Israël a tué au moins 640 Palestinien·nes dans le nord de Gaza depuis le début de son siège il y a 17 jours, dont 33 depuis l’aube de ce lundi 21 octobre. Ce weekend, de nombreux massacres ont eu lieu, et les habitant·es du nord de Gaza font leurs adieux sur les réseaux sociaux, alors qu’Israël les pousse à fuir sans leur désigner de zone « sûre » où se réfugier.
Par l’Agence Média Palestine, le 21 octobre 2024

« Le cauchemar à Gaza s’intensifie. Des scènes horribles se déroulent dans le nord de la bande de Gaza, au milieu des frappes israéliennes incessantes et d’une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver », a déclaré Tor Wennesland, coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, dans un communiqué dimanche 20 octobre.
Massacres à Beit Lahia
Samedi 19 octobre au soir, dans la ville de Beit Lahia, des bombardements israéliens se sont abbatus sur Beit Lahia, secouant toute la partie ouest de la ville et faisant s’effondrer des bâtiments alors que des personnes se trouvaient à l’intérieur. Les services médicaux ont déclaré qu’au moins 73 personnes ont été tuées ou sont portées disparues, et plus de 100 autres ont été blessées.
Ces frappes ont ciblé des quartiers résidentiels très peuplés, et de nombreux enfants figurent parmi les victimes. Les habitant·es n’ont pas été averti·es de quitter leurs maisons. « Plus de la moitié des personnes tuées sont en fait des personnes qui ont été forcées d’évacuer Jabalia et d’autres parties du nord de la bande de Gaza sous le siège israélien. », rapporte un correspondant sur place pour Al-Jazeera.
De nombreuses personnes se sont retrouvées piégées sous les décombres, les ambulanciers et les équipes de la défense civile ne pouvant atteindre la zone en raison de l’intensité des bombardements israéliens.
Selon Hossam Abu Safia, directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Beit Lahia, de nombreux blessés de l’attaque sont décédés en raison du manque cruel de ressources, de fournitures médicales et de personnel spécialisé dans l’établissement, ou n’ont pu être secourues « en raison du manque de ressources et des frappes en cours ». Les pénuries de médicaments, de carburant et de matériel entravent gravement les soins. Internet et les services téléphoniques sont coupés dans certaines parties de Gaza depuis samedi soir, ce qui complique encore les opérations de sauvetage.
Sur son compte X, la journaliste Mariam Barghouti dénonce le blocage du ravitaillement des hôpitaux et les bombardements que subit le nord de Gaza : « Deux Palestiniens viennent d’être tués dans le nord de Gaza. Ils n’ont pas été tués par des bombes, ni par des balles, ni même par la famine. Ils ont été tués à l’hôpital indonésien en raison d’un manque d’oxygène dans le cadre du siège israélien en cours sur le nord qui fait face à des niveaux apocalyptiques de violence de la part d’Israël. Au moins 500 Palestiniens ont été tués dans le nord de Gaza au cours des deux dernières semaines. Parmi eux, au moins 50 ont été tués aujourd’hui. »
Plus tôt dans la journée de samedi, les forces israéliennes ont encerclé et bombardé l’hôpital indonésien, également situé à Beit Lahia. Les forces israéliennes ont visé les étages supérieurs, où se trouvaient plus de 40 patients et membres du personnel médical. « Ce que nous avons vu au cours des deux dernières semaines est passé à un autre niveau en termes d’intensité des bombardements et des opérations militaires », a déclaré Sam Rose, directeur de la planification à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNWRA).
L’horreur à Jabalia
Depuis plus de 17 jours maintenant, le nord de Gaza est séparé du reste de l’enclave par l’armée israélienne qui empêche la circulation des personnes et de l’aide humanitaire, et en particulier le camp de réfugié de Jabalia dont les habitant·es sont assiégé·es.
« Il est très difficile d’avoir une idée précise de ce qui se passe en raison du bouclage et de l’étranglement de la zone, mais tous les rapports que nous recevons suggèrent que la situation est catastrophique pour les quelque 175 000 personnes qui restent, selon nos estimations. », déclare Sam Rose.
Philippe Lazzarini, directeur de l’agence des Nations unies chargée de l’aide aux réfugiés palestiniens, a déclaré que 20 000 personnes avaient été contraintes de quitter le camp de réfugiés de Jabalia hier, y compris les abris de l’UNRWA, pour se mettre à l’abri.
Dans un message publié sur X, il a écrit : « Les gens ont tout perdu. Ils ont besoin de tout, y compris de nourriture, d’eau, de couvertures et de matelas : l’essentiel de l’essentiel. Des perturbations généralisées des communications et de l’internet sont signalées dans la ville de Gaza et dans le nord. »
Selon lui, « une douzaine de camions de farine ont été autorisés à entrer dans la ville de Gaza cette semaine, ce qui est largement insuffisant. Les quelques boulangeries de la ville de Gaza pourraient augmenter leur production de pain pour le distribuer aux personnes vivant dans les abris de l’UNRWA ».
Selon Al-Jazeera, l’armée israélienne effectue des raids dans tous les abris de réfugié·es, y arrête des hommes et contraint les civils à partir. Des femmes palestiniennes contraintes de fuir le nord de Gaza ont déclaré que l’armée israélienne séparait et arrêtait des dizaines d’hommes aux points de contrôle. Des Palestinien·nes fuyant la zone ont été ciblés par l’armée israélienne alors qu’ils et elles empruntaient une rue désignée comme libre d’emprunt pour les civil·es souhaitant fuir les bombardements.
Les habitant·es de Jabalia, lorsqu’ils et elles réussissent à connecter leurs téléphones, font leurs adieux à leurs proches, comme le rapportent des témoignages poignants sur X : « J’ai pu joindre un ami dans le camp de réfugiés de Jabalia pendant moins d’une minute. Il m’a déclaré le pire : il a dit que des gens avaient été tués devant sa maison, mais que des tireurs d’élite et des chars se trouvaient sur l’autre front. Il se cache avec ses enfants sous l’escalier, et ses enfants sont mouillés. », rapporte Majed Abusalama.
« Depuis hier, j’essaie de contacter mon ami dans le nord de Gaza, mais il n’y a pas de signal. Il y a quelques minutes, il m’a envoyé un message disant : « Toute ma famille est dans le sud, avec vous. Je veux te les confier et te demander de rester avec eux. Je suis définitivement, définitivement mort – maintenant, ou dans une heure, ou peut-être plus tard. Je cours et je halète entre les cadavres dans les rues. Les bombardements sont partout. Nos autres amis ont été arrêtés par les forces d’occupation, avec leurs familles. Après cela, nous avons perdu tout contact avec eux. Priez pour moi, mon ami. », rapporte Omar Hamad, Palestinien de Gaza, sur son compte.
« L’armée d’occupation oblige les habitant-es du nord de Gaza à fuir sous les bombardements ou à risquer d’être tués dans ce qui ressemble à un cercle de mort certaine », martelle le ministère des affaires étrangères de l’Autorité palestinienne dans un communiqué.




