Nous traduisons cette analyse de Somdeep Sen, chercheur associé au Centre d’études asiatiques en Afrique de l’université de Pretoria, en écho au plan en 20 point proposé par Donald Trump la semaine passée.
« Voici ce qui doit être fait pour mettre les Palestiniens et les Israéliens sur la voie de la paix.«
Par Somdeep Sen, le 6 octobre 2025

Vendredi, le Hamas a envoyé sa réponse au « plan de paix en 20 points pour Gaza » proposé par le président américain Donald Trump. Il est important de noter que le groupe palestinien a accepté de confier l’administration de Gaza à un groupe de technocrates et de libérer tous les prisonniers israéliens en échange de prisonniers palestiniens.
Le président américain a salué cette réponse et a demandé à Israël de « cesser immédiatement les bombardements ». Pourtant, dans les 48 heures qui ont suivi la réponse du Hamas, les attaques israéliennes ont tué au moins 94 Palestiniens à Gaza.
Si le plan Trump peut apporter un répit temporaire aux Palestiniens, il ne permettra pas d’instaurer la paix. Pour cela, il faut également un plan qui impose des contraintes à Israël et mette fin à sa volonté génocidaire.
Voici donc un plan en 10 points pour Israël :
- La politique et la sphère publique israéliennes doivent être déradicalisées. Au cours des 24 derniers mois, l’élite politique israélienne s’est fait le porte-drapeau du génocide, célébrant publiquement et en toute impunité l’extermination des Palestiniens à Gaza. Une grande partie de l’opinion publique israélienne a également suivi le mouvement. L’État israélien devra mettre en place des programmes visant à promouvoir les valeurs de tolérance et de coexistence pacifique au sein des institutions publiques et du système éducatif afin de remédier à cette situation.
- L’armée israélienne doit être réformée. Qu’il s’agisse du ciblage délibéré de civils palestiniens ou des publications sur les réseaux sociaux par des soldats israéliens depuis le champ de bataille se moquant de la destruction des maisons palestiniennes, la déshumanisation des Palestiniens est profondément ancrée dans les forces armées. Les autorités israéliennes devront s’engager dans un effort concerté pour formuler et mettre en œuvre un nouveau code de conduite militaire fondé sur les principes du droit international humanitaire.
- Les dirigeants politiques et militaires israéliens doivent être jugés devant la Cour pénale internationale. Des experts légistes, des organisations de la société civile, des groupes de défense des droits humains et des militants ont recueilli des preuves sur la nature de la campagne militaire israélienne. Ces preuves pourraient servir de base à des poursuites judiciaires.
- Gaza doit être ouverte. Cela signifie qu’il faut mettre fin au siège terrestre, aérien et maritime en place depuis 2007. La libre circulation des personnes et des biens doit être autorisée.
- Des observateurs internationaux ou une force de protection doivent être déployés à Gaza afin de s’assurer qu’il n’y ait aucune violation, que ce soit de la part de l’armée israélienne ou d’extrémistes israéliens.
- S’inspirant de la décision rendue en 2024 par la Cour internationale de justice selon laquelle les colonies de peuplement en Cisjordanie occupée sont illégales au regard du droit international, les autorités israéliennes doivent mettre fin à toutes les activités de colonisation, y compris le militantisme, le lobbying et les efforts de collecte de fonds visant à étendre les colonies ou à établir de nouveaux avant-postes, et les criminaliser.
- La Cisjordanie et Jérusalem doivent être démilitarisées et désoccupées. Cela suppose le démantèlement des infrastructures militaires, des postes de contrôle, des tours de guet et des murs israéliens qui ont systématiquement fracturé le territoire et contribué à restreindre le droit des Palestiniens à une patrie.
- Alors que le plan américain exige qu’Israël libère 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité et 1 700 détenus, des milliers de Palestiniens restent en détention sans procès. Il faudra mettre rapidement fin à la politique israélienne de détention administrative et élaborer un plan plus large pour libérer les Palestiniens qui restent dans les prisons israéliennes.
- Israël doit entamer des négociations pour régler la question du droit au retour des Palestiniens. Cela doit se faire par le biais de discussions et de négociations directes avec les Palestiniens en Palestine et dans la diaspora, ainsi qu’avec les représentants des organismes des Nations unies et des groupes de la société civile qui ont travaillé en étroite collaboration avec les réfugiés palestiniens et connaissent bien les besoins socio-économiques immédiats de cette communauté historiquement marginalisée.
- Au fil des ans, Israël a intensifié ses efforts de diplomatie publique afin d’obtenir