Gaza, au jour le jour : Israël bloque entièrement l’aide humanitaire

Notre point hebdomadaire sur la situation à Gaza, alors qu’Israël bloque toutes les livraisons humanitaires depuis dimanche.

Par l’Agence Média Palestine, le 4 mars 2025



Les habitant·es de Gaza rapportent que le coût des produits de première nécessité a explosé depuis qu’Israël a décidé de bloquer toutes les importations dans la bande de Gaza ce dimanche 2 mars, alors que commence le mois de ramadan.

Belal al-Helou, habitant de la ville de Gaza, décrit la peur croissante qui y règne, les gens se précipitant pour faire des réserves de nourriture. Interrogé par Al Jazeera, il explique que « les prix ont beaucoup augmenté » et présage que tant que les postes-frontières resteront fermés, « les prix continueront d’augmenter et augmenteront encore plus ». Adly al-Ghandour, un autre résident, estime que les prix ont déjà augmenté de « 80 % jusqu’à présent » et craint qu’ils puissent grimper de « 200 % ».

La décision d’Israël de bloquer l’aide humanitaire intervient suite à la fin de la première phase de l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur en janvier. L’accord prévoyait une deuxième phase impliquant de nouvelles négociations en vue d’un cessez-le-feu permanent, d’autres échanges de prisonnier·es et un retrait total d’Israël de la bande de Gaza. Israël a souhaité prolonger la première phase plutôt que de passer à la seconde comme il était prévu par l’accord, et le Hamas a refusé cette prolongation, dénonçant les multiples violations de l’accord par Israël.

Près de la ville de Khan Younis, des tirs d’artillerie israéliens ont tué au moins 5 personnes et blessé 21 autres au cours des dernières 48 heures, selon le ministère de la Santé palestinien. Bien que les combats aient officiellement cessé, l’armée israélienne a violé la trêve à plusieurs reprises, en lançant des frappes aériennes et en tirant sur les Palestiniens depuis le début du cessez-le-feu le 19 janvier.

Plusieurs zones ont été visées dimanche depuis la fin de la première phase, notamment le quartier de Shujaiyya à Gaza, la zone de l’aéroport de Gaza près de Rafah et Beit Hanoun au nord de la bande de Gaza.

« Un acte cruel de punition collective »

L’annonce du blocage de l’aide humanitaire a provoqué de vives condamnations internationales, notamment des organisations de défense des droits humains. Dans un post sur X, Médecins Sans Frontières (MSF) déclare : « L’aide humanitaire ne devrait jamais être utilisée comme un outil de guerre. Indépendamment des négociations entre les parties belligérantes, la population de Gaza a toujours besoin d’une augmentation immédiate et massive de l’aide humanitaire ». MSF a en outre averti dans un communiqué de presse que cette décision « aggravera la crise humanitaire pour deux millions de personnes.»

« Le blocus total de l’aide humanitaire à Gaza par Israël est un acte cruel de punition collective et une violation flagrante du droit international humanitaire », a affirmé le groupe Medical Aid for Palestinians (MAP). « Il y a un an, la Cour internationale de justice a ordonné des mesures pour empêcher le génocide à Gaza, mais en bloquant à nouveau l’aide, Israël continue de les violer ». Mohammed Alkhatib, directeur adjoint des programmes de la MAP à Gaza, a décrit la décision d’Israël comme « une continuation de la moquerie de l’humanité et de la politique de deux poids deux mesures envers la population civile de la bande de Gaza, et le monde reste là à regarder ».

Selon la chaîne de télévision israélienne Kan 11, les autorités d’Israël prévoiraient de couper l’eau et l’électricité dans la bande de Gaza et de relancer la campagne visant à déplacer la population du nord de la bande de Gaza vers le sud, dans une stratégie visant à exercer une « pression maximale sur la bande de Gaza et le Hamas ».

« Nous reconstruirons, non par magie, mais grâce à notre propre solidarité »

Malgré ces craintes, les habitant·es de Gaza continuent de chercher à reprendre leurs vies dans les ruines de leurs quartiers. L’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a annoncé avoir repris son programme scolaire, se félicitant que 260 000 enfants de Gaza ont participé à son programme en ligne depuis janvier. L’agence a également indiqué que ses équipes de soutien psychosocial accompagnaient près de 15 000 personnes en détresse psychique dans le centre et la région de Khan Younis, alertant sur les besoins des gazoui·es en termes d’accompagnement dans la santé mentale, y compris parmi les enfants.

L’UNRWA a également annoncé la semaine dernière avoir entammé avec succès sa 3eme campagne de vaccination contre la polio. « Malgré la pluie et le froid, les parents ont amené leurs enfants dans les centres de vaccination, tandis que les équipes mobiles se sont rendues dans les communautés », a déclaré de Gaza, le Dr Rik Peeperkorn, Représentant de l’OMS dans le territoire palestinien occupé, lors d’un point de presse à Genève. « Grâce au récent cessez-le-feu, les travailleurs de la santé ont désormais un accès nettement plus aisé ». L’UNRWA rappelle qu’un cessez-le-feu permanent est essentiel à la garantie « que tous les enfants puissent renforcer leur immunité générale. »

Sous le fragile cessez-le-feu et parmi les ruines de Gaza, les habitant·es témoignent d’une grande résilience et solidarité. « Les hommes de notre quartier ont établi un calendrier pour s’entraider dans la construction d’abris dans les maisons endommagées. Ils nous ont aidés à installer des bâches et à les fixer au sol à l’aide de poteaux, ainsi qu’à réparer les murs de notre maison endommagée. Nous avons aidé les autres en fournissant de l’électricité pour alimenter les équipements grâce à notre panneau solaire qui fonctionnait à peine, » raconte Farah Zaina, Maîtresse de conférences à l’Université des sciences appliquées de Gaza.

« Quelles que soient les nombreuses fois où Israël coupe l’aide et attaque, détruisant des maisons et déplaçant des personnes, nous reconstruirons, non par magie, mais grâce à notre propre solidarité, notre résilience et le soutien du monde. L’unité qui s’est transmise de génération en génération a construit une communauté qui refuse d’être effacée. C’est ce qui aidera Gaza à se relever. »

Des Palestiniens se rassemblent pour un iftar communautaire, ou repas de rupture du jeûne, le premier jour du mois sacré musulman du ramadan, au milieu des décombres d’un bâtiment à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er mars 2025.

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