Plusieurs rapports récents décrivent l’horreur des prisons israéliennes et le calvaire des Palestinien·nes qui y sont emprisonné·es, souvent sans avoir eu droit à un procès.
Par l’Agence Média Palestine, le 18 novembre 2024

Plusieurs rapports et articles parus récemment témoignent des conditions catastrophiques dans lesquelles vivent et meurent les détenu·es palestinien·nes des prisons d’Israël. Début novembre, la Commission des affaires des détenu-es et ex-détenu-es palestinien·nes alertait sur l’aggravation des violences à l’égard des femmes emprisonnées par Israël. La semaine dernière, Sky News dévoilait les violents détails de la mort en prison d’un médecin Gazaoui. Cette semaine, c’est un rapport de groupes palestiniens de surveillance des prisons israéliennes qui annonçaient la mort de deux hommes pendant leur détention, suite à des violences et mauvais traitements.
Depuis des années ces collectifs de défense des droits des détenu·es et observateurs des prisons alertent sur les manquements graves aux droits humains observés dans les prisons israéliennes à l’égard des détenu·es palestinien·nes. Depuis un an cependant, et l’offensive génocidaire menée par Israël à Gaza, les conditions des prisonnier·es ont encore largement empiré. En août dernier, un rapport estimait qu’au moins 53 prisonnier·es avaient été torturés à mort dans les prisons israéliennes.
Deux hommes assassinés en prison dans des « conditions catastrophiques »
Dans une déclaration commune, la comission des détenu·es et des ancien·nes détenu·es et la Société des prisonnier·es palestinien·es ont annoncé vendredi 15 novembre la mort de Samih Suleiman Muhammad Aliwi, 61 ans, et d’Anwar Shaaban Muhammad Aslim, 44 ans.
Les deux groupes de surveillance ont déclaré qu’Aliwi et Aslim avaient été soumis à des abus systématiques pratiqués depuis longtemps dans les prisons gérées par Israël, notamment la torture, la négligence médicale et la famine forcée. L’avocat d’Aliwi a témoigné que les soins de celui-ci lui avaient été refusés, qu’il avait subi des agressions et humiliations, et qu’il avait perdu 40 kg lors de leur dernière entrevue.
Les groupes tiennent Israël pour « entièrement responsable du meurtre des deux prisonniers, Aliwi et Aslim ». La déclaration avertit que depuis le début de la guerre d’Israël contre Gaza, les crimes contre les prisonnier·es et les détenu·es se sont multipliés, ajoutant que ces « conditions catastrophiques » auxquelles sont confrontés les prisonnier·es – en particulier celles et ceux qui sont malades et blessé·es – entraîneront de nombreux autres décès.
Début août, l’association israélienne de défense des droits B’Tselem a accusé les autorités israéliennes de maltraiter systématiquement les Palestinien·nes dans des camps de torture, en les soumettant à de graves violences et à des agressions sexuelles. Des actes de torture ont été enregistrés dans des centres de détention civils et militaires dans tout Israël.
Le Dr Adnan al-Bursh assassiné à la prison de Ofer
Un reportage publié le 14 novembre décrit les conditions de la mort violente en mai dernier d’Adnan al-Bursh, chirurgien de l’hôpital Al-Shifa à Gaza. Le médecin documentait, depuis le début du génocide, les blessures terribles qu’il était amené à soigner ainsi que les conditions toujours plus difficiles dans lesquelles il devait travailler. Il a également documenté le siège brutal qu’a subi son hôpital en novembre 2023, et son évacuation forcée. Il a ensuite rejoint un autre hôpital et continué de dénoncer les attaques d’Israël à l’égard du système de soin palestinien.
Il est arrêté par l’armée israélienne lors du siège de l’hôpital Al-Awda, le 5 décembre 2024. Il est amené au camp d’emprisonnement de la base militaire Sde Teiman, un camp qui a été décrit par plusieurs observateurs, avocats et ancien détenus comme « pire qu’Abu Ghraib ou Guantanamo ». Plusieurs rapports affirment que la torture, la famine et les abus sexuels y sont utilisés de manière systémique.
Il a été transféré le 20 décembre aux autorités pénitentiaires israéliennes. Il est mort peu après son arrivée en avril à la prison d’Ofer, près de Jérusalem. Les autorités israéliennes ont refusé de communiquer les conditions du décès lors de son annonce, ce qui est illégal.
https://www.newarab.com/news/report-details-israels-torture-killing-renowned-gaza-doctor
Un prisonnier, qui dit avoir connu le Dr Al-Bursh à Gaza, a fourni des détails dans une déposition aux avocats de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme HaMoked : « À la mi-avril 2024, le Dr Adnan Al-Bursh est arrivé à la section 23 de la prison d’Ofer. Les gardiens de prison ont amené le Dr Adnan Al-Bursh dans la section dans un état déplorable. Il avait manifestement été agressé et présentait des blessures sur tout le corps. Il était nu dans la partie inférieure de son corps. Les gardiens de prison l’ont jeté au milieu de la cour et l’ont laissé là. Le Dr Adnan Al-Bursh était incapable de se lever. L’un des prisonniers l’a aidé et l’a accompagné dans l’une des chambres. Quelques minutes plus tard, on a entendu les prisonniers crier depuis la pièce où ils étaient entrés, déclarant que le Dr Adnan Al-Bursh (était mort) ».
Les femmes de la prison de Damon maltraitées
Selon la Commission des affaires des détenu-es et ex-détenu-es palestiniens, les violences à l’égard des femmes emprisonnées se sont intensifiées ces derniers mois. Les prisonnières sont soumises à des fouilles à nu régulières, à des inspections arbitraires de leurs chambres et à la confiscation d’objets et de vêtements, notamment de leurs hijabs.
Au moins 94 femmes détenues dans la prison de Damon « souffrent » dans des conditions qui s’aggravent et qui « dépassent toutes les limites imaginables », a déclaré la commission dans un communiqué au début du mois de novembre. Tala Nasser, avocate de l’ONG Addameer, basée à Ramallah, qui défend les droits des prisonniers palestiniens, affirme que la négligence médicale et la surpopulation y sont endémiques.
« Les prisonnières ont très peu de temps à l’extérieur, notamment pour se doucher, car les douches se trouvent à l’extérieur des cellules », décrit Tala Nasser. « En outre, l’administration pénitentiaire israélienne retient délibérément les produits de nettoyage dans la prison de Damon, ce qui a entraîné une augmentation des infections cutanées dues à la surpopulation. La plupart des prisonnières sont contraintes de dormir à même le sol. »
Selon de nombreux témoignages, les rations alimentaires quotidiennes fournies par l’administration pénitentiaire israélienne représentent à peine la moitié d’un repas normal. Sous couvert de procédures de sécurité, les détenues sont régulièrement forcées de retirer tous leurs vêtements, y compris leurs sous-vêtements, tout en subissant des violences verbales et des mauvais traitements.




