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Par Tamara Nassar, le 13 août 2020

Le Président Donald Trump, entouré des dirigeants israéliens et émiratis, annonce l’accord visant à établir des liens diplomatiques complets entre Israël et les Émirats arabes unis, dans le Bureau ovale à Washington, le 13 août. (Doug Mills consolidated News Photos)

Les Émirats arabes unis et Israël ont convenu d’une normalisation complète de leurs relations, mettant fièrement au grand jour leurs relations clandestines vieilles de plusieurs décennies.

Les soi-disant « Accords d’Abraham » qui scellent le marché ont été négociés par des dirigeants des États-unis.

Le Président Donald Trump a tweeté jeudi une déclaration commune aux trois gouvernements.

L’accord porte le nom du « père des trois grandes religions », a déclaré David Friedman, l’ambassadeur US en Israël, aux journalistes dans le Bureau ovale, jeudi.

La tolérance religieuse et culturelle est souvent utilisée par les États arabes et Israël pour masquer leurs tentatives de normaliser des liens.

Dépeindre le conflit dans la région comme provenant d’un manque de compréhension entre les religions est aussi un moyen d’en cacher sa véritable origine : la dépossession dans la violence des Palestiniens par Israël, et l’occupation militaire qui se poursuit, et le nettoyage ethnique constant de leur terre.

Relations publiques

En échange de la normalisation, Israël a accepté de suspendre son projet d’annexer de larges pans de la Cisjordanie occupée et « de concentrer désormais ses efforts à l’expansion des liens avec les autres pays du monde arabe et musulman » selon la déclaration commune.

Mais ceci n’est qu’une façade.

En réalité, ce sont les État-Unis qui, il y a quelques semaines, ont mis en attente le projet d’annexion d’Israël.

En fait, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a bien réaffirmé son engagement pour l’annexion peu après l’annonce de l’accord.

Les Émirats arabes unis ne font simplement qu’utiliser le gel imposé par les USA comme une opportunité pour faire connaître au grand jour leurs liens secrets avec Israël, des liens qui remontent aux années 1990.

Ces relations secrètes ont inclus une coopération militaire et de renseignement, et même des exercices militaires en commun.

Les bases de l’annonce de jeudi ont été posées au cours de ces dernières années avec des compétitions sportives et une coopération commerciale.

Il y a quelques semaines à peine, une entreprise émiratie a conclu un accord avec deux géants israéliens de l’armement, soi-disant pour lutter contre la pandémie du coronavirus.

Mais d’envoyer un message de relations publiques axé sur l’accord d’Israël visant à suspendre l’annexion permet aux EAU de prétendre faussement qu’ils ont obtenu quelque chose pour les droits des Palestiniens, alors que c’est tout le contraire.

Les relations entre Israël et les États du Golfe, dont l’Arabie saoudite et les EAU, sont fondées sur une hostilité commune envers l’Iran.

La liquidation des droits des Palestiniens et le contournement de la question palestinienne sont considérés comme essentiels pour construire cette alliance anti-Iran sous le contrôle des États-Unis.

De plus, l’annexion ne ferait qu’avaliser officiellement ce que fait Israël sur le terrain depuis des décennies : voler la terre, déplacer par la force les Palestiniens et bâtir des colonies en violation flagrante du droit international.

Cette colonisation violente n’a jamais cessé et ne cessera pas par suite de cet accord.

Les Émirats arabes unis, par conséquent, n’ont rien demandé, ni reçu d’Israël en faveur des Palestiniens en échange de la normalisation des liens.

Se débarrasser de l’Initiative de paix arabe

Les Émirats suivent les traces de l’Égypte et de la Jordanie qui ont signé des traités de paix avec Israël respectivement en 1979 et 1994.

Mais les EAU s’écartent aussi du consensus arabe selon lequel toute normalisation des liens avec Israël doit se faire dans le contexte d’un accord de paix global.

C’était l’essence même de la prétendue Initiative de paix arabe, sous les auspices de l’Arabie saoudite et adoptée par le sommet de la Ligue arabe à Beyrouth en 2002.

