Gaza, jour 471 : « un mélange écrasant d’émotions »

Point sur la situation ces derniers jours à Gaza, avant et après l’annonce d’un accord de cessez-le-feu, alors que les habitant·es déplacé·es constatent l’ampleur des destructions infligées par Israël dans leurs villes.

Par l’Agence Média Palestine, le 21 janvier 2025

Alors que le cessez-le-feu semble s’établir à Gaza, le bureau des médias du gouvernement de Gaza a publié son dernier bilan. En voici les points essentiels :

Les forces israéliennes ont tué tous les membres de 2 092 familles palestiniennes.
214 bébés sont nés et ont été tués depuis le 7 octobre 2023.
44 autres enfants sont morts de malnutrition.
Huit personnes, dont sept enfants, sont mortes de froid dans leurs tentes.
1 155 membres du personnel médical, 94 employés de la protection civile et 205 journalistes ont été tués par Israël.
4 500 personnes, dont 18 % d’enfants, ont été amputées.
70 % des victimes tuées étaient des enfants et des femmes.
3 500 enfants sont en danger de mort en raison de la malnutrition et du manque de nourriture.
12 700 blessés doivent se rendre à l’étranger pour être soignés.
12 500 patients atteints de cancer risquent la mort et ont besoin d’un traitement.
3 000 patients atteints de diverses maladies doivent être soignés à l’étranger.
2 136 026 cas de maladies infectieuses sont apparus en raison des déplacements.
71 338 cas d’hépatite B ont été recensés à la suite des déplacements.
60 000 femmes enceintes sont menacées par le manque de soins de santé.
350 000 patients chroniques sont en danger parce qu’Israël empêche l’entrée de médicaments.
88 % de la bande de Gaza a été détruite.

Avant le cessez-le-feu : l’horreur, jusqu’à la dernière minute

Alors que l’accord de cessez-le-feu avait été accepté par toutes les parties et était fixé au matin du dimanche 19 janvier 2025, Israël a poursuivi ses attaques meurtrières avec une très grande intensité.

Samedi 18 janvier, plusieurs attaques israéliennes dans différentes zones de l’enclave palestinienne ont coûté la vie à des dizaines de Gazaoui·es. Des sources médicales ont rapporté que dans le campement de tentes de réfugié·es d’Al Mawasi, à l’ouest de Khan Younis, une frappe aérienne de l’armée israélienne a tué au moins cinq personnes, un coupe et leurs trois enfants. Un drone israélien a également tué trois civils palestiniens dans le quartier de Tuffah, à l’est de la ville de Gaza, vendredi en fin de journée, selon Wafa.

Au total, la journée de samedi aura porté à au moins 123 le nombre de Palestiniens assassinés par les bombardements israéliens depuis l’annonce de l’accord de cessez-le-feu trois jours plus tôt.

Au matin du cessez-le-feu, celui-ci a été décalé de deux heures, la publication des noms des trois premières prisonnières israéliennes qui allaient être libérées par le Hamas ayant été retardée « pour des raisons techniques ». Durant ces deux heures, l’armée israélienne a tué 19 Palestinien·nes.

« Nous avons enduré toute cette guerre, dans les conditions les plus difficiles de déplacement et de bombardement », a déclaré Hanan Al Qidra, dont le mari et deux des leurs enfants ont été tués dans un bombardement israélien, quelques minutes avant l’implémentation du cessez-le-feu. « Mes enfants ont souffert de la faim, du manque de nourriture et de produits de première nécessité. Nous avons survécu à plus d’un an de guerre, mais ils ont été tués dans les dernières minutes. Comment cela peut-il arriver ? »

À 11h15 (heure locale) cependant, les bombardements se sont enfin tus à Gaza. « Ma joie est sans commune mesure », s’écrie Om Salah, une habitante de Gaza. « Dès l’annonce du cessez-le-feu, j’ai rapidement préparé toutes mes affaires, car je suis prête à me rendre à Gaza. Mes enfants sont extrêmement heureux d’aller voir leurs familles, leurs proches et leurs terres »

Nour Saqqa, une Palestinienne déplacée de la ville de Gaza, explique qu’elle ressent un « mélange écrasant d’émotions » : « nous n’avons pas été en mesure de nous sentir complètement soulagés, non seulement à cause du stress de ces 15 mois, mais aussi à cause du cessez-le-feu lui-même – le fait qu’il soit fragmenté plutôt qu’annoncé et mis en œuvre d’un seul coup. »

Les Palestiniens déplacés retournent dans des ‘villes fantômes’.

Depuis dimanche, les habitant·es de Gaza reprennent le chemin des maisons dont elles et ils avaient été chassé·es par l’armée israélienne. Nombre d’entre elles et eux retrouvent leur ville natale ou leur quartier en ruines, sans accès à l’eau, sans électricité ni infrastructure sanitaire.

« Nous voulions revenir pour monter une tente pendant le cessez-le-feu », explique à Al Jazeera Hussein Baraka, un Palestinien déplacé de Rafah dont la maison a été détruite pendant la guerre. « C’est devenu une ville fantôme. Il n’y a pas d’eau. Il n’y a rien. Il n’y a même pas de terrain plat où l’on puisse rester ». Mohammed al-Ballas, dont la maison a également été détruite dans la région, ajoute : « Si vous essayiez d’élever un animal ici, il ne survivrait pas. »

De nombreuses familles, épuisées d’avoir été déplacées de force à de nombreuses reprises au cours des derniers mois, établissent néanmoins leurs campements dans ces ruines, utilisant les débris pour construire des abris de fortune. Beaucoup se sont tourné·es vers des proches ou des voisin·es dont l’habitation a été moins impactée pour trouver refuge.

Des dizaines de corps extraits des décombres

Lundi 20 janvier, des sources médicales ont indiqué avoir extrait 137 corps des décombres à Rafah.

La défense civile palestinienne estime à plus de 10 000 le nombre de corps enfouis sous les bâtiments effondrés de Gaza, et le terrible bilan de ces 15 mois de campagne génocidaire d’Israël à Gaza continuera à s’alourdir à mesure que les Palestinien·nes inspectent les gravats. Selon Mahmoud Basal, porte parole des service d’urgence de Gaza, plus de 2 840 corps ont été « complètement fondus » dans les incendies, de sorte qu’il n’en reste plus de traces.

Pendant ce temps, plus de 630 camions d’aide sont entrés dans la bande de Gaza dimanche, a déclaré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, au Conseil de sécurité lundi. Au moins 300 de ces camions sont destinés au nord de l’enclave, où la famine menace, selon les Nations unies.

Avec un flux croissant d’aide dans l’enclave palestinienne, les habitants ont afflué sur les marchés, certains exprimant leur joie face à la baisse des prix et à la présence de nouveaux produits alimentaires tels que des chocolats importés.

Israël viole le cessez-le-feu

Les habitants et les médecins de Gaza ont déclaré que, dans l’ensemble, le cessez-le-feu semblait tenir, mais l’armée israélienne continue de harceler et d’agresser des Palestinien·nes. Les médecins ont déclaré que des tirs israéliens avaient blessés huit personnes depuis lundi matin dans la ville méridionale de Rafah, sans donner de détails sur leur état de santé.

L’Agence Wafa rapporte que les soldat·es osraélien·nes ont tué cinq Palestinien·nes entre hier et aujourd’hui : À Rafah, trois Palestiniens dont un enfant ont été tués par des tirs israéliens. Au large de la ville de Gaza, un pêcheur palestinien a été blessé par des tirs israéliens, selon Wafa. Et près du quartier Sabra de la ville de Gaza, un drone a blessé un autre civil.

Une Palestinienne assise sur des débris dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 20 janvier 2025 [Mahmoud Issa/Reuters].

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