Gaza, jour 682 : Israël intensifie son plan de destruction de l’enclave palestinienne 

Dix jours après la validation du plan d’occupation de la ville de Gaza par le conseil de sécurité israélien, l’armée a fortement accentué les bombardements sur la plus grosse zone urbaine de l’enclave palestinienne. L’objectif final est d’expulser les Palestiniens de cette aire où se trouvent environ un million de personnes vers le sud de Gaza. Et ce n’est que le prélude à une occupation totale de l’enclave.

Par l’Agence Média Palestine, le 18 août 2025.

Samedi dernier, l’armée israélienne annonçait se préparer à un déplacement forcé des Palestiniens de la ville de Gaza vers le sud de l’enclave, dans le cadre de son plan de réoccupation de la bande de Gaza. Le porte-parole de l’armée Avichay Adraee a déclaré que des tentes et de l’équipement pour la construction d’abris seraient acheminés pour les Palestiniens. 

Les bombardement israéliens dévastent Gaza-city 

Cette annonce intervient alors que la campagne de bombardements massifs de l’armée d’occupation israélienne fait rage sur la ville de Gaza, en particulier certains quartiers. Des témoignages recueillis par Al-Jazeera décrivent le pilonnage des quartiers de Zeitoun et Shujayea, dans une zone urbaine qui rassemble près d’un million de Gazaouis. 

Hind Khoudary, journaliste pour Al-Jazeera basée dans le centre de l’enclave à Deir al-Balah, raconte : “Le quartier de Zeitoun est une zone très densément peuplée, où vivent de nombreuses familles, y compris celles qui s’y sont réfugiées. Les habitants ont été surpris lorsque les bombardements d’artillerie et les raids aériens intensifs ont commencé. Certains sont restés. D’autres ont commencé à partir. À mesure que la violence s’intensifiait, beaucoup ont été contraints d’évacuer, affamés, dévastés et déplacés une fois de plus, laissant derrière eux tout ce qu’ils possédaient.”

Des dizaines de milliers de Palestiniens ont déjà fui la ville de Gaza depuis l’intensification des bombardements sur leurs terres. Les quartiers de Sabra, Remal et Tuffah sont aussi sous le feu des bombes israéliennes depuis plusieurs jours. La 99ème division de l’armée israélienne a même été déployée la semaine dernière dans le quartier de Zeitoun. L’armée se prépare une incursion terrestre massive qui pourrait être conduite dès le début du mois de septembre.

D’après le média israélien Channel 12, le chef d’état-major de l’armée d’occupation Eyal Zamir a déclaré durant des discussion privées ce weekend que “le processus d’évacuation prévu des habitants de la ville de Gaza prendra moins de deux mois, et nous nous préparons aux complexités liées à la relocalisation des habitants. Nous mettons donc en place une série d’outils pour les encourager à quitter la ville et à se diriger vers des zones humanitaires”. Une fois la zone vidée de tous ses habitants, “les étapes consistant à encercler la ville de Gaza, y entrer et l’occuper seront mises en œuvre”. 

Israël prépare un nouveau déplacement forcé des Palestiniens 

La conséquence principale de cette nouvelle offensive israélienne d’ampleur, c’est l’expulsion forcée des Palestiniens habitant Gaza City, alors que près de 90% des habitants de l’enclave palestinienne sont déjà considérés comme déplacés. Les nouvelles annonces israéliennes de ce plan d’occupation ont provoqué une vague de tristesse et de résignation des habitants esseulés,  interrogés par Al-Jazeera : “‘Nous sommes épuisés, par Dieu nous sommes éreintés face à ce qui se passe dans la bande de Gaza. Nous sommes malades de la guerre, de devoir partir, bouger tout le temps d’un endroit à un autre chaque jour. Nous arrivons déjà à peine à rester en vie à Gaza.”

L’annonce de Netanyahu sur de nouvelles “zones de sécurité” où les civils déplacés pourront s’établir a provoqué la colère des responsables politiques gazaouis. Pour Ismail Thawbteh, directeur du bureau des médias à Gaza, “le déplacement forcé de civils sous occupation constitue un crime de guerre et un crime contre l’humanité au sens de la quatrième Convention de Genève et du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.” Il a avertit sur le bain de sang que pourraient devenir ces zones, à l’image du camp d’Al-Mawasi au sud de l’enclave, supposé être une zone sûre mais qui a finalement fait l’objet de nombreux bombardements. Trois personnes dont une enfant de deux mois et demi ont été tuées samedi dernier dans cette zone, pendant un raid aérien israélien.

Le Hamas a aussi condamné ce nouveau plan de déplacement forcé, le qualifiant de “tromperie flagrante visant à dissimuler un crime brutal que les forces d’occupation s’apprêtent à commettre” et de “nouvelle vague génocidaire et de déplacement”. 

A Gaza City, le directeur de l’hôpital d’Al-Shifa, Mohammed Abu Salmiya, a déclaré que “l’hôpital était surchargé de patients blessés par les bombardements israéliens”, ajoutant que de nombreuses opérations d’amputation étaient réalisés faute de matériels pour combattre les infections. 

La famine s’aggrave 

Dans ce même hôpital, la vie de 200 personnes était “suspendue à un fil”, à cause du manque de matériel médical et de la famine. Les Nations unies ont déclaré qu’un enfant sur cinq à Gaza était mal nourri. Le dernier bilan des morts de la famine organisée par Israël dans l’enclave s’élève désormais à 263 personnes, dont 112 enfants, depuis le 7 octobre 2023. 

De nombreuses personnes dépendent des cuisines de solidarité, qui sont parfois leur seul repas. Zeinab Nabahan, déplacée du camp de réfugiés de Jabaliya, a raconté à Al-Jazeera : “Je viens à six heures du matin à la cuisine de charité pour de la nourriture pour mes enfants, et si je n’en obtiens pas, je dois revenir dans la soirée pour retenter ma chance”. 

L’ONG Amnesty International vient d’ailleurs de publier un communiqué ce lundi matin pour dénoncer “une campagne de famine délibérée” menée par Israël dans la bande de Gaza. D’après l’organisation de défense des droits humains, la famine à Gaza n’est pas une simple conséquence des bombardements israéliens mais bien “le résultat intentionnel de plans et de politiques qu’Israël a conçus et mis en œuvre, au cours des 22 derniers mois, pour infliger délibérément aux Palestiniens de Gaza des conditions de vie calculées pour entraîner leur destruction physique, ce qui fait partie intégrante du génocide en cours d’Israël contre les Palestiniens à Gaza.” Ces conclusions ont été publiées après 19 entretiens menés par l’organisation avec des Palestiniens dans des camps de déplacés et avec deux membres du personnel médical traitant les victimes de malnutrition. 

En parallèle, les meurtres de l’armée israélienne sur les sites de distribution d’aide humanitaire gérés par la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF) continuent. Leur nombre s’accentue même d’après l’ONG Médecins sans frontières : “Les meurtres indiscriminés, et le nombre de victimes de masse dont nous témoignons de manière quotidienne à cause d’Israël ne s’est pas arrêté, il a au contraire augmenté”. Nour Alsaqqa, membre de l’ONG, poursuit: “Nous recevons des bébés blessés et des morts qui viennent des sites de distribution. Les gens arrivent avec des blessures par balles, différentes blessures reliées aux sites de distribution et ils n’y vont que pour chercher de la nourriture”. Hier, sur les 57 personnes tuées dans la journée, 38 étaient à la recherche de nourriture. 

D’après les derniers chiffres du ministère de la Santé à Gaza publiés aujourd’hui en fin de matinée, le bilan humain des morts du génocide a dépassé les 62000 victimes, avec soixante personnes tuées dans les dernières 24 heures.

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