Selon cette initiative, les États arabes n’établiraient des relations normales avec Israël que dans le contexte d’une « paix globale » sur la base de l’instauration d’un « État palestinien souverain, indépendant, sur les territoires palestiniens occupés depuis le 4 juin 1967, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale ».

La logique était que la perspective d’une normalisation serait pour Israël une incitation et qu’il ne devrait recevoir aucun paiement à l’avance.

Les États arabes ont néanmoins continué de normaliser leurs liens avec Israël, mais jusqu’à l’annonce de jeudi, aucun n’était allé jusqu’à des relations complètes et officielles.

Avec les Émirats arabes unis qui vont jusqu’à rompre l’engagement minimal envers les droits des Palestiniens contenus dans l’Initiative de paix arabe, il est probable que d’autres gouvernements arabes vont suivre le chemin vers Tel Aviv.

« Nous en discutons déjà avec d’autres nations », aurait déclaré Trump jeudi. « Donc, vous en verrez probablement d’autres ».

Le Président n’a pas mentionné de quelles nations il s’agissait, mais l’Arabie saoudite et le Bahreïn en particulier se sont rapprochés d’Israël ces dernières années.

Israël a recherché des pactes de non-agression avec les États du Golfe.

Un article du quotidien palestinien Al-Quds de jeudi indique qu’Oman, le Bahreïn et le Soudan seraient probablement les prochains à normaliser leurs liens avec Israël.

L’article, de Said Arikat, correspondant du journal, cite une « source informée » à Washington, mais qui a refusé d’être nommée.

Ces trois pays ont envoyé des signaux en faveur d’une normalisation avec Israël. En 2018, Oman a reçu Netanyahu lors d’une visite très médiatisée.

Des ambassades à venir

Des négociations auraient été en cours ces dernières semaines mais l’accord a été scellé ce jeudi, lors d’un appel téléphonique entre Mohamed ben Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abu Dhabi, Netanyahu et Trump.

Étaient aussi impliqués, Jared Kushner, gendre de Trump et principal architecte du plan « de paix » US pour le Moyen-Orient, David Friedman, ambassadeur US en Israël, Avi Berkowitz, envoyé au Moyen-Orient, Mike Pompeo, secrétaire d’État, et Robert C. O’Brien, conseiller à la sécurité nationale.

Israël et les Émirats devraient prochainement ouvrir des ambassades et échanger des ambassadeurs.

Dans les semaines à venir, selon la déclaration commune, les délégations israélienne et émiratie vont signer des accords sur « l’investissement, le tourisme, les vols directs, la sécurité, les télécommunications, la technologie, l’énergie, la santé, la culture » et l’environnement, entre autres domaines de « profit mutuel ».

Dans la déclaration commune, les USA et Israël remercient les EAU pour avoir été représentés quand Trump et Kushner ont révélé leur plan de la « Paix vers la prospérité » à la Maison Blanche en janvier.

« Israël a été récompensé pour ne pas avoir déclaré ouvertement ce qu’il est en train de faire à la Palestine, illégalement et avec persistance, depuis le début de l’occupation » a tweeté Hanan Ashrawi, une membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine.

« Les Émirats arabes unis ont révélé au grand jour leurs relations secrètes/normalisation avec Israël » ajoute-t-elle. « S’il vous plaît, ne nous faites pas de faveur. Nous sommes la feuille de vigne de personne ! ».

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré qu’il rejetait l’accord, le qualifiant de « trahison de Jérusalem, de la mosquée Al-Aqsa et de la cause palestinienne ».

Ashrawi et Abbas n’ont cependant fait aucune mention de la coopération de longue date de l’Autorité palestinienne avec l’armée d’occupation et les renseignements israéliens, au détriment des droits des Palestiniens.

Ce qui peut sembler d’« historique » dans les mots de Netanyahu, c’est seulement la conclusion naturelle de ces années d’une normalisation à peine dissimulée.

Tout comme les plans d’annexion d’Israël, l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis ne font qu’officialiser ce qui se passe sur le terrain, depuis des décennies.

Ali Abunimah a contribué à la rédaction de cet article.

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada