Gaza, jour 468 : Israël a tué plus de 100 Palestiniens depuis l’annonce de l’accord de cessez-le-feu

Alors qu’un accord de cessez-le-feu a été annoncé et devrait entrer en vigueur dimanche prochain, les attaques israéliennes n’ont pas cessé. Point sur la situation à Gaza au jour 468 du génocide.

Par l’Agence Média Palestine, le 17 janvier 2025

CHIFFRES CLÉS
à Gaza depuis le 7 octobre 2023 :
46 788 palestinien·nes tué·es par Israël
dont 17 000 enfants, dont 800 nourissons de moins de 1 an
10 000 personnes coincé·es sous les décombres
110 453 blessé·es
1,9 million de déplacé·es

Intensification des frappes pendant les dernières heures des négociations

Comme nous le disions dans notre dernier article bilan du mardi 14 janvier, la violence des attaques israéliennes à redoublé durant les derniers jours des négociations d’un accord de cessez-le-feu. Juste après la parution de notre article, le ministère de la santé de Gaza annonçait que plus de 20 personnes avaient été assassinées par l’armée israélienne depuis l’aube.

Les frappes israéliennes, comme observé depuis plus de 15 mois de campagne génocidaire à Gaza, ciblent indistinctement des zones résidentielles, des campements, des écoles, des centres médicaux. Dans un tweet publié mardi, l’UNRWA montre une vidéo de Palestinien·nes arpentant les vestiges de leur campement réduit en cendre par un incendie déclenché par une frappe israélienne. « Hier, une attaque des forces israéliennes a brûlé des tentes abritant des personnes déplacées, causant d’importants dégâts. Les habitants de Gaza sont déplacés sans cesse depuis 15 mois. Ils recherchent une sécurité qui n’existe pas : aucun endroit n’est sûr à Gaza, personne n’est en sécurité. »

De nombreuses attaques ont été rapportées dans les dernières heures précédant l’annonce de l’accord de cessez-le-feu, à Khan Younis, dans la ville de Gaza comme au nord. Mercredi 15 janvier à 16h40 (heure locale), Al-Jazeera comptait au moins 59 Palestinien·nes tué·es depuis le matin par l’armée israélienne. Une heure plus tard, plusieurs sources affirment qu’un accord de cessez-le-feu a été conclu et entrera en vigueur dimanche prochain, le 19 janvier 2025.

Des célébrations interrompues par les bombes

« Bien sûr, le bonheur et le soulagement sont entrés dans nos cœurs et dans ceux de tous les Palestiniens. Ce cauchemar, cette terreur va prendre fin. Nous allons rentrer chez nous et revoir nos proches après plus de 15 mois d’agressions, de meurtres et de destructions incessantes, » se réjouit Haitham Doghmosh, habitant de Gaza de 22 ans, au micro d’Al-Jazeera.

À Gaza, le sentiment dominant qui suit l’annonce est celui de la joie, rapporte le journaliste Mahmoud Hani. « C’est une foule plus nombreuse que ce à quoi nous nous attendions. La plupart des sentiments que nous voyons ici ont été réprimés au cours des 15 derniers mois, car la campagne de bombardements intensifs a laissé les gens dans un état d’incertitude et de peur. Nous voyons des gens en larmes. Nous voyons des mères ici, qui vivent dans des tentes près de l’hôpital … serrant et embrassant leurs enfants, remerciant Dieu d’avoir survécu ».

Alors que l’annonce se répand et que les Palestinien·nes de Gaza se rassemblent dans les rues pour exprimer leur soulagement et célébrer cette nouvelle, le ministère de Gaza publie un communiqué recommandant la prudence aux habitant·es. Les cessez-le-feu n’entrera en effet en vigueur que dimanche, et l’accord reste fragile. Le ministère recommande aux gazoui·es d’éviter les rassemblements et d’attendre des confirmations officielles avant d’entreprendre de retourner chez elles et eux, notamment dans le nord de Gaza.

« Alors que les gens fêtaient ici, à l’hôpital des martyrs d’Al-Aqsa, nous pouvions clairement entendre le bruit de l’artillerie lourde et des bombardements sur le camp de réfugiés de Bureij et de Nuseirat », témoigne un peu plus tard le journaliste Hani Mahmoud. « Les jours à venir, jusqu’à dimanche, sont donc très critiques et les gens s’attendent à une recrudescence des attaques israéliennes. »

Plusieurs frappes israéliennes, en effet, sont rapportées au cours de la soirée, notamment dans le quartier de Sheikh Radwan, dans la ville de Gaza, où une attaque aérienne visant un immeuble résidentielle a tué plus de 12 personnes et blessé 20 autres, annonce la défense civile, affirmant que les attaques sur cette zone se sont encore intensifiés depuis l’annonce.

Dans le camp de réfugié·es de Jabalia dans le nord de Gaza, plusieurs attaques israéleiennes visant des maisons sont rapportées, tuant un total de 29 personnes. Les médias locaux rapportent des dizaines de frappes aériennes, y compris ciblant des zones désigné·es comme « sûres » par les nombreux ordres d’évacuations israéliens issus depuis 15 mois.

Au total, l’armée israélienne a assassiné 101 personnes depuis l’annonce du cessez-le-feu, dont au moins 27 enfants, et 264 personnes ont été blessé·es. Les raids se sont par ailleurs multipliés en Cisjordanie.

Un accord fragile

Si les négociations semblent avoir abouti et que de nombreuses réactions internationales sont venues saluer cet accord, l’espoir reste fragile. En effet, le cabinet de sécurité israélien, qui devait voter l’accord jeudi, ne se réunira finalement qu’aujourd’hui. Il accuse, sans fournir de détails ni de preuves, le Hamas de vouloir revenir sur certaines partie de l’accord, ce que le Hamas dément. Si le cabinet l’approuve, l’accord sera ensuite soumis au gouvernement pour signature finale, pour entrer en vigueur dimanche.

La secrétaire générale d’Amnesty international, Agnès Callamard, a déclaré jeudi qu’un cessez-le feu dans la bande de Gaza ne suffira pas pour réparer la vie des Palestiniens déchirée par le génocide israélien : « Le refus et l’obstruction continus et délibérés de l’aide humanitaire à Gaza par Israël ont laissé les civils confrontés à des niveaux de famine sans précédent et des enfants sont morts de faim. La communauté internationale, qui a jusqu’à présent honteusement échoué à persuader Israël de se conformer à ses obligations légales, doit veiller à ce qu’Israël autorise immédiatement l’acheminement de fournitures vitales dans toutes les parties de la bande de Gaza occupée afin d’assurer la survie de la population palestinienne. »

Elle a également appelé à la levée immédiate du blocus illégal de Gaza afin de permettre « l’accès à Gaza à des observateurs indépendants des droits de l’homme afin qu’ils puissent découvrir des preuves et révéler l’ampleur des violations, » avant d’ajouter : « Pour les Palestiniens qui ont tant perdu, il n’y a guère de raison de se réjouir lorsqu’il n’y a aucune garantie qu’ils obtiendront justice et réparation pour les crimes horribles qu’ils ont subis. Si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes de ce conflit, les Palestiniens et les Israéliens ne peuvent même pas commencer à espérer un avenir meilleur fondé sur les droits, l’égalité et la justice. Israël doit démanteler le système brutal d’apartheid qu’il impose pour dominer et opprimer les Palestiniens et mettre fin une fois pour toutes à son occupation illégale du territoire palestinien occupé. Les États tiers ont un rôle crucial à jouer pour mettre fin à l’impunité d’Israël et rétablir une certaine confiance dans l’État de droit. »

Une femme en deuil se recueille près des corps de Palestiniens tués lors des frappes aériennes israéliennes à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 janvier 2025. [Hatem Khaled/Reuters]

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