Prisonniers palestiniens, la face cachée de la répression israélienne

La longue litanie des morts palestiniens se poursuit à Gaza et en Cisjordanie. Mais l’enfer se trouve aussi chez ceux qui survivent dans l’enceinte des prisons israéliennes. Ils sont plus d’une dizaine de milliers enfermés, dont plusieurs centaines de mineurs. Les témoignages racontent des actes de torture et des conditions de détention inhumaines, au mépris du droit international. 

Par l’Agence Média Palestine, le 17 juin 2025

4 juin 2025. Addameer, ONG de défense des droits humains des prisonniers palestiniens, égrène un nouveau bilan. Au moins 10.400 prisonniers palestiniens seraient détenus dans les geôles israéliennes. En Palestine, depuis 1967, au moins 40% de la population masculine a déjà été incarcérée.

Le nombre de détenus explose depuis le 7 octobre 2023

La situation s’est brutalement aggravée après le début de la guerre génocidaire menée par Israël. Entre octobre et novembre 2023, 2200 Palestinien-nes sont enfermé-es par le régime de Netanyahu, d’après la Société des prisonniers palestiniens. Depuis le 7 octobre, le nombre de détenus a même doublé, passant de 5250 à 10.400.

Dans le même temps, les actes de torture à l’encontre des prisonniers palestiniens et les témoignages se sont multipliés. De nombreux récits d’anciens prisonniers sont parvenus à sortir de l’ombre malgré le black-out médiatique imposé par Israël. 

Les témoignages de détenus libérés des centres de détention font état de brûlures de cigarette sur le corps, de torture à l’eau ou bien de lâchers de chiens. Dans certains centres, la plupart des détenus ne sont vêtus que de couches.

D’après The New Arab, un détenu identifié comme S.J. a raconté avoir été interrogé pendant six jours sans relâche. Il a subi la méthode “disco”, qui consiste à garder le prisonnier captif dans une salle avec de la musique à très haut volume. Une méthode reconnue comme de la torture par les organisations internationales. 

Un autre décrit aussi un viol à l’aide d’un objet, des cassages de doigts à répétition, des prisonniers obligés de maudire leurs mères et autres humiliations en tous genres. 

L’arsenal juridique israélien au service de la répression

Ces milliers d’arrestations et de sévices corporels et psychologiques qui confinent à l’horreur existent grâce à des outils coercitifs inscrits dans le droit israélien. 

À Gaza, c’est la loi des combattants illégaux. Adoptée en 2002 par la Knesset, le parlement israélien, cette loi non-conforme au droit international a été élargie après le 7 octobre. Les détenus considérés comme “combattants illégaux “ (n’importe quel Gazaoui dans les faits) peuvent être détenus sans voir d’avocat pendant six mois. Ils n’ont pas le droit à un procès et sont retenus sans ordre de détention. En avril 2025, les autorités israéliennes ont reconnu confiner plus de 1700 prisonniers sous ce statut.

La plupart le sont d’ailleurs “au secret” : leurs familles ignorent où ils sont, c’est comme s’ils avaient disparu. Martine Brizemur, responsable Palestine au sein d’Amnesty International France, condamne “un service pénitentiaire israélien qui est de moins en moins coopératif, ils ont tous les pouvoirs”. 

En Cisjordanie occupée, les Palestiniens peuvent être placés en détention administrative. D’après Addameer, ils sont plus de 3500 à être emprisonnés sous ce régime. Une situation guère plus enviable mais “ils passent au moins devant un tribunal militaire” poursuit Martine Brizemur. En détention administrative, les prisonniers n’ont pas non plus droit à un procès équitable et aucun recours n’est possible.

Pour Martine Brizemur, la situation des prisonniers palestiniens est même désormais encore plus grave, avec “beaucoup de gens qui sont détenus sans régime particulier, sans savoir pourquoi, on ne sait même pas où les classer. Ils ne sont même pas placés en détention administrative.” 

Les mineurs palestiniens emprisonnés, une exception israélienne 

Une autre réalité choque, celle des prisonniers palestiniens mineurs. Ils sont plus de 440 à croupir dans les prisons israéliennes. L’Etat hébreu détient un triste trophée : c’est le seul pays au monde à juger les enfants devant un tribunal militaire. Dès l’âge de 12 ans, ils peuvent passer jusqu’à 20 années en prison pour “jet de pierres”, le chef d’accusation le plus régulièrement prononcé à leur encontre.

L’organisation Defense for Children Palestine documente les mauvais traitements infligés aux enfants palestiniens emprisonnés. En mars 2025, 119 d’entre eux se trouvaient sous le régime de la détention administrative. Les sévices sont parfois tels qu’ils conduisent à la mort. C’est le cas de  Walid Khalid Abdullah Ahmad, mort en mars 2022 dans la prison de Megiddo. Il avait 17 ans. Il est mort affamé, déshydraté, des suites d’infections causées par la malnutrition et la négligence médicale.

Depuis le 7 octobre 2023, 53 Palestinien-nes sont mort-es dans des installations militaires et des prisons israéliennes, d’après un rapport du Bureau des droits de l’Homme de l’ONU paru en juillet 2024. Tous les chiffres et statistiques sur les détenus palestiniens restent largement sous-estimés, à cause du manque de communication des autorités israéliennes et de l’incertitude quant au sort de nombreux Palestinien-nes disparu-es.

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