À Gaza, Israël utilise la famine comme arme de guerre

Dans un rapport du 18 décembre 2023, l’organisation Human Rights Watch (HRW) accuse Israël d’utiliser la famine comme arme de guerre à Gaza.

Par Emma Danion pour l’Agence Média Palestine, le 20 décembre 2023

Saleh Salem/Reuters

Selon un nouveau rapport de HRW, Israël utilise la famine comme arme de guerre, conformément à une politique établie par de hauts responsables israéliens.

Depuis plus de 2 mois, Israël affame la population de Gaza à travers un blocus strict pendant plusieurs semaines interdisant l’entrée de vivres dans la bande, et à travers maintenant le bloquage par les forces d’occupation israéliennes des convois de nourriture, d’eau et de carburant. Les boulangeries et autres lieux d’alimentation toujours fonctionnels à Gaza sont également fréquemment victimes de bombardements ciblés d’Israël.

« Depuis plus de deux mois, Israël prive la population de Gaza de nourriture et d’eau, une politique encouragée ou approuvée par de hauts responsables israéliens et qui reflète l’intention d’affamer les civils comme méthode de guerre », a déclaré Omar Shakir, directeur pour Israël et la Palestine à HRW. « Les dirigeants mondiaux devraient s’élever contre ce crime de guerre odieux, qui a des effets dévastateurs sur la population de Gaza. »

Dans le sud de Gaza est reporté la rareté de l’eau potable, le manque de nourriture, qui se traduit par des magasins vides et de longues files d’attente, et la l’inflation exorbitante des prix. « Nous sommes constamment à la recherche des choses nécessaires pour survivre », a déclaré un père de famille à HRW. Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a indiqué le 6 décembre que 9 ménages sur 10 dans le nord de la bande de Gaza et 2 ménages sur 3 dans le sud de la bande de Gaza avaient passé au moins un jour et une nuit consécutifs sans nourriture.

Israël, en tant que puissance occupante à Gaza, et conformément à la quatrième convention de Genève, a le devoir de veiller à ce que la population civile reçoive de la nourriture et des fournitures médicales. Le droit international humanitaire, ou droit de la guerre, interdit d’affamer des civils comme méthode de guerre. Le statut de Rome de la CPI prévoit que le fait d’affamer intentionnellement des civils en les « privant d’objets indispensables à leur survie, y compris en entravant délibérément l’acheminement des secours » constitue un crime de guerre.

L’intention criminelle ne nécessite pas l’aveu de l’attaquant, mais peut très bien être déduite suite à l’examen de l’ensemble des circonstances de la campagne militaire menée dans la zone analysée.

Dans un tweet du 10 décembre, Craig Mokhiber, ex-directeur du bureau de New York du Haut Commissariat aux droits humains ayant démissionné le 28 octobre dernier, alertait que « la moitié de la population de la bande de Gaza est maintenant affamée – plus d’un million d’enfants, de femmes et d’hommes – et que 90 % d’entre eux n’ont pas de nourriture quotidienne. La famine forcée d’Israël dans la bande de Gaza est le dernier crime d’une longue série de crimes génocidaires. »

Le 17 novembre, le PAM avait déjà mis en garde contre la « possibilité immédiate » de famine, soulignant que les réserves de nourriture et d’eau étaient pratiquement inexistantes. Le 3 décembre, il a fait état d’un « risque élevé de famine », indiquant que le système alimentaire de Gaza était au bord de l’effondrement. Le 6 décembre, il a déclaré que 48 % des ménages dans le nord de Gaza et 38 % des personnes déplacées dans le sud de Gaza avaient connu des « niveaux sévères de famine ».

En parallèle de sa politique de famine infligée à la population de Gaza depuis deux mois, Israël a déjà tué plus de 18 800 Palestinien-ne-s, dont 7 870 enfants.

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