Le plan d’Israël pour interner les Palestiniens de Gaza dans des camps

Le ministre israélien de la Défense Israël Katz vient d’annoncer sa volonté de rassembler les Gazaouis dans un camp sur les ruines de Rafah, au sud de l’enclave. Le projet s’apparente à un internement forcé des Palestiniens de la bande de Gaza, avec en ligne de mire leur déportation hors des territoires palestiniens. 

Par l’Agence Média Palestine, le 10 juillet 2025

“Une ville humanitaire”. C’est ce qu’a annoncé Israël Katz aux médias israéliens quelques heures avant la rencontre entre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump à la Maison blanche ce lundi 7 juillet. Cette “ville humanitaire” sera construite sur les ruines de la ville de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, pour concentrer à terme toute la population de l’enclave. 

Première étape : l’internement des Gazaouis dans un camp à Rafah 

«  Les Palestiniens devront passer un contrôle de sécurité pour entrer dans le camp et ne seront ensuite pas autorisés à en sortir », a déclaré le ministre de la Défense. Les méthodes de fonctionnement de cette soi-disant ville humanitaire ressemblent plus à celle d’un camp d’internement qu’à un nouvel horizon d’espoir pour les Palestiniens vivant dans la bande de Gaza. 

Le plan viserait à rassembler d’abord 600.000 Palestiniens vivant à proximité de Rafah, avant de concentrer l’entièreté de la population de l’enclave, d’après les informations de The Guardian. La construction de ce camp aurait lieu pendant les 60 jours de cessez-le-feu actuellement en négociation entre Israël et le Hamas. 

Contacté par l’Agence Média Palestine, Basel Alsourani, chargé de plaidoyer au Centre palestinien des droits humains (PCHR), condamne avec force ces nouvelles opérations : “Cette déclaration c’est une nouvelle étape, ça résume bien tout le génocide qui a lieu depuis vingt mois dans la bande de Gaza, la volonté du nettoyage ethnique des Palestiniens et d’annihilation de tout espoir pour la population”. Il condamne la propagande israélienne : “parler d’une ville humanitaire c’est ridicule, leur plan c’est d’établir un camp de concentration des Palestiniens à Rafah”. 

Netanyahou a évoqué cette possibilité lors de sa rencontre à Washington avec le président américain Donald Trump lundi 7 juillet dernier, parlant d’encourager le “déplacement volontaire” des Palestiniens de la bande de Gaza. Mais pour Basel Alsourani, “il est impossible de parler de déplacement volontaire quand le peuple en question ne dispose plus d’aucune infrastructure en fonctionnement sur ses terres, que les Palestiniens se font massacrer quotidiennement par l’armée israélienne, c’est du déplacement forcé”. 

Un avis partagé par Michael Sfard, un des principaux avocats israéliens spécialisés en droits humains. Interrogée dans un article de The Guardian, il explique : “Les Palestiniens de Gaza subissent tellement de mesures coercitives qu’aucun départ ne peut être considéré, sur le plan juridique, comme réellement consenti. Quand on chasse quelqu’un de sa patrie, c’est un crime de guerre, dans le contexte d’un conflit armé.[…] Et si cela se fait à une telle échelle, comme le prévoit ce plan, cela devient un crime contre l’humanité”.

Deuxième étape : le déplacement forcé des Palestiniens dans les pays voisins 

D’après un document consulté par l’agence de presse Reuters, l’étape suivante concernera la formation de “zones de transit” à destination des Palestiniens de la bande de Gaza. Le document, intitulé GHF, du nom de l’organisation controversée soutenue par les Etats-Unis et Israël qui gère la distribution mortelle de “l’aide humanitaire” dans la bande de Gaza, présente un plan de deux milliards de dollars pour la création de ces fameuses “zones de transit”. Là encore, tous les déplacements de population sont décrits comme “volontaires” et les camps comme “des zones sûres, loin de l’emprise du Hamas”. 


La GHF a réfuté ces accusations affirmant qu’elle n’était pas à l’origine de ce plan, malgré les affirmations contraires de deux sources ayant travaillé sur leur projet, qui ont pu parler avec Reuters. Dans les documents consultés sont mentionnés un total de huit camps, pouvant accueillir des centaines de milliers de Palestiniens. Aucune localisation précise de ces camps n’est fournie, mais des flèches pointent des pays comme l’Egypte ou encore Chypre. 

Ce déplacement à marche forcée des Palestiniens de la bande de Gaza serait donc l’étape suivant leur concentration dans le sud de la bande de Gaza. Pour rappel, la ville de Rafah où devrait être bâtie la “ville humanitaire” du ministre israélien de la Défense, est située à l’extrême sud de l’enclave palestinienne. 

Pour Basel Alsourani, ce n’est que la suite logique des opérations de nettoyage ethnique menées par le régime de Netanyahu dans la bande de Gaza depuis octobre 2023 : “On constate ça depuis le début. Avant le cessez-le-feu, ils ont tout fait pour déplacer les Palestiniens vers le sud de la bande de Gaza, en bombardant la plupart des infrastructures et des habitations du nord de l’enclave. Puis ils ont fait la même chose ces derniers mois avec la mise en place des centres de distribution alimentaire. Tout est fait pour forcer la population de l’enclave à se diriger vers le sud.” 

La complicité américaine, clé de voûte  du projet 

La volonté israélienne de déplacement des Gazaouis hors de l’enclave palestinienne est largement appuyée par l’administration Trump. Ce dernier s’est exprimé dès la fin du mois de janvier en faveur du départ des Palestiniens pour “nettoyer”  la bande de Gaza, disant préférer s’investir “avec quelques nations arabes et construire des logements pour les Palestiniens dans un endroit différent”.  Une brèche dans laquelle se sont vite engouffré les responsables israéliens soutiens du génocide.

Le chef d’Etat américain a continué d’agrandir la brèche à plusieurs reprises dans les semaines qui ont suivi cette première déclaration, allant jusqu’à se dire favorable au déplacement permanent des Palestiniens de la bande de Gaza, sans droit au retour. En mars, un plan de reconstruction de la bande de Gaza avec un budget de près de 53 milliards de dollars a été présenté par des leaders arabes, et aussitôt rejeté par Israël… et les Etats-Unis. 

La coopération entre les deux chefs d’Etat va bon train encore aujourd’hui, comme en témoigne leur dernière entrevue en début de semaine, à l’occasion d’un déplacement de Netanyahu à Washington dans le cadre des discussions sur un nouveau cessez-le-feu. Cryptique, Donald Trump a affirmé : “Nous avons eu de bons échanges avec…. les pays voisins… donc quelque chose de bien va avoir lieu”. Son homologue israélien a surenchéri : “Nous travaillons en grande proximité avec les Etats-Unis pour trouver des pays qui réaliseraient ce qu’ils ont toujours dit, qui veulent donner un meilleur futur aux Palestiniens. Je crois que nous sommes proches du but”.  

A la lumière de ces déclarations, Basel Alsourani insiste sur la nécessité de dénoncer les Etats-Unis comme “un partenaire actif du génocide et pas comme un simple soutien d’Israël. Ils connaissent les risques, ils savent les décisions de la CPI et les risques de génocide documentés, et ils choisissent de continuer à les soutenir en pleine conscience”.  

Pour lui, l’entreprise génocidaire du gouvernement Netanyahu n’aurait jamais tenu sans le soutien des Etats-Unis. Il y a encore à peine deux semaines, le gouvernement américain débloquait une aide de 30 millions de dollars à destination de la GHF, l’organisation justement mise en cause par les révélations de Reuters

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