ai peur que la situation ne continue comme cela pendant des mois. Ce serait un désastre pour moi. »

Le Bureau central des statistiques palestinien a estimé que le nouveau coronavirus pourrait avoir comme conséquence que le produit domestique brut de Cisjordanie et de Gaza soit 14 % plus bas en 2020 que l’an dernier. Cela voudrait dire une perte totale d’approximativement 2, 5 milliards de dollars.

Certaines entreprises luttent pour relever le défi posé par le COVID-19.

Plusieurs entreprises de textile de Gaza ont commencé à fabriquer des masques protecteurs, notamment pour des clients en Israël.

Le secteur du vêtement jouait d’habitude un rôle crucial dans l’économie locale mais il a été sévèrement endommagé lorsqu’Israël a imposé une interdiction sur les exportations textiles en 2007. Cette interdiction n’a été allégée qu’en 2015, ce qui a conduit à une reprise partielle du commerce des vêtements à Gaza.

Il est peut-être trop tôt pour dire si la production de masques donnera au secteur des textiles le coup de pouce dont il a grandement besoin. Et de toute façon, un tel coup de pouce ne serait pas suffisant pour compenser les problèmes plus profonds qui affectent l’économie de Gaza — des problèmes causés par Israël agissant de concert avec les gouvernements les plus puissants du monde.

Fedaa al-Qedra est journaliste à Gaza.

Traduction : CG. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada