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Une véritable rupture avec les accords d’Oslo comporterait aussi une rupture avec la fiction des deux États
Mahmoud Abbas écoute Barack Obama à l’Assemblée générale de l’ONU en 2011
(Photo Seth Wenig/AP)

Par Haidar Eid, le 27 mai 2020

Le président américain Donald Trump n’a pas emboîté le pas aux dirigeants américains qui l’ont précédé en prétendant avoir échoué à convaincre les dirigeants israéliens qu’il leur faudrait faire cesser l’expansion des colonies juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est pour parvenir à la “paix”.

La proclamation par Trump du prétendu “Accord du siècle” vise clairement à liquider la cause palestinienne une fois pour toutes. Pour commencer, l’administration américaine a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël ; puis l’ambassade a été déplacée de Tel Aviv à Jérusalem. Une autre mesure concrète a consisté à reconnaître le plateau du Golan comme une partie d’Israël. Et il va sans dire que le droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnu au niveau international, a été déclaré nul.

Aujourd’hui, le gouvernement Netanyahou est prêt à annexer 30% de ce qui reste de la Cisjordanie occupée en 1967. Cela mettra fin au “rêve” national de la bourgeoisie et de la classe compradore [bourgeoisie d’affaires mondialisée] palestiniennes : la mise en place d’un “petit pays” indépendant sur 22% de la Palestine historique.

Dès lors, que reste-t-il de la cause palestinienne ?

Aucune possibilité n’a été laissée à la direction palestinienne basée à Ramallah. En d’autres occasions, elle avait bénéficié d’une marge de manœuvre afin de paraître jouer le jeu et exercer une pression sur Israël et les États-Unis. C’est terminé ! Israël exige que toutes les parties le reconnaissent comme “État juif” et “État uniquement juif ” – des conditions préalables qui pourraient justifier le “transfert” ultérieur vers la Cisjordanie d’environ 1 900 000 Palestiniens vivant actuellement en Israël en tant que citoyens de troisième classe. C’est une mesure soutenue par la coalition de droite récemment formée en Israël.

Pendant toute la période d’Oslo, Edward Said a écrit une série de textes révélant la vraie nature d’Oslo : des accords de façade qui nous ont conduits en dernière instance au point où nous en sommes maintenant. Il a lancé des avertissements au sujet des colonies, du droit à l’eau, du ghetto de Gaza, des réfugiés, et de la superficie croissante de terres palestiniennes placée entre des mains israéliennes. Tous ces points sont exactement ceux que l’“accord” présenté par Trump esquive.

En fait, l’accord de Trump n’est pas une “rupture” par rapport à Oslo, comme certains le prétendent, mais plutôt la poursuite de la même logique. L’un et l’autre de ces accords ignorent tout simplement le peuple palestinien. Ces hommes et ces femmes, ce peuple, ne figurent jamais dans l’équation. En fait, plus de colonies ont été construites pendant la période d’Oslo qu’à toute autre au cours de l’occupation. Pendant qu’on se serrait la main sur la pelouse de la Maison Blanche, on démolissait des maisons palestiniennes, et des checkpoints empêchaient des Palestiniens de plus en plus nombreux de se rendre à leur travail dans les vergers d’oliviers et d’orangers. L’équation “des terres en échange de la paix ”, objet de bien des discours, renvoyait seulement à l’ignorance des souffrances du peuple palestinien associée à l’expansion des colonies, à la construction de routes réservées aux Juifs, à la multiplication des bouclages, des couvre-feux et des arrestations, et au blocus de Gaza. Les leçons des années d’Oslo sont claires. Et maintenant, en échange d’un minuscule morceau de territoire, Netanyahou exige “d’authentiques mesures de normalisation” de la part de tous les États arabes limitrophes, exigence entendue par tous les pays du Golfe, à l’exception du Koweit.

En conclusion d’un article paru dans la London Review of Books, Said écrivait ceci : “quand les Israéliens comprendront-ils – comme l’ont déjà fait certains – que la pratique soutenue de brutalités racistes à l’égard des Arabes, dans un Moyen-Orient où Israël est entouré de 300 millions d’Arabes et de 1,2 milliard de musulmans, n’apportera à l’État juif ni normalité ni sécurité ?”

Le monde s’est laissé abuser par une gigantesque imposture lors d’Oslo, sous le regard complaisant de certains dirigeants arabes et palestiniens. Mais cette fois-ci, nous avons le BDS et une conscience de plus en plus vive de l’existence d’autres solutions, à savoir la solution à un État — un État pour tous ses citoyens sur la terre historique de Palestine, où tous les citoyens bénéficieront d’un traitement égal indépendamment de leur religion, de leur appartenance ethnique ou de leur sexe. C’est ce qui manque à la déclaration de Mahmoud Abbas concernant la fin de tous les accords avec Israël et les États-Unis. Une rupture réelle avec Oslo doit comporter une rupture avec la fiction des deux États. Pour cela il faudrait 1) une insistance sur l’exigence de réalisation de tous les droits fondamentaux des trois composantes du peuple palestinien, dans les territoires occupés en 1967, en Israël, et dans la diaspora ; et 2) une déclaration de désionisation de l’Israël de l’apartheid et sa transformation en véritable démocratie laïque pour l’ensemble de ses habitants après le retour des réfugiés palestiniens dépossédés et déplacés. Comme l’aurait dit Edward Said : L’égalité ou rien !

Traduction : SM pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss