La violence contre les enfants pris dans des conflits a atteint « des niveaux sans précédent » l’année dernière, le plus grand nombre de violations ayant été enregistré à Gaza et en Cisjordanie.
Par la rédaction de The New Arab, le 20 juin 2025

La violence à l’encontre des enfants pris dans des conflits multiples et croissants a atteint « des niveaux sans précédent » l’année dernière, avec le plus grand nombre de violations à Gaza et en Cisjordanie occupée, au Congo, en Somalie, au Nigeria et en Haïti, selon un rapport des Nations unies publié jeudi soir.
Le rapport annuel du secrétaire général Antonio Guterres sur les enfants dans les conflits armés fait état d’une « augmentation stupéfiante de 25 % des violations graves » commises à l’encontre d’enfants de moins de 18 ans depuis 2023, année où le nombre de ces violations avait déjà augmenté de 21 %.
En 2024, a déclaré le chef de l’ONU, « les enfants ont été les premières victimes d’hostilités incessantes et d’attaques aveugles, et ont été touchés par le non-respect des cessez-le-feu et des accords de paix, ainsi que par l’aggravation des crises humanitaires ».
Il a cité des stratégies de guerre comprenant des attaques contre des enfants, le déploiement d’armes de plus en plus destructrices et explosives dans des zones peuplées et « l’exploitation systématique des enfants à des fins de combat ».
M. Guterres a déclaré que les Nations unies avaient vérifié 41 370 violations graves commises à l’encontre d’enfants, dont 36 221 commises en 2024 et 5 149 commises antérieurement mais vérifiées l’année dernière. Ces violations comprennent le meurtre, la mutilation, le recrutement et l’enlèvement d’enfants, les violences sexuelles à leur encontre, les attaques contre des écoles et des hôpitaux et le refus d’accéder à l’aide humanitaire pour les jeunes.
L’ONU a maintenu les forces israéliennes sur sa liste noire des pays qui violent les droits des enfants pour la deuxième année consécutive, citant 7 188 violations graves vérifiées commises par son armée, dont le meurtre de 1 259 enfants palestiniens et des blessures infligées à 941 autres à Gaza. Le ministère de la Santé de Gaza a fait état de chiffres beaucoup plus élevés, mais l’ONU applique des critères stricts et a déclaré que son processus de vérification était en cours.
M. Guterres s’est dit « consterné par l’intensité des violations graves commises contre les enfants dans les territoires palestiniens occupés et en Israël » et « profondément alarmé » par l’augmentation des violations, en particulier le nombre élevé d’enfants tués par les forces israéliennes.
Il a réitéré ses appels à Israël pour qu’il respecte le droit international exigeant une protection spéciale pour les enfants, la protection des écoles et des hôpitaux, et le respect de l’obligation de distinguer les combattants des civils lors des attaques et d’éviter de causer des dommages excessifs aux civils.
L’ONU a également maintenu les groupes palestiniens Hamas et Jihad islamique sur la liste noire.
La mission israélienne auprès de l’ONU n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.
Au Congo, l’ONU a signalé 4 043 violations graves vérifiées contre 3 418 enfants l’année dernière. En Somalie, elle a signalé 2 568 violations contre 1 992 enfants. Au Nigeria, 2 436 violations graves ont été signalées contre 1 037 enfants. Et en Haïti, l’ONU a signalé 2 269 violations graves vérifiées contre 1 373 enfants.
Dans le contexte de la guerre qui se poursuit depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, les Nations unies ont maintenu les forces armées russes et les groupes armés affiliés sur leur liste noire pour la troisième année consécutive.
Le secrétaire général a exprimé sa profonde préoccupation face à « la forte augmentation des violations graves commises contre des enfants en Ukraine » — 1 914 contre 673 enfants l’année précédente. Il s’est dit alarmé par les violations commises par les forces russes et leurs affiliés, soulignant notamment le meurtre avéré de 94 enfants ukrainiens, les blessures infligées à 577 autres, ainsi que les 559 attaques contre des écoles et les 303 contre des hôpitaux.
En Haïti, l’ONU a inscrit pour la première fois un gang, la coalition Viv Ansanm, sur la liste noire.
Les gangs ont gagné en puissance depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Ils contrôleraient désormais 85 % de la capitale et se seraient étendus aux zones environnantes. En mai, les États-Unis ont désigné comme organisation terroriste étrangère cette puissante coalition représentant plus d’une douzaine de gangs, dont le nom signifie « Vivre ensemble ».
Le secrétaire général Guterres s’est déclaré profondément « alarmé » par la recrudescence des violations, en particulier les incidents liés au recrutement et à l’utilisation de gangs, les violences sexuelles, les enlèvements et le refus de l’aide humanitaire.
Le rapport indique que les violences sexuelles ont augmenté de 35 % en 2024, avec une hausse spectaculaire du nombre de viols collectifs, mais souligne que ces chiffres sont largement sous-estimés. « Des filles ont été enlevées à des fins de recrutement et d’utilisation, ainsi que pour l’esclavage sexuel », a déclaré le chef de l’ONU.
En Haïti, l’ONU a signalé 566 cas de violences sexuelles contre des enfants, dont 523 filles, et en a attribué 411 au gang Viv Ansanm. Au Congo, l’ONU a signalé 358 actes de violence sexuelle contre des filles, dont 311 commis par des groupes armés et 47 par les forces armées congolaises. Et en Somalie, 267 enfants ont été victimes de violences sexuelles, dont 120 perpétrées par des extrémistes d’Al-Shabab.
Selon le rapport, les violations ont touché 22 495 enfants en 2024, les groupes armés étant responsables de près de 50 % des cas et les forces gouvernementales étant les principaux auteurs des meurtres et des mutilations d’enfants, des attaques contre des écoles et du refus d’accès à l’aide humanitaire. Le rapport a noté une forte augmentation du nombre d’enfants victimes de violations multiples, passant de 2 684 en 2023 à 3 137 en 2024.
« Les cris de 22 495 enfants innocents qui devraient apprendre à lire ou à jouer au ballon, mais qui sont contraints d’apprendre à survivre aux tirs et aux bombardements, devraient nous empêcher de dormir », a déclaré Virginia Gamba, représentante spéciale des Nations unies pour les enfants et les conflits armés.
« Nous sommes à un point de non-retour », a-t-elle ajouté, appelant la communauté internationale à protéger les enfants et les parties au conflit « afin de mettre immédiatement fin à la guerre contre les enfants ».
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : The New Arab



