À la suite de la première opération armée menée par la brigade de Tulkarem contre les forces israéliennes depuis huit mois, l’armée israélienne a arrêté au hasard plus de 1 000 Palestiniens et les a fait défiler dans les rues de Tulkarem, dans un geste de « vengeance collective ».
Par Qassam Muaddi, le 12 septembre 2025

Les forces israéliennes ont arrêté au moins 1 000 Palestiniens en une seule journée jeudi lors d’un vaste raid à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie, a rapporté Abdullah Kamil, gouverneur de la région de Tulkarem, aux médias locaux. Ce raid fait suite à un attentat à la bombe sur un véhicule militaire blindé israélien plus tôt dans la journée, près d’un poste de contrôle à l’extérieur de la ville. L’attaque a blessé deux soldats israéliens, selon la radio de l’armée israélienne.
M. Kamil a ajouté que les forces israéliennes avaient imposé un bouclage total de Tulkarem et mené une campagne de perquisitions dans toute la ville, qualifiant cette opération de « pratique systémique ».
L’explosion qui a visé le véhicule blindé alors qu’il quittait le poste de contrôle 104, à l’ouest de Tulkarem, était la première action armée palestinienne dans le nord de la Cisjordanie depuis que l’armée israélienne a expulsé de force les habitants des camps de réfugiés de Tulkarem et de Jénine de leurs maisons au début de l’année. Les camps ont été vidés de leurs habitants tout au long des mois de janvier et février, lors d’une offensive militaire israélienne de grande envergure dans le nord de la Cisjordanie, baptisée « Opération Mur de fer ».
L’armée israélienne a promis de rester dans les camps pendant au moins un an, prétendument pour mettre fin au phénomène des groupes de résistance armée dans les camps, qui défient les raids israéliens dans les villes palestiniennes et les camps de réfugiés depuis 2022.
La responsabilité de l’attaque de jeudi a été revendiquée par la Brigade Tulkarem, l’un des groupes armés qui opérait depuis le camp de réfugiés de Tulkarem avant le début de l’opération « Mur de fer ». L’opération menée jeudi par la Brigade est la première action militaire menée par le groupe depuis 8 mois.
« Vengeance collective »
La réponse de l’armée israélienne a été une « vengeance collective », explique Hussein Sheikh Ali, un habitant de Tulkarem et militant social local.
« Les soldats de l’occupation ont commencé à faire du porte-à-porte, fouillant et endommageant les biens des gens. À l’heure où nous parlons, ils sont toujours stationnés dans toute la ville », déclare Ali à Mondoweiss vendredi après-midi.
L’armée israélienne a arrêté des centaines d’hommes et de jeunes Palestiniens dans les rues, explique Ali, les interpellant au hasard parmi ceux qui se trouvaient au travail ou dans la rue.
« Ils ont arrêté la plupart d’entre eux sans même vérifier leur identité », a déclaré Ali. « Ils les ont fait marcher en file indienne dans la rue, les forces israéliennes leur indiquant où aller. C’était une démonstration de force. »
Décrites comme une exhibition publique « humiliante », les images de centaines d’hommes palestiniens défilant dans les rues au moment de leur arrestation se sont répandues sur les réseaux sociaux jeudi et vendredi.
Ali raconte à Mondoweiss que les soldats israéliens ont interrogé sur place bon nombre des hommes qu’ils ont rassemblés, avant de les photographier et de les relâcher finalement après plusieurs heures de détention dans un espace ouvert. « Le raid a paralysé la vie à Tulkarem », explique-t-il. « L’armée interdit la circulation des véhicules dans la ville. Elle a mis un terme à toute forme d’activité commerciale, les écoles et les commerces étant fermés et soumis à un couvre-feu. Le couvre-feu n’a été levé que tard vendredi matin. »
Les arrestations massives se sont poursuivies pendant la nuit, paralysant la vie dans toute la ville de Tulkarem.
Ali a ajouté que, vendredi soir, « les gens restaient chez eux et que ceux qui avaient besoin de quelque chose à l’extérieur devaient sortir à pied ».
Entre-temps, les forces israéliennes ont démoli plusieurs serres à la périphérie de la ville, a déclaré Ali.
La ville de Tulkarem s’est à peine remise de l’offensive menée par l’armée israélienne en janvier dernier, au cours de laquelle les troupes israéliennes se sont installées dans le centre-ville pendant plusieurs semaines et ont partiellement démoli plusieurs bâtiments emblématiques de la région, notamment la façade du palais de justice de Tulkarem, situé au centre-ville. Les bulldozers israéliens ont également rasé plusieurs centaines de maisons dans les camps de réfugiés de Nur Shams et de Tulkarem.
« Il y a encore 30 000 personnes déplacées des camps qui vivent dans la ville », explique Ali à Mondoweiss. « Leur vie a été bouleversée. »
« Beaucoup d’entre eux ont perdu leur source de revenus, comme les propriétaires de petites entreprises dans les camps », explique Ali. « Et ceux qui ont encore un emploi doivent maintenant payer un loyer ou remplacer les biens qu’ils ont été contraints de laisser derrière eux lorsque l’armée les a forcés à évacuer. »
Ali précise qu’à Tulkarem, ce sont la communauté locale et la société civile qui ont pris en charge l’hébergement et les besoins de la population de réfugiés déplacés à deux reprises. « Nous avons reçu très peu d’aide du gouvernement palestinien ou des organisations internationales », affirme Ali. « Les associations sociales, les clubs culturels et les organisations caritatives locales font tout leur possible pour venir en aide aux familles qui ont tout perdu. Nous essayons de remettre la vie dans la ville sur les rails. »
Ali explique que l’une des soupes populaires dont il fait partie distribue jusqu’à 1 000 repas par jour aux personnes déplacées. Elle fonctionne entièrement grâce à des dons locaux.
La répression israélienne en Cisjordanie s’est intensifiée ces derniers mois, les dirigeants israéliens discutant ouvertement de leur intention d’annexer officiellement de vastes portions de la Cisjordanie occupée. Depuis octobre 2023, l’armée israélienne et les colons ont tué 1 020 Palestiniens en Cisjordanie, selon le ministère palestinien de la Santé, tandis que 7 000 Palestiniens ont été blessés et environ 19 000 ont été arrêtés.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss



