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Oubliez les efforts de normalisation des oligarchies des États du Golfe. Comme l’a montré la lutte sud-africaine contre l’apartheid, c’est le pouvoir des gens ordinaires qui compte.

Par Haidar Eid, 25 septembre 2020

Des manifestants palestiniens brûlent un portrait du président américain Donald Trump lors d’une manifestation à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 23 septembre 2020, pour dénoncer les accords de normalisation conclus par Israël avec les Émirats arabes unis et le Bahreïn. (Photo : Ashraf Amra/APA Images) 

Le monde arabe officiel semble avoir l’intention de trahir le peuple palestinien par le biais d’un processus continu de normalisation qui a été lancé par le défunt président égyptien Anouar El-Sadate à la fin des années 1970, et poursuivi par les Jordaniens et l’OLP au début des années 1990. Cela a conduit les EAU et le Bahreïn à s’y joindre, donnant ainsi une légitimité à un projet colonial de peuplement au cœur du Moyen-Orient.

Il est devenu évident pour le peuple palestinien que nous devons renoncer à nous reposer sur la plupart des gouvernements arabes. Seule la société civile – y compris les partis d’opposition, les syndicats, les associations, les organisations de femmes et autres – est capable de mobiliser un véritable soutien pour mettre fin aux crimes sans précédent d’Israël contre les trois composantes du peuple palestinien : les Palestiniens dans les territoires occupés de 1967, les citoyens palestiniens d’Israël de 1948 et les réfugiés de la diaspora.

D’où l’importance des leçons que nous avons tirées de la lutte sud-africaine contre le régime inhumain de l’apartheid. Notre inspiration est le mouvement anti-apartheid, et l’intervention de la société civile a été efficace à la fin des années 1980 contre le régime d’apartheid. Elle peut faire la même chose pour soutenir une paix juste en Palestine. Rien ne peut forcer Israël à respecter le droit international, sauf les personnes de conscience et la société civile.

Nous, les Palestiniens, ne sommes plus intéressés par l’opposition stérile au processus de normalisation initié par le traité de Camp David et les accords d’Oslo, et solidifié par les cheikhs du Golfe. Nous tenons plutôt à formuler le type de réponse qui pourrait réellement vaincre le système d’oppression sioniste à plusieurs niveaux : l’occupation, le nettoyage ethnique et l’apartheid. Au moment où la communauté internationale – société civile et gouvernements – décidera d’agir comme elle l’a fait contre le système d’apartheid en Afrique du Sud, Israël succombera à la voix de la raison représentée par l’appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) lancé en 2005. Cet appel a été lancé par plus de 170 organisations de la société civile et approuvé par presque toutes les forces politiques influentes de la Palestine historique et de la diaspora. L’oligarchie au pouvoir dans les États du Golfe en tirera également une leçon, à savoir que c’est le pouvoir des gens ordinaires qui compte. Ces pays, qui forment le Conseil de coopération du Golfe (CCG), sont ce que feu l’écrivain saoudien Abdelrahman Munif appelle « les villes du sel ». Exactement comme le sel qui se dissout dans l’eau très rapidement, ces grandes villes scintillantes, de Dubaï à Abu Dhabi, Jedda et Manama, s’écrouleront dès qu’une autre source d’énergie que le pétrole sera découverte.

Mais nous, les Palestiniens, ainsi que les gens qui aiment la liberté, avons une question urgente à résoudre. Combien de temps le monde tolérera-t-il le racisme constitutionnel flagrant d’Israël, ses politiques de nettoyage ethnique et son colonialisme de peuplement ? Nous savons pertinemment qu’il a fallu plus de trente ans à la communauté internationale pour répondre à l’appel lancé par le peuple opprimé d’Afrique du Sud. Combien de temps le peuple opprimé de Palestine devra-t-il attendre ?

N’est-il pas clair pour ces oligarchies arabes normalisatrices qu’Israël, soutenu par le gouvernement fou des États-Unis, est déterminé à liquider la cause palestinienne tout entière ? Malgré toutes ces longues années d’oppression et les milliers de rapports des principaux organismes de défense des droits humains, et malgré le déni des droits fondamentaux à l’éducation, à la libre circulation, à l’emploi et à la santé, les Palestiniens sont accusés par leurs frères de ne pas être assez flexibles ! Les Palestiniens sont privés d’une vie normale par plus de 600 points de contrôle militaires israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem, par le siège médiéval de Gaza et par la discrimination officielle de l’apartheid à laquelle sont confrontés les citoyens palestiniens en Israël même. Pour parler franchement, nous sommes discriminés parce que nous ne sommes pas juifs, tout comme les Sud-Africains noirs ont été discriminés simplement parce qu’ils n’étaient pas blancs.

Nous pensons qu’il est de notre droit d’attendre des peuples arabes qu’ils se joignent à nous dans notre lutte contre l’apartheid israélien en boycottant le régime raciste et militarisé et les institutions qui le font prospérer. Exactement comme les Noirs d’Afrique du Sud avant nous, nous comptons de plus en plus sur le droit international et la solidarité pour notre survie même, en particulier de la part de nos propres frères.

N’est-il pas grand temps que le peuple palestinien s’éloigne de l’illusion de la solution à deux États et tente une approche démocratique, qui puisse garantir ses droits fondamentaux – liberté, égalité et justice?

Israël est un État d’apartheid colonialiste et les outils utilisés contre l’apartheid en Afrique du Sud peuvent être le modèle dans notre lutte contre l’apartheid d’Israël. Transformer Israël d’un État ethno-religieux d’apartheid en une entité véritablement démocratique devrait être l’objectif de chaque personne qui croit en la démocratie libérale.

Haidar Eid

Haidar Eid est professeur associé de littérature postcoloniale et postmoderne à l’université al-Aqsa de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit arabo-israélien, notamment des articles publiés dans Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle et Open Democracy. Il a publié des articles sur les études culturelles et la littérature dans plusieurs revues, notamment Nebula, Journal of American Studies in Turkey, Cultural Logic et le Journal of Comparative Literature.

Traduction: GP pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss