L’Agence France Presse se mobilise pour ses journalistes à Gaza

Une mobilisation de journalistes a eu lieu au siège de l’AFP en solidarité avec les journalistes palestiniens à Gaza.

Par Emma Danion pour l’Agence Média Palestine, le 18 janvier 2024

Le mercredi 17 janvier au matin, une action à l’initiative de la Société de Journalistes (SDJ) et de l’intersyndicale de l’AFP – composée de CGT, SNJ, SUD, FO et de CFE-CGC) à laquelle s’est ensuite associée la direction de l’Agence France Presse, s’est déroulée au siège de l’Agence parisienne. Plusieurs dizaines de journalistes ont manifesté leur solidarité avec leurs collègues de Gaza en affichant les photos de leurs 9 confrères toujours sur place.

Le délégué syndical à l’AFP de SNJ-CGT, David Courbet, a indiqué à l’Agence Média Palestine qu’il s’agissait d’une action d’ampleur internationale et que tous les bureaux AFP du monde ont partagé et reçu les photos des 9 journalistes. Tout le réseau, c’est-à-dire plus d’une centaine de journalistes à travers le monde, a été mobilisé.

Derrière cette action, il y a l’urgence pour ces journalistes de faire évacuer leurs collègues le plus rapidement possible : « On pense à eux et on fait tout notre possible pour les évacuer eux et leurs familles » ajoute M. Courbet. « Tout est bon pour médiatiser la cause, pour les faire sortir. Depuis le 7 octobre, plusieurs actions ont déjà été entreprises, parce qu’ils veulent maintenant être évacués. Encore aujourd’hui, des initiatives sont engagées par la direction [de l’AFP] pour discuter avec les autorités françaises et israéliennes afin de les évacuer. Après une lettre ouverte initiée par l’intersyndicale de l’AFP adressée aux autorités compétentes afin de réclamer leur évacuation, le SNJ-CGT avait en parallèle écrit une autre lettre signée elle par plus d’une centaine de parlementaires français. »

L’AFP est l’un des seuls médias au monde encore présents à Gaza, et compte 9 journalistes sur place qui, malgré des conditions de travail impraticables entre les bombardements incessants, le manque d’eau, de nourriture, d’électricité, d’internet et des conditions de vie intenables qui leurs demandent de lutter pour leur survie en permanence, continuent à travailler pour l’AFP, à documenter ce qu’il se passe dans la bande de Gaza et à le rendre visible pour le reste du monde.

En comptant les familles des 9 journalistes de l’AFP toujours à Gaza, il s’agirait d’une cinquantaine de personnes – aujourd’hui déplacées dans le sud de la bande – en attente d’une évacuation.

L’AFP a récemment subi la perte d’un de leurs journalistes pigistes, Mustafa Thurayya, tué aux côtés du journaliste pour Al Jazeera Hamza al-Dahdouh, le 7 janvier dernier lors d’une frappe ayant ciblée leur véhicule alors qu’ils étaient en déplacement professionnel.

Plus tôt, le 13 octobre 2023, deux autres journalistes de l’AFP avaient été grièvement blessés dans le Sud-Liban par un tir de l’armée israélienne, comme l’explique ici l’enquête de l’AFP à ce sujet. Parmi ces deux journalistes figure la photographe Christina Assi, 28 ans, qui a du subir une amputation de la jambe droite des suites de ses blessures. Cette attaque a blessé 6 journalistes et a tué Issam Abdallah, journaliste pour l’agence Reuters, âgé de 37 ans.

David Courbet assure garder un contact presque quotidien avec ses collègues de Gaza, ou via un intermédiaire : « Globalement, on se sent démunis face à la situation, on pense tout le temps à eux, qui luttent au quotidien, tant dans leur vie privée que pour simplement faire leur travail de journaliste. On continue de faire pression afin de sauver nos confrères, on ne les oublie pas. »

Dans un dépêche du 17 janvier dernier, le directeur de l’information de l’AFP, M. Phil Chetwynd, adresse ce message :

« Le personnel du siège de l’AFP et des autres bureaux s’est rassemblé pour une séance photo de masse afin de soutenir nos collègues de Gaza dont le travail dans des conditions presque inimaginables est une énorme source de fierté. La rédaction de l’AFP tenait à exprimer son soutien inconditionnel à nos collègues de Gaza qui travaillent dans des conditions désastreuses et dans la crainte constante des bombardements. Nous sommes touchés par leur professionnalisme et leur engagement à faire leur travail au mieux de leurs capacités. Non seulement ils essaient de rendre compte de ce qui se passe autour d’eux, mais ils doivent aussi chercher de la nourriture et un abri pour leurs familles, alors que la situation humanitaire devient chaque jour plus désespérée. Nous réitérons notre appel aux autorités israéliennes pour qu’elles veillent à ce que les journalistes travaillant à Gaza soient protégés et autorisés à travailler en toute sécurité ».

À ce jour, Israël a tué au moins 106 journalistes palestiniens dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre.

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