Le génocide dans la bande de Gaza emporte tout sur son passage. Aucun secteur n’est épargné. Les sportifs non plus. Près de 672 athlètes palestiniens sont morts depuis le 7 octobre 2023. Des êtres humains avant tout, mais aussi la représentation d’un peuple aux yeux du monde. Un peuple qu’Israël veut effacer.
Par l’Agence Média Palestine, le 21 août 2025.

Il était surnommé le « Tremblement de terre ». Mohammad Shaalan est mort en cherchant de la nourriture pour ses enfants. Il est mort ce mardi 19 août, tué par des balles israéliennes, près de Khan Younès. C’était une figure nationale du basket en Palestine, dont il portait les couleurs en sélection officielle depuis 2005. Il rejoint le triste rang des 672 athlètes palestiniens morts depuis le 7 octobre 2023.
Le génocide emporte le sport palestinien
Deux semaines plus tôt, une autre figure du sport palestinien était tuée par l’armée israélienne. Suleiman Al-Obeid, joueur de foot surnommé le Pelé palestinien, mourait sous les tirs israéliens dans le sud de la bande de Gaza, alors qu’il tentait de se procurer de la nourriture. Il a joué 24 matchs internationaux avec la sélection palestinienne.
Le célèbre attaquant égyptien Mohammed Salah (actuellement en poste à Liverpool) lui avait rendu hommage sur les réseaux sociaux, dénonçant la tiédeur du communiqué de l’UEFA (l’Union européenne des fédérations de football) : “Un talent qui a donné de l’espoir à un nombre incalculable d’enfants, même dans les périodes les plus sombres ». « Pouvez-vous nous dire comment il est mort, où, et pourquoi? ».
Dans la bande de Gaza, d’après l’ ONG Euro-Med, Israël a détruit 264 infrastructures sportives depuis le début du génocide. 164 entièrement, et 81 partiellement. Aucune structure n’est encore entièrement debout d’après l’ONG.
La famine renforce cet effacement de la pratique sportive
En parallèle de cette destruction des moyens de pratiquer une activité sportive, la famine galopante dans l’enclave palestinienne porte évidemment un coup dur à l’ensemble de la pratique sportive de haut niveau à Gaza. Dans un reportage d’Al-Jazeera dédié à ce sujet, Mahmoud Selme, joueur de foot, témoigne : “Il y a beaucoup de choses. A cause de la guerre, nous n’avons plus aucun endroit où nous entraîner. Je n’ai pas assez de nourriture ou d’eau propre, des choses vitales pour un joueur de foot. Je n’ai aussi aucun équipement sportif, et avec tous les déplacements forcés d’un endroit à un autre, c’est très dur de garder une pratique sportive régulière”.
Même chose pour des bodybuilders interviewés dans un article dédié d’Al Jazeera, qui racontent des pertes de poids massives : “J’ai perdu 14kg. Je suis passé de 72 à 58 kg depuis mars”, explique Tareq Abu Youssef, 23 ans. Il raconte le rationnement rendu obligatoire par la famine en cours, et les conséquences sur sa pratique du bodybuilding : “Je m’entraîne désormais un jour, parfois deux jours par semaine. Avant la guerre, c’était cinq à six jours. J’ai également réduit mon temps d’entraînement à moins d’une demi-heure, soit moins de la moitié du temps requis.”
Le sport, un enjeu politique à Gaza
Malgré le manque de nourriture et le détériorement de leurs conditions physiques, les bodybuilders continuent leur entraînement, une activité indispensable selon eux d’un point de vue psychologique : “Le sport apporte de la joie de vivre et un réconfort psychologique” explique Khaled Al-Bahabsa. Il raconte son ressenti à son arrivée dans cette salle improvisée de gym au milieu des réfugiés : “Lorsque j’ai repris l’entraînement, je me suis senti plus proche des vivants que des morts, et les cauchemars liés au génocide et à la famine se sont un peu estompés. »
Plus qu’une simple source de réconfort psychologique, le sport peut aussi se muer en acte de résistance : “L’idée ici va au-delà du simple fait de s’entraîner. Nous recherchons la vie que nous voulons mener en toute sécurité et tranquillité. Gaza et son peuple continueront à vivre malgré le génocide dont ils sont victimes. Le sport est l’un des aspects de cette vie.”
A l’échelle internationale, le rôle des athlètes peut aussi être déterminant. Dans une interview à Al Jazeera, Ehab Abu Jazar, entraîneur de l’équipe national de football palestinien, remarquait justement l’importance des prises de paroles de sportifs de haut niveau: “Le monde entier regarde ce qui se passe. Les Gazaouis aiment le sport, les stades étaient toujours pleins avant la guerre. Nous avons vu comment le monde, et les athlètes pouvaient être affectés par ce qui se passe en Ukraine, mais rien de similaire n’a lieu à Gaza.”
Si l’on compte les officiels sportifs (arbitres par exemple), c’est plus de 800 athlètes qui sont tombés à cause des attaques israéliennes dans la bande de Gaza, depuis le 7 octobre 2023.



