L’Agence Média Palestine s’est entretenue avec Basel Alsourani, responsable du plaidoyer au Centre palestinien pour les droits humains (PCHR), visé hier par de nouvelles sanctions étatsuniennes.
Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 5 septembre 2025

Après avoir sanctionné le mois dernier plusieurs juges de la Cour Pénale Internationale (CPI), l’administration étatsunienne a désigné hier trois organisations palestiniennes de défense des droits humains : Al-Haq, le Centre palestinien pour les droits humains (PCHR) et le Centre Al-Mezan pour les droits humains.
Ces organisations ont été ajoutées jeudi à la « liste des ressortissants spécialement désignés et des personnes bloquées » du département du Trésor pour avoir « directement participé aux efforts déployés par la Cour pénale internationale (CPI) pour enquêter, arrêter, détenir ou poursuivre des ressortissants israéliens, sans le consentement d’Israël », comme l’affirme le secrétaire d’État Marco Rubio dans son communiqué de presse.
Contacté par l’Agence Média Palestine, le responsable du plaidoyer international au PCHR Basel Alsourani nous explique : « Ces sanctions ne sont pas une surprise. Elles font partie d’un continuum d’attaques étatsuniennes sur le peuple palestinien et sa cause. Nous l’avons vu avec les sanctions contre la CPI, mais aussi la révocation des visas de représentant-es de l’Autorité Palestinienne, les sanctions sur Francesca Albanese… Nous nous attendions à être visés à notre tour, car ces sanctions visent à attaquer toute personne ou organisation dénonçant les crimes d’Israël à Gaza. »
« L’administration Trump », poursuit-il, « et celle de Biden avant elle, ont pourvut le soutien et la couverture financière, militaire, diplomatique et juridique à Israël, qui commet un génocide à Gaza depuis deux ans. Les États-Unis récompensent Israël pour la famine, les massacres, la destruction et le déplacement forcé de notre peuple, pour le nettoyage ethnique des Palestinien-nes dans la bande de Gaza. »
« Nous ne nous laisserons pas silencier »
Créé en 1995 par un groupe d’avocat-es et de militant-es palestinien-nes, le PCHR est une organisation palestinienne indépendante de défense des droits humains (enregistrée en tant que société à responsabilité limitée à but non lucratif) basée à Gaza. Le travail du Centre consiste à documenter et à enquêter sur les violations des droits de l’homme, à fournir une aide juridique et des conseils aux particuliers et aux groupes, et à préparer des articles de recherche sur des questions telles que la situation des droits de l’homme et l’État de droit.
C’est précisément ce que les États-Unis condamnent, explique Basel Alsourani : « de la même manière qu’Israël cible les journalistes à Gaza dans l’objectif de tuer la vérité en silenciant celles et ceux qui exposent ces crimes, l’administration étatsunienne cible les organisations palestiniennes de défense des droits humains qui travaillent depuis des années pour que les victimes palestiniennes obtiennent réparation. »
Basel Alsourani craint pour l’intégrité physique de ses collègues : « Nous craignons qu’Israël ne se saisisse de cette décision comme d’un prétexte pour viser notre personnel. Beaucoup d’entre elles et eux sont à Gaza, et documentent les crimes de guerre commis par Israël chaque jour. »
« Nous ne nous laisserons pas silencier », affirme-t-il cependant. « Nous poursuivrons notre travail pour défendre les droits fondamentaux des Palestinien-nes et pour tenir Israël responsable de ces crimes de haine commis à travers les territoire occupés et en particulier à Gaza. »
Le deux autres organisations visées, AL Haq et Al Mezan, ont également réagit dans un communiqué commun :« es mesures, prises alors que notre peuple est victime d’un génocide, constituent un acte lâche, immoral, illégal et antidémocratique. Seuls des États qui font fi du droit international et de notre humanité commune peuvent prendre des mesures aussi odieuses à l’encontre d’organisations de défense des droits humains qui œuvrent pour mettre fin à un génocide ».
Basée à Ramallah, Al-Haq est une organisation de premier plan, tant dans les territoires palestiniens occupés qu’au niveau international, qui lutte pour que les violations commises par Israël soient sanctionnées, tout en menant des actions en justice dans plusieurs pays.
E centre Al Mezan est une ONG palestinienne basée à Gaza qui documente les violations des droits humains depuis plus de 25 ans et milite pour la justice et la responsabilité envers le peuple palestinien.
« Seuls des États qui méprisent totalement le droit international et notre humanité commune peuvent prendre des mesures aussi odieuses à l’encontre d’organisations de défense des droits humains qui œuvrent pour mettre fin à un génocide », conclut la déclaration commune.
La secrétaire générale d’Amnesty International a réagit à l’annonce sur X : « Nous sommes pleinement solidaires de nos organisations partenaires AlHaq, Palestinian Center for Human Rights et Al Mezan, sanctionnées par le gouvernement américain. Elles doivent être pleinement soutenues et protégées par tous les gouvernements qui croient en la justice internationale et en l’État de droit. »



