« Ils nous veulent sans abri et affamés » : les habitants de Gaza ville se préparent à l’invasion israélienne

Par Tareq S. Hajjaj

Alors que l’armée israélienne confirme ses plans d’envahir et d’occuper Gaza ville, les Palestiniens doivent décider s’ils endurent un nouveau cycle de déplacement ou s’ils restent en prenant le risque d’être tués. Tandis que certains prévoient d’évacuer, d’autres refusent désormais de suivre les ordres.

« Des Palestiniens déplacés dans un camp de tentes au port de Gaza ville, le 27 mai 2025. »
(Photo : Omar Ashtawy/APA Images)

La première fois que les habitants de Gaza ville ont reçu un ordre d’évacuation remonte à octobre 2023. L’armée israélienne avait ordonné aux 1,1 million de personnes vivant dans le nord de Gaza de se déplacer vers le sud avant l’invasion terrestre israélienne.

Après le retour de centaines de milliers d’habitants du nord à Gaza ville, à la suite du cessez-le-feu temporaire plus tôt cette année, l’armée israélienne émet maintenant un nouvel ordre d’évacuation. Le 8 août, le bureau du Premier ministre israélien a déclaré que l’armée se préparait à prendre le contrôle de toute la ville. En d’autres termes, une occupation permanente.

Le 13 août, l’armée a confirmé que les plans avaient été approuvés. L’invasion serait prévue pour le 7 octobre, jour qui marquerait deux ans de génocide.

Les souvenirs du sort qui attend les habitants refusant d’évacuer restent vivaces dans les esprits : massacres et exécutions sur le terrain, enlèvements et arrestations, destruction massive et indiscriminée. Certaines familles ont commencé à chercher de nouveaux lieux en dehors de Gaza ville, dans les parties centrale et sud de la bande de Gaza. D’autres sont déterminées à rester, croyant qu’Israël a le même plan pour l’ensemble de Gaza, et elles refusent désormais de suivre les ordres de l’armée.

« Ils veulent anéantir notre ville bien-aimée »

Kawthar Jundiyya, 53 ans, mère de quatre enfants à Gaza ville, essaie une nouvelle fois de trouver un logement dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza. Lors de leur première évacuation le 16 octobre 2023, elle avait été déplacée chez sa sœur pendant plus d’un an. Elle est retournée chez elle dans le quartier al-Zaytoun, à l’est de Gaza ville, en janvier 2025, lors du cessez-le-feu.

« Nous avons retenu notre souffle en revenant et avons trouvé notre maison toujours debout », raconte Jundiyya. « C’était un miracle. Nos affaires étaient encore là aussi. Même lorsque la guerre a repris après le cessez-le-feu de janvier, nous étions soulagés de savoir que nous étions chez nous. »

Pour les familles à Gaza encore assez chanceuses pour habiter une maison intacte, une grande partie de la souffrance est atténuée. « Rester chez nous, dans notre ancien quartier, rend les choses plus supportables malgré les bombardements continus », ajoute Jundiyya. « Nous pouvons endurer les conditions difficiles tant que nous sommes chez nous. Le déplacement est le véritable cauchemar. Même simplement endurer est difficile. »

Jundiyya et sa famille sont toujours à Gaza ville. Ils savent que s’ils partent maintenant, ils ne retrouveront pas de maison comme la dernière fois. « Nous savons que cette fois, notre maison sera détruite. Ils veulent anéantir notre ville bien-aimée. Ils veulent que nous soyons tous sans abri et affamés, sans aucun endroit où aller. »

L’implication est claire : si la population de Gaza se retrouve sans abri et affamée, puis confrontée au « choix » entre rester dans la rue sous les bombardements ou « émigrer volontairement », la grande majorité sera forcée de partir.

Il y a aussi des familles qui n’avaient jamais évacué la première fois, mais qui hésitent cette fois. Elles ont elles-mêmes été contraintes de vivre des déplacements continus à l’intérieur de Gaza ville, passant d’un quartier à l’autre.

Abdulrahim Shallah, 36 ans, père de cinq enfants, n’a jamais quitté Gaza ville depuis octobre 2023.

Lui et sa famille ont continué à fuir d’un endroit à l’autre lors des invasions des quartiers d’al-Shuja’iyya, Tal al-Hawa, Nasser et Zaytoun. Il déclare maintenant qu’il préfère évacuer plutôt que de continuer à se déplacer.

« J’ai enduré de nombreuses invasions, des conditions que personne ne peut supporter », dit-il. « Je tenais mes enfants en courant et en me cachant des chars et des soldats. »

« Au début, je pensais que l’armée nous tolérerait, puisque nous sommes des civils avec cinq enfants », ajoute Shallah. « Mais quand je les ai vus tuer des familles chez elles, tuer des parents devant leurs enfants, et des enfants devant leurs parents, j’étais sûr que si nous tombions entre leurs mains, ils nous tueraient froidement sans hésitation. »

« Si l’armée ordonne aux civils d’évacuer Gaza ville, elle la détruira et tuera tous ceux qu’elle y trouvera », précise-t-il. « Ils n’ont ni éthique ni principes. Leur seul principe est de tuer des Palestiniens. »

Shallah affirme que s’ils quittent la ville, ils y reviendront un jour. « Nous pourrons alors la reconstruire. Mais nous ne pourrons pas récupérer nos familles si elles sont mortes. »

« Nous en avons fini avec les ordres »

D’autres familles restent fermes dans leur détermination à rester, croyant que les mêmes conditions qu’ils affronteraient lors d’une nouvelle invasion finiront par s’appliquer à toute la bande. Ils préfèrent être déplacés dans des lieux qu’ils connaissent.

Raed Darwish, 51 ans, père de six enfants, vit dans une tente dans un centre de déplacement à Tal al-Hawa, après avoir évacué al-Shuja’iyya à l’est de Gaza. Sa maison a été rasée lors de la dernière invasion, mais il n’a pas l’intention d’aller ailleurs.

« Pourquoi devrions-nous évacuer ? Nous connaissons cette armée maintenant », dit Darwish. « Ils nous envoient quelque part juste pour nous bombarder à notre arrivée. Ils disent que c’est sûr, mais nous ne trouvons que la mort. Ils disent que c’est pour notre sécurité, mais qui cherchent-ils à tromper ? »

« Comment peuvent-ils se soucier de notre sécurité alors qu’ils nous tuent depuis deux ans ? » ajoute-t-il. « Nous ne croyons pas cette armée, et nous en avons fini avec ses ordres. S’ils veulent détruire notre ville, nous serons là. »

« Si l’armée israélienne veut détruire notre ville, nous en serons les témoins », promet Darwish.

Source : Mondoweiss

Traduction : ST pour Agence Media Palestine

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut