Si le plan de colonisation d’Israël est mis en œuvre, la Cisjordanie cessera bientôt d’exister

Netanyahu a officiellement approuvé un plan de colonisation la semaine dernière et a annoncé son intention de donner son feu vert à d’autres colonies similaires. Ensemble, ces plans mettraient fin à la Cisjordanie en tant qu’entité géographique et politique.

Par Qassam Muaddi, le 17 septembre 2025

Vue générale sur Maale Adumim, 1er décembre 2012. (Photo : Mahfouz Abu Turk/APA Images)



« Il n’y aura pas d’État palestinien », a déclaré jeudi dernier le Premier ministre Benjamin Netanyahu, lors d’une cérémonie organisée au cœur de la Cisjordanie, dans la colonie israélienne de Maale Adumim.

Avance rapide jusqu’au mardi suivant, le 16 septembre. À quelques mètres seulement de l’entrée de Maale Adumim, les forces israéliennes ont installé de grandes portes métalliques à l’entrée de la ville palestinienne d’al-Aizariyah, à deux pas de la colonie israélienne. C’était là le résultat direct de la visite de Netanyahu la semaine précédente.

Le Premier ministre israélien était venu approuver officiellement le plan E1, un vaste projet de colonisation qui serait construit sur une bande de terre stratégique séparant la moitié nord de la Cisjordanie de la moitié sud. Cela reviendrait à diviser la Cisjordanie en deux.

Le plan de la colonie E1 (source : ARIJ)


En août dernier, le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a déclaré que ce projet « enterrerait » toute perspective d’un État palestinien, le qualifiant de « sionisme à son meilleur ». La cérémonie qui s’est tenue la semaine dernière à Maale Adumim l’a officialisé. Le projet coûtera 3 milliards de shekels (près de 900 millions de dollars) pour construire 7 600 logements à Maale Adumim, dont 3 400 dans la zone E1.

Bien qu’il ne soit mis en œuvre que maintenant, le plan E1 est en gestation depuis au moins deux décennies. La seule chose qui a empêché sa mise en œuvre, ce sont les obstacles diplomatiques qui auraient exposé Israël à des accusations d’entrave à la création d’un État palestinien. Ces accusations n’ont plus aucun poids, car Israël les assume déjà ouvertement.

Le moment choisi par Netanyahu pour approuver le projet E1 n’est pas une coïncidence. Il s’agit d’une réponse claire à la vague d’annonces mondiales de l’intention de reconnaître un État palestinien lors de la prochaine réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre.

Elle fait également suite à la publication par Smotrich d’une carte proposant l’annexion totale de la Cisjordanie, avec pour objectif de ne laisser que quelques villes palestiniennes isolées et enfermées dans des ghettos sous contrôle israélien total.

Après E1 : tout

Tel qu’il a été initialement conçu, le plan vise à relier Jérusalem à la colonie de Maale Adumim, à l’est de la ville. Il prévoit la construction de colonies sur 12 000 dunams (1 200 hectares) de terres palestiniennes, qui seraient confisquées aux villes d’Anata, al-Tour, Issawiyya, Aizariyeh et Abu Dis.

S’exprimant lors de la cérémonie d’approbation la semaine dernière, Netanyahu a déclaré qu’« il y aura d’autres villes comme Maale Adumim ». Puis il a lancé une autre bombe.

« Le front oriental d’Israël n’est pas Maale Adumim, mais la vallée du Jourdain », a-t-il déclaré.

En d’autres termes, Israël prévoit d’annexer la quasi-totalité de la Cisjordanie, y compris, et c’est crucial, la vallée du Jourdain, considérée comme le « grenier » de tout futur État palestinien et le garant ultime de ce que les responsables israéliens de la sécurité appellent la « profondeur stratégique » de l’État.

Les projets d’annexion de la vallée du Jourdain par Israël remontent au « plan Allon », élaboré quelques mois après la guerre de 1967, lorsque Israël a occupé pour la première fois la Cisjordanie. Netanyahu a relancé ce plan en 2019, qui prévoit l’annexion de toute la zone située à l’est d’une route nord-sud longeant les frontières de la vallée du Jourdain, judicieusement baptisée « route Allon ».

Si le plan Allon et le projet E1 sont tous deux mis en œuvre, il ne restera plus grand-chose aux Palestiniens : les colonies E1 s’étendraient au centre de la Cisjordanie, reliant les colonies de la vallée du Jourdain et créant une continuité israélienne ininterrompue de Jérusalem jusqu’à la frontière avec la Jordanie. Les collines centrales de Ramallah et Naplouse seraient encerclées, tout comme les régions méridionales qui comprennent Bethléem et Hébron. Cela signifierait la fin de la Cisjordanie en tant qu’entité géographique et politique.

Un maximum de terres, un minimum de Palestiniens

Le projet E1 ne se contente pas d’étendre les colonies israéliennes, il comporte également une composante démographique. Des dizaines de milliers de colons envahiraient la région à l’est de Jérusalem, créant ainsi une « Grande Jérusalem » qui piétinerait les communautés palestiniennes voisines. Il complète les plans précédents qui ont isolé ces communautés et les ont coupées de Jérusalem, dont elles constituaient autrefois le prolongement naturel et historique.

Il s’agit notamment des villes d’Anata, d’Aizariyeh, d’Abu Dis, d’Issawiyeh et d’al-Tour. Maale Adumim est déjà construite sur leurs terres. La porte à l’extérieur d’al-Aizariyeh vient d’être installée. D’autres communautés, comme le camp de réfugiés de Shu’fat et Kufr Aqab, sont isolées par des points de contrôle et des murs de béton, excluant des dizaines de milliers de Palestiniens de Jérusalem. Et des projets d’infrastructure visant à détourner le trafic palestinien de la zone E1 grâce à un réseau de tunnels et de routes ont déjà été approuvés. Israël appelle ces projets routiers « le tissu de la vie » et « la route de la souveraineté ».

Cette ségrégation, associée au plan E1, modifierait la composition démographique de Jérusalem en faveur d’une majorité juive israélienne. Elle incarne l’ancien adage sioniste : « un maximum de terres, un minimum d’Arabes ».

Elle représente également, selon les termes de Smotrich, « le sionisme à son meilleur », car elle reflète le rôle historique des colonies : un outil permettant d’effacer la Palestine et les Palestiniens en tant que continuité géographique et démographique unifiée.

Alors que les pays européens annoncent leur intention de reconnaître un État palestinien à l’ONU la semaine prochaine, Israël veille à ce que ces soutiens restent largement symboliques. L’ironie est que ces mêmes pays ont permis l’expansion incontrôlée des colonies au cours des dernières décennies – le plan E1 n’aurait pas été possible sans eux. C’est pourquoi la reconnaissance attendue de la Palestine par l’Europe à l’ONU n’est en réalité qu’une rhétorique visant à compenser son manque d’intervention pour mettre fin au génocide à Gaza.



Qassam Muaddi est rédacteur en chef pour la Palestine chez Mondoweiss. Suivez-le sur Twitter/X à l’adresse @QassaMMuaddi.

Traducction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss

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