L’UE “suit de près” la détention du coordinateur de BDS par Israël

Par Ali Abunimah, le 12 août 2020

Aws, âgé de 7 ans, à gauche, et Amr, âgé de 9 ans, brandissent des portraits de leur père, Mahmoud Nawajaa, coordinateur général du mouvement BDS, lors d’une manifestation appelant l’UE à faire pression sur Israël  pour sa libération, face à la représentation de l’Allemagne à Ramallah, 11 août. Nasser Nasser AP Photo.
 

Après 13 jours d’interrogatoire, Israël a finalement autorisé Mahmoud Nawajaa à voir son avocat mercredi.

C’est la première fois que Nawajaa, le coordinateur général du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens, a été autorisé à voir un avocat depuis que les forces d’occupation israéliennes se sont emparées de lui, dans sa maison près de Ramallah, lors d’un raid nocturne le 30 juillet.

Il n’a pas été autorisé à voir sa famille.

Nawajaa a déclaré à l’avocat du groupe de défense des droits des prisonniers, Addameer, qu’il « a été soumis à des mauvais traitements et à des conditions de détention dégradantes, mais pas à la torture ».

C’était le principal souci, car la police secrète israélienne du Shin Bet, qui est derrière sa détention et son interrogatoire, utilise systématiquement la torture contre les Palestiniens.

Dimanche, un tribunal militaire israélien a prolongé la détention de Nawajaa de huit jours supplémentaires – c’est la deuxième prolongation de ce type depuis son arrestation.

Exiger une action de l’UE

Des dizaines de personnes se sont rassemblées mardi devant la représentation diplomatique allemande, dans la ville occupée de Ramallah, en Cisjordanie.

« Nous nous rassemblons ici pour exiger que l’UE mette fin à son silence complice qu’elle exerce une pression concrète sur Israël pour qu’il libère Mahmoud Nawajaa et respecte les droits des défenseurs palestiniens des droits humains », a déclaré Majida Masri, coordinatrice de la campagne des femmes palestiniennes pour le boycott des produits israéliens.

Ce message semble passer – malgré l’alliance étroite de l’UE avec Israël et la réticence à critiquer ses abus, de façon générale.

« Au vu de la situation actuelle, le bureau du représentant de l’UE à Jérusalem suit de près l’affaire », a déclaré mercredi le porte-parole des affaires étrangères de l’Union Européenne, Peter Stano, à l’Electronic Intifada.

« L’UE a demandé à plusieurs reprises aux autorités israéliennes de respecter les droits humains des prisonniers, y compris leur droit à un procès équitable et à l’accès à un avocat », a ajouté M. Stano.

Il a déclaré que le bloc « préconise vivement de réduire au minimum le recours à la détention administrative et de veiller à ce qu’elle soit effectuée conformément aux normes internationales en matière de droits humains ».

La détention administrative est une pratique coloniale britannique suivie par Israël, qui consiste à détenir des Palestiniens pour des périodes indéterminées sans inculpation ni procès, afin de les punir de leurs activités politiques.

« L’UE a également recours à des contacts informels pour exprimer ses préoccupations concernant de tels cas, en particulier les cas d’utilisation extensive et disproportionnée de la détention administrative », a déclaré M. Stano.

Contrairement à Amnesty International, qui a déclaré Nawajaa prisonnier de conscience, l’UE n’a pas été jusqu’à exiger sa libération immédiate.

Liberté d’expression

L’Union européenne s’oppose au mouvement BDS, qui cherche à faire pression sur Israël, à l’instar des campagnes internationales de boycott qui ont contribué à mettre fin au régime d’apartheid sud-africain fondé sur la suprématie blanche.

Mais l’UE a affirmé que de telles campagnes sont un discours politique protégé au titre de la liberté d’expression.

Cette position a été confirmée dans un arrêt historique rendu par la Cour Européenne des Droits de l’Homme en juin, qui a annulé les condamnations pénales d’une douzaine de militants en France qui avaient incité des clients de supermarchés à ne pas acheter de produits israéliens.

« L’UE soutient fermement la liberté d’expression et la liberté d’association, y compris l’espace pour les organisations de la société civile », a déclaré le porte-parole de l’UE, M. Stano, à l’Electronic Intifada.

« Les mesures touchant au rôle et au fonctionnement des organisations de la société civile ne devraient pas avoir pour effet d’imposer des restrictions arbitraires ou disproportionnées à la jouissance de leurs droits, conformément aux normes internationales en matière de droits humains », a-t-il ajouté.

Alors que Nawajaa est toujours interrogé, la militante du boycott Majida Masri a déclaré que « les premières indications révèlent que le Shin Bet n’a pas de dossier ».

Depuis des années, Israël mène une campagne mondiale de diffamation et de sabotage contre le mouvement non-violent BDS, notamment en essayant à tort d’associer les militants à ce qu’il appelle le « terrorisme ».

Par l’intermédiaire de l’avocat d’Addameer, Nawajaa a déclaré qu’il est « en bonne santé, qu’il a bon moral et qu’il est déterminé à poursuivre son travail à BDS pour les droits des Palestiniens ».

Il a également exprimé sa « profonde gratitude » pour les actions de solidarité dans le monde entier.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

Source : The Electronic Intifada

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