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Par Alice Rothchild, le 8 août 2020

Des policiers palestiniens portant un équipement protecteur montent la garde pendant une simulation d’entraînement organisée par le ministère de la santé et le ministère de l’intérieur à Gaza le 18 juillet 2020. (Photo: Ashraf Amra/APA Images)

Une grande partie de l’analyse du COVID-19 en Palestine examine la pandémie à travers une lentille politique. Les Palestiniens en Israël et dans les territoires ont eu moins d’accès aux tests et à l’information, à cause de leur citoyenneté de seconde classe et des conditions de l’occupation. En Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des manques importants de ressources médicales (par exemple de respirateurs) et de personnel médical entraîné (et payé de manière adéquate).

En général, les Palestiniens sous occupation ont des taux élevés de maladies liées au stress, à la pauvreté, au tabac et à une mauvaise alimentation, comme le diabète, l’hypertension et l’obésité. Ils vivent souvent dans des environnements contaminés par les détritus de la guerre et les produits toxiques des industries non régulées (comme les zones industrielles israéliennes en Cisjordanie) avec de hauts niveaux d’asthme et de cancer. Ils travaillent souvent dans des métiers qui ne peuvent se faire par Zoom et qui ne fournissent aucune protection du travail — notamment les travailleurs du bâtiment et des services domestiques qui voyagent quotidiennement d’Israël en Cisjordanie, attendant des heures à des checkpoints bondés.

Des études récentes aux États-Unis jettent la lumière sur les risques et les réalités pour les Palestiniens. Le « Centre sur l’enfant en développement » de l’université de Harvard a publié un article en avril concernant les disparités raciales vues à travers les lentilles scientifiques des traumatismes de la petite enfance. Ils suggéraient que le legs du racisme structurel et des traumatismes transgénérationnels produit un niveau élevé de stress chronique qui à son tour créeé une susceptibilité plus grande à plusieurs maladies, dont le COVID-19.

Il y a aussi de plus en plus de preuves que les maladies courantes, comme l’hypertension, les maladies cardiaques, le diabète et l’obésité pourraient être fondées sur les épreuves physiques et émotionnelles pendant la période prénatale et les premières années de la vie. L’implication évidente de cela est que pour faire face aux défis de la pandémie, la société doit traiter les facteurs de stress de l’enfance et les inégalités structurelles qui jettent les bases de cette susceptibilité accrue.

Il est maintenant clair d’après les données américaines que les personnes âgées de couleur avec des maladies pré-existantes ont les plus hauts taux d’infection, d’hospitalisation et de mort par le COVID-19. On peut arguer que la race (une construction majoritairement sociale) n’est pas la question — mais plutôt que le racisme à l’intérieur de nos sociétés où les Afro-Américains, les Hispaniques, les Amérindiens et d’autres personnes de couleur vivent et travaillent crée les inégalités et les vulnérabilités qui produisent les différences raciales et ethniques qui sont maintenant évidentes dans les données. Pensez à la pauvreté, aux mauvaises conditions de logement, aux attitudes sociétales opprimantes, à l’héritage de l’esclavage et des lois ségrégatrices Jim Crow.

Nous voyons que les travailleurs « essentiels » qui peinent dans les services de santé et les industries de l’alimentation se sont présentés sans protection adéquate vis-à-vis de l’infection. Ils tendent à se reposer sur les transports publics, à vivre dans des quartiers surpeuplés dans des parties de la ville avec une pollution et des poisons environnementaux accrus, avec plus de déserts alimentaires, moins d’espaces verts pour l’exercice et la réduction du stress. Ils n’ont souvent pas de congés maladie payés ni d’assurance santé adéquate et quand ils ont affaire au système de santé, ils sont confrontés au racisme institutionnel et aux biais implicites qui sont au premier plan du mouvement Black Lives Matter [« La Vie des Noirs compte »] et de son aurore sociale et culturelle qui balaie le globe.

De même, le Centre de recherches Pew a remarqué que la pandémie a été particulièrement difficile pour les femmes, les immigrants et les jeunes adultes quand il s’agit de pertes du travail. Tous ces groupes partagent des niveaux plus bas d’éducation, comparés aux hommes, aux autochtones ou aux adultes plus âgés. Une fois encore, le coupable est social et politique. Ces travailleurs sont majoritaires dans les domaines du loisir et de l’hôtellerie, les secteurs de l’éducation et de la santé, et les commerces de détail, et ils sont clairement moins capables de travailler depuis leur maison. Les travailleurs avec des diplômes universitaires peuvent plus probablement se livrer à la distanciation sociale et au télétravail, ainsi que rester à la maison quand ils sont malades.

Les données du Centre pour le contrôle des maladies a aussi confirmé la vulnérabilité disproportionnée des populations noires et latinos (62 et 73 cas pour 10 000 personnes respectivement) par rapport aux personnes blanches (23 cas pour 10 000). Cette disparité se voit dans tout le pays, des villes aux zones rurales, et à travers toutes les classes d’âge, et elle se reflète aussi dans des taux de mortalité très disparates. Beaucoup de personnes dans les groupes socioéconomiques les plus bas sont confrontés à la décision déchirante de devoir travailler afin d’acheter de la nourriture, de payer le loyer et les services de base. On demande à des familles de choisir entre avoir assez à manger et éviter d’être sans abri ou bien prendre des précautions pour rester en bonne santé.

Vaincre cette pandémie et les pandémies de l’avenir demandera plus qu’un système de tests étendu, le traçage des contacts, un vaccin efficace, des masques portés universellement et la distanciation sociale. Le gouvernement des États-Unis a de manière irresponsable politisé des questions comme le fait de porter un masque, a dénigré les scientifiques et les données fiables, a opposé la distanciation sociale à l’ouverture de l’économie et des écoles comme s’ils ne sont pas des défis interdépendants, et a menacé de faire capoter l’Affordable Care Act [la loi ratifiée par Barack Obama en 2010 prévoyant des soins abordables].

Cette nation a besoin en première priorité d’un engagement majeur et consistant pour un système de santé public vigoureux et bien financé ainsi qu’un accès universel à des soins et un respect énergique pour la science. En même temps, nous avons besoin de résoudre les inégalités sous-jacentes qui abandonnent des millions de citoyens américains à une existence de désavantages, quand il s’agit d’éducation, de travail, de santé et de victoire sur la pandémie.

Si nous appliquons ces leçons à la Palestine, les parallèles sont clairs. Les Palestiniens en Israël et dans les territoires occupés souffrent de hauts niveaux de racisme structurel et de traumatisme transgénérationnel. De l’enfance à l’âge adulte, ils sont à risque, à cause du même stress par rapport aux maladies que les personnes de couleur aux États-Unis : hypertension, maladies cardiaques, diabète et obésité. Ils souffrent de décennies de racisme anti-arabe, d’occupation et de siège, vivent souvent dans des camps de réfugiés ou des maisons multigénérationnelles surpeuplés et travaillent souvent dans des établissements qui ne peuvent être dupliqués virtuellement. Beaucoup de familles sont exposées à la précarité alimentaire et ont besoin de travailler pour survivre, particulièrement à Gaza.

Les solutions sont aussi claires. Mettre fin à la pandémie est intrinsèquement connecté au fait de mettre fin à l’occupation et au siège et de construire une société qui résout les terribles inégalités, qui non seulement contribuent à la perte de la liberté politique et personnelle, mais jette aussi la base physique pour de hauts niveaux de maladie et de mort.

Alice Rothchild

Alice Rothchild est médecin, auteure et réalisatrice et elle a concentré son intérêt pour les droits humains et la justice sociale sur le conflit Israël/Palestine depuis 1997. Elle a pratiqué la gynécologie obstétricale pendant près de 40 ans. Jusqu’à sa retraite, elle était professeure assistante d’obstétrique et de gynécologie à la Harvard Medical School. Elle écrit et donne de nombreuses conférences, et elle est l’auteur de Broken Promises, Broken Dreams: Stories of Jewish and Palestinian Trauma and Resilience, de On the Brink: Israel and Palestine on the Eve of the 2014 Gaza Invasion, et de Condition Critical: Life and Death in Israel/Palestine. Elle a dirigé un documentaire, Voices Across the Divide, et milite dans l’association Jewish Voice for Peace. Suivez-la à @alicerothchild

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss