Le plan de Trump pour Gaza : un cessez-le-feu sans cesser le feu

Le président états-unien Donald Trump s’est entretenu hier avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et affirme avoir trouvé un accord qui permettra « la paix éternelle au Moyen-Orient ». Il semble surtout correspondre aux objectifs israéliens.

Par l’Agence Média Palestine, le 30 septembre 2025



C’est un plan en 21 points, qui inclut la majeure partie des revendications et objectifs de guerre israéliens à Gaza, qui était discuté hier à la Maison Blanche, au cours de la quatrième visite de Netanyahu aux États-Unis depuis l’élection de Trump en janvier dernier.

« Je tiens également à remercier le Premier ministre Netanyahu d’avoir accepté le plan et d’avoir confiance que si nous travaillons ensemble, nous pourrons mettre fin à la mort et à la destruction que nous avons vues pendant tant d’années, de décennies, voire de siècles, et commencer un nouveau chapitre de sécurité, de paix et de prospérité pour toute la région », a déclaré M. Trump.

Bien que présenté comme une avancée diplomatique, le plan reprend globalement les déclarations antérieures de la Maison-Blanche. Il comprend la libération immédiate des prisonniers israéliens (morts et vivants), en échange de la libération par étape de plus de 1000 prisonnier-es palestinien-nes (morts et vivants), le désarmement complet du Hamas et la formation d’un gouvernement de transition « composé de technocrates palestiniens, chargés de fournir les services quotidiens à la population de la bande de Gaza.»

« Le comité sera supervisé par un nouvel organisme international créé par les États-Unis en consultation avec des partenaires arabes et européens. Il établira un cadre de financement pour le re-développement de Gaza jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne ait achevé son programme de réformes », stipule le plan, sans toutefois fournir de calendrier à cette prise de pouvoir par l’Autorité palestinienne (AP), quand Israël a déjà déclaré à multiples reprises qu’il s’opposerait à son implication à Gaza. Le retrait militaire d’Israël de l’enclave palestinienne n’est par ailleurs apposé à aucun calendrier précis.

Selon le plan de Trump, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, âgé de 72 ans, pourrait être nommé à la tête de ce gouvernement de transition. Blair travaille depuis des mois avec le gendre de Trump, Jared Kushner, qui a chargé le Tony Blair Institute for Global Change d’élaborer un plan d’après-guerre, selon le Times of Israel. Kushner était conseiller principal de Trump pendant son premier mandat et conseille depuis peu l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, sur l’après-guerre à Gaza.

« Personne ne sera contraint de quitter Gaza »

La seule avancée notable est celle qui concerne le projet de nettoyage ethnique avancé par Israël et les États-Unis à de nombreuses reprises au cours des derniers mois. Le point 12 stipule : « Personne ne sera contraint de quitter Gaza, mais celles et ceux qui choisissent de partir seront autorisé-es à y retourner. De plus, les Gazaoui-es seront encouragé-es à rester dans la bande de Gaza et auront la possibilité d’y construire un avenir meilleur. »

Il s’agit là d’un changement radical par rapport à la position de Trump en février, lorsqu’il avait déclaré que les États-Unis allaient « prendre le contrôle » de Gaza et « s’approprier » cette ville, et expulser sa population pour laisser la place à un plan de réaménagement aussi cynique que fastueux qui avait choqué le monde.

De nombreux-ses analystes soulignent que les conditions de vies indignes imposées aux habitant-es de l’enclave sont utilisées comme des incitatifs au « départ volontaire », soit un nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom. L’abandon officiel du plan de transfert forcé de la population de Gaza doit s’accompagner de garanties des conditions de vie de celle-ci.

Cela nous amène à une partie cruciale du plan, peu précise, qui concerne l’entrée et la gestion de l’aide humanitaire. Il prévoit le retour de l’aide à Gaza aux niveaux convenus (mais jamais atteints) en janvier, soit environ 600 camions par jour.

Le plan affirme que l’aide serait distribuée par les Nations Unies, le Croissant-Rouge et d’autres organisations non liées à Israël ou au Hamas. Cela laisserait donc la possibilité à la poursuite des activités le la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), organisation techniquement américaine mais décrite par le Times of Israel comme « l’œuvre d’Israélien-nes lié-es au gouvernement ».

Des milliers de gazaoui-es ont été assassiné-es aux abords des centres gérés par la GHF, très largement considérés par la communauté internationale comme des « pièges mortels ». De nombreuses enquêtes démontrent qu’Israël tente d’imposer de plus en plus de contraintes aux organisations humanitaires pour empêcher toute forme d’autonomie alimentaire et sanitaire pour les Palestinien-nes.

Netanyahu semble déjà faire machine arrière

Une source de l’AFP affirme ce matin que la Hamas examine le plan en consultation avec les « mouvements de la résistance », et le Qatar, qui accueille les négociations depuis deux ans, a annoncé qu’une réunion avec le Hamas et la Turquie se tiendrait ce soir. Si le Hamas décidait de rejeter l’accord, Trump a déclaré qu’Israël bénéficierait de son soutien total pour « finir le travail » et détruire le groupe. Netanyahu a confirmé en affirmant que le Hamas pouvait désormais choisir « la voie facile ou la voie difficile ».

De nombreux pays, dont la France, ont déclaré leur soutien à ce plan. « J’attends d’Israël qu’il s’engage résolument sur cette base. Le Hamas n’a d’autre choix que de libérer immédiatement tous les otages et de suivre ce plan », a déclaré le président français Emmanuel Macron dans un communiqué publié sur X.

Cependant, une vidéo publiée ce matin par Netanyahu semble indiquer qu’il pourrait déjà revenir sur l’accord qu’il a lui-même revendiqué hier. Sur son compte Telegram, le Premier ministre israélien affirme à nouveau qu’il s’oppose fermement à un État palestinien, en contradiction avec le plan qui stipule qu’à terme, «les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un Etat palestinien».

Dans la même vidéo, Netanyahu affirme également qu’il n’a pas l’intention d’ordonner le retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza, également en contradiction avec ce qu’il affirmait hier. «On nous dit : vous devez accepter les conditions du Hamas […] Tsahal doit se retirer, et le Hamas peut se renforcer, contrôler la bande… Non, non, cela ne se passe pas ainsi», a-t-il ajouté.

Les analystes affirment qu’il est désormais clair que Netanyahou procède à ces changements et formule ces exigences inacceptables pour saboter les accords, tout en essayant de rejeter la faute sur le Hamas, afin qu’Israël puisse continuer à bombarder Gaza. Ses alliés au sein du gouvernement israélien ont déclaré qu’ils détruiraient sa coalition gouvernementale si Netanyahou mettait fin à la guerre.

Pendant ce temps, Israël poursuit ses attaques dans la bande de Gaza, en ciblant particulièrement Gaza-ville. Dans la seule journée d’hier, le 29 septembre 2025, au moins 39 Palestinien-nes ont été tué-es, et 184 autres ont été blessé-es dans des attaques israéliennes à travers la bande de Gaza.

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