« Jusqu’à ce que le dernier enfant soit nourri » : des Gazaouis entament une grève de la faim en pleine famine

Par Tareq S. Hajjaj, le 17 Août 2025

Un nombre croissant de journalistes et de secouristes à Gaza se mettent en grève de la faim face à la famine.
« Si tu veux manger, tu dois courir derrière les camions d’aide. Je refuse de le faire », déclare Mahmoud Basal, porte-parole de la Défense civile de Gaza.

Des journalistes palestiniens poursuivent leur grève de la faim en solidarité avec les civils déplacés qui souffrent de la famine, 27 juillet 2025. (Photo : Ahmed Ibrahim/APA Images)

Wadea Abu Soud, journaliste de Yemen TV à Gaza et père de quatre enfants, a entamé une grève de la faim le 20 juillet aux côtés de deux de ses collègues. Il affirme que sa grève de la faim est un message adressé au monde au sujet de la famine à Gaza, où la plupart des familles ne parviennent pas à nourrir leurs enfants.

« Je suis un journaliste affamé qui tente de transmettre la souffrance de son peuple affamé », déclare Abu Soud.

Abu Soud fait partie d’un nombre croissant de journalistes et de secouristes à Gaza qui ont annoncé se mettre en grève de la faim en pleine famine. Leur revendication : que tous les enfants de Gaza soient nourris.

« Nos voix atteignent le monde », dit Abu Soud. « L’occupation a échoué à blanchir ses mensonges devant la communauté internationale. »

La grève de la faim d’Abu Soud dure désormais depuis 20 jours. Il explique donner la nourriture qu’il réussit à obtenir aux enfants dans la rue. Il nourrit également ses quatre enfants, mais ne partage pas leurs repas.

« Je ne mangerai pas tant que le plus jeune enfant de Gaza ne sera pas nourri », ajoute-t-il.

Le 29 juillet, l’agence principale de surveillance de la famine des Nations Unies, le Integrated Food Security Phase Classification (IPC), a déclaré que « le scénario le plus grave de famine » est désormais en cours à Gaza, et que « les seuils de famine en matière de consommation alimentaire » ont été atteints dans la majeure partie de la bande.

Une autre forme de grève de la faim

Si les Palestiniens ont mené d’innombrables grèves de la faim au cours de leur histoire de lutte, la plupart se sont déroulées dans les prisons israéliennes. C’est la première fois qu’une grève de la faim est lancée en pleine famine.

Fin juillet, le porte-parole de la Défense civile de Gaza, Mahmoud Basal, a lui aussi annoncé sa propre grève de la faim.

« Je regarde les enfants morts de faim à cause du manque de nourriture et de la malnutrition, et je cherche dans le monde des signes d’humanité, mais ils n’existent pas », confie Basal à Mondoweiss, expliquant que cette indifférence mondiale est ce qui l’a poussé à commencer sa grève.

Mahmoud Basal, porte-parole de la Défense civile de Gaza, lors de son dixième jour consécutif de grève de la faim pour attirer l’attention sur la famine. (Photo : réseaux sociaux)

Mahmoud Basal, porte-parole de la Défense civile de Gaza, au dixième jour consécutif de sa grève de la faim pour attirer l’attention sur la famine. (Photo : réseaux sociaux)

En tant que natif de Gaza, Basal souffre des mêmes pénuries que tous les autres. « Il n’y a pas de nourriture à Gaza, sauf des restes », dit-il. « La nourriture qui arrive est réservée à certains. Des voleurs travaillant avec l’armée israélienne organisent le pillage de l’aide, et la plupart des gens ne peuvent pas y accéder. » L’« ingénierie du chaos » d’Israël à Gaza a garanti que l’aide n’atteigne pas les personnes qui en ont le plus besoin, choisissant quels convois sont pris d’assaut par les pillards, lesquels parviennent à destination, lesquels sont assiégés par des foules affamées, et lesquels sont pris pour cibles par l’armée quand les civils tentent de saisir de la nourriture.

Basal décrit ces réalités aux médias depuis des mois. Mais malgré ses messages constants sur la situation humanitaire à Gaza, il dit que personne n’écoute. « C’est pourquoi j’ai décidé que peut-être mon corps changerait quelque chose », explique-t-il.

Il affirme que sa grève de la faim n’est ni vaine ni dépourvue de sens, mais conditionnelle. Ses revendications : que de la nourriture soit autorisée à entrer dans Gaza et distribuée à la population affamée de façon sûre et humanitaire, sans humiliation ni mort.

« La façon dont l’aide entre à Gaza est inhumaine », dit-il. « Beaucoup de personnes ne peuvent pas y accéder : les blessés, les malades, les personnes âgées. Moi-même je ne peux pas y accéder… si tu veux manger, tu dois courir derrière les camions d’aide. Je refuse de le faire. Je n’arrêterai pas ma grève de la faim à moins que le monde n’apporte de la nourriture à mon peuple dans la dignité. »

Basal n’a pas cessé de travailler comme porte-parole de la Défense civile durant sa grève, affirmant tirer sa force de ce qu’il voit chaque jour. « Quand je vois un enfant mourir de faim alors que je suis encore en vie, c’est un message pour moi de poursuivre ma grève », dit-il. « Les gens me parlent chaque jour et me racontent leurs souffrances. Une femme enceinte m’a dit il y a quelques jours qu’elle avait perdu du poids pendant toute sa grossesse, passant de 70 à 50 kilos. D’autres femmes disent qu’elles essaient de nourrir leurs bébés avec de l’eau au lieu du lait. »

Malgré tout, la voix de Basal reste l’une des plus fortes aujourd’hui. « Je veux que ma voix reste vivante, parce que je m’adresse à la communauté internationale. »

Travaillant jour et nuit, Basal reçoit 900 shekels (266 $) tous les trois mois. Avec l’augmentation astronomique des prix, cette somme permet de nourrir sa famille pendant une seule journée. « Mais la vie de mes enfants n’a pas plus de valeur que celle des enfants de Gaza. »

« Mes enfants me supplient d’arrêter ma grève. Ils disent qu’ils ne veulent pas que je meure », raconte-t-il. « Mais même mes propres enfants ne sont pas la priorité face à toute cette horreur. »

Basal se souvient de la mort de Muhammad Sawafiri, mort de faim et transporté à l’hôpital le 20 juillet. « Son image ne me quitte pas », dit-il. « Quand j’ai regardé son corps, j’ai pensé que l’état de décomposition des corps n’atteignait ce stade que plusieurs mois après la mort. Celui de Muhammad y était arrivé alors qu’il était encore vivant. »

« Tant que la situation à Gaza restera insupportable, je poursuivrai ma grève de la faim jusqu’à ce que le dernier enfant de Gaza soit nourri », conclut Basal.

Source : Mondoweiss

Traduction : ST pour Agence Media Palestine

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