L’ancien chef des services de renseignement militaire israéliens justifie les massacres à Gaza : « Ils ont besoin d’une Nakba de temps en temps ».

Dans un audio divulgué, l’ancien chef des services de renseignement militaire israéliens a déclaré qu’il était nécessaire pour Israël de mener un génocide à Gaza : « Le fait qu’il y ait déjà 50 000 morts à Gaza est nécessaire et indispensable pour les générations futures ».

Par Jonathan Ofir, le 20 août 2025

Aharon Haliva en 2022 (Photo : Unité du porte-parole de l’armée israélienne)



Dans des commentaires ébruités qui ont été diffusés sur Channel 12, la chaîne d’information grand public la plus regardée d’Israël, l’ancien chef des services de renseignement militaire israéliens, le général de division (à la retraite) Aharon Haliva, est devenu le dernier membre de l’establishment israélien à affirmer qu’il est nécessaire qu’Israël commette un génocide à Gaza.« Le fait qu’il y ait déjà 50 000 morts à Gaza est nécessaire et indispensable pour les générations futures. D’accord, vous avez humilié, massacré, assassiné – tout cela est vrai. Le prix, comme je l’ai déjà dit avant la guerre, pour tout ce qui s’est passé le 7 octobre, c’est que pour chaque [Israélien tué] le 7 octobre, 50 Palestiniens doivent mourir », déclare Haliva dans le document divulgué.

« Peu importe maintenant [qu’il s’agisse] d’enfants, je ne parle pas de vengeance, je parle d’un message pour les générations futures, il n’y a pas d’autre choix – ils ont besoin d’une Nakba de temps en temps pour en ressentir le prix. Il n’y a pas d’autre choix, dans cette région insensée ».

Bien qu’elle ne soit pas datée, le document divulgué date vraisemblablement de fin mars de cette année, puisque Haliva fait référence au « fait qu’il y a déjà 50 000 morts à Gaza ». Haliva occupait le deuxième rang le plus élevé de l’armée israélienne dans une unité qui travaille aux côtés du Shin Bet et est chargée d’évaluer les risques futurs. Haliva a démissionné de ses fonctions il y a un an, en réponse à l’énorme échec des services de renseignement le 7 octobre 2023.

Il a été le premier haut responsable à démissionner, et d’autres ont suivi.Ce bref paragraphe tiré d’une conversation plus longue avec un interlocuteur anonyme est riche en enseignements. Haliva y admet non seulement la politique qui démontre l’intention d’Israël de poursuivre le génocide à Gaza, mais il reflète également la mentalité profondément raciste largement répandue dans la société israélienne qui justifie cette politique.

Doctrine génocidaire

Dans l’audio, Haliva affirme que le ratio de 50:1 qu’il juge « nécessaire » est une idée qu’il défendait déjà avant la guerre, autrement dit, il s’agit de sa conception générale de la dissuasion. Ce concept porte déjà un nom : la doctrine Dahiya. J’ai déjà écrit sur la manière dont cette politique a préparé le terrain pour le génocide actuel. Développée en 2008 par des généraux israéliens et l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS, un organe militaire et sécuritaire lié à l’université de Tel Aviv), cette doctrine tire son nom de la destruction du quartier Dahiya de Beyrouth en 2006 (la « deuxième guerre du Liban »), où vivaient de nombreuses familles de membres du Hezbollah.

Haliva fait en fait référence à la « leçon » de Dahiya dans son discours, affirmant que Hassan Nasrallah, le défunt chef du Hezbollah assassiné, avait compris le message, mais pas Yahiya Sinwar, du Hamas.

Haliva :

« [Nasrallah] a compris le prix de la guerre. Il a compris qu’il n’était pas prêt pour cela, et il a compris que [le chef militaire du Hamas, Yahya] Sinwar avait commis une grave erreur. Nasrallah a perdu un fils et se trouvait à Dahiya en 2006. Il se souvient du prix à payer. Sinwar n’a pas vu le prix à payer. »

Il est vraiment étrange d’entendre Haliva dire « Je ne parle pas par vengeance » alors qu’il prône le massacre d’enfants et une Nakba. Bien sûr, il s’agit d’une vengeance, et c’est tout à fait génocidaire. Mais le ton de Haliva et son sang-froid sur la question montrent qu’il ne s’agit pas d’une explosion momentanée, mais de l’articulation d’une doctrine de génocide.

Haliva ne mentionne pas explicitement le décret biblique d’Amalek, qui appelle à l’éradication d’une tribu ennemie, y compris les bébés et le bétail, mais son message suggère cette idée. L’analogie avec Amalek a été répétée d’innombrables fois par les dirigeants israéliens, y compris le Premier ministre Netanyahu, et un récent sondage montre que deux Israéliens sur trois considèrent les Palestiniens comme son incarnation actuelle, la quasi-totalité de ceux qui partagent cette vision insistant également sur l’expression « éradiquer sa mémoire » pour désigner les Palestiniens d’aujourd’hui.

Haliva mentionne toutefois la Bible une fois dans la discussion, en référence au 7 octobre : « Dans un événement aussi tragique – biblique – et une catastrophe nationale aussi catastrophique, la responsabilité est suffisamment partagée. »

La suggestion de Haliva d’une Nakba répétée comme doctrine fait non seulement écho à la doctrine Dahiya, mais aussi à la maxime israélienne consistant à « tondre la pelouse » à Gaza. Le concept de « tondre la pelouse » à Gaza est un jargon israélien désignant les attaques répétées, une description crue de la domination militaire meurtrière qui sévit actuellement. Mais le génocide de Gaza a également introduit un autre terme : « déraciner ». Si « tondre la pelouse » était l’idée dans le passé, la pratique du génocide consiste désormais à décimer complètement la pelouse et à la rendre inhabitable.

« Région insensée »

La déclaration de Haliva selon laquelle « il n’y a pas d’autre choix dans cette région insensée » reprend une croyance très répandue en Israël, exprimée depuis des décennies par l’ancien Premier ministre Ehud Barak, qui a qualifié Israël de « villa dans la jungle ». Barak, souvent considéré comme un représentant de la gauche israélienne, utilise cette croyance profondément colonialiste, et donc raciste, pour justifier le maintien d’un contrôle violent.

De temps en temps, selon cette logique, Israël doit « devenir fou » pour montrer qui est le maître – non pas parce qu’il est fou, mais parce que les autochtones le sont.

Le ministre israélien de la Défense Moshe Dayan a dit un jour qu’« Israël doit être comme un chien enragé, trop dangereux pour être inquiété ». Des variantes de cette idée ont été répétées à maintes reprises par des responsables israéliens.

L’ancien ministre de la Défense Pinhas Lavon, instigateur de l’attentat terroriste sous faux pavillon perpétré au Caire en 1954, préconisait de « devenir fou » si jamais Israël était attaqué. Pendant la guerre de 2006 avec le Liban, le Premier ministre Ehud Olmert a déclaré que les Palestiniens devaient comprendre que « le maître de la maison était devenu fou », tout en promettant « des opérations à la James Bond, bim bam ! »

Encore une fois, il ne s’agissait pas de « partisans de la droite », mais de dirigeants sionistes centristes, voire de gauche.

La Nakba continue

En réponse à la fuite, Haliva a fourni à Channel 12 une explication dans laquelle il déclare notamment :

« Les enregistrements divulgués ont été rendus publics à partir de discussions qui ont eu lieu dans un forum fermé, et je ne peux que le regretter. Il est évident que les fragments d’informations partiels qui ont été révélés dans cette affaire ne peuvent pas donner une image complète de la situation, surtout lorsqu’il s’agit de questions complexes qui comportent de nombreux détails et sont pour la plupart hautement confidentielles. »

Aussi partielles et complexes soient-elles, les déclarations franches de Haliva sur le châtiment collectif infligé à Gaza s’ajoutent à une liste croissante de déclarations similaires démontrant une intention génocidaire.

La conviction de Haliva qu’une Nakba doit être répétée « de temps en temps » montre en effet à quel point la Nakba de 1948 est une catastrophe continue et orchestrée, que les dirigeants israéliens semblent prêts à perpétuer. Le génocide de Gaza s’inscrit dans cette continuité.

Haliva a peut-être démissionné pour ses échecs en matière de renseignement et a peut-être reconnu ses lacunes techniques, mais il semble que la tendance génocidaire dans la société israélienne soit trop profondément enracinée pour que la plupart des gens puissent l’accepter. Ainsi, les auteurs de la Nakba ne changent que de nom, de titre et de rôle, tandis que la Nakba elle-même se poursuit.


Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss

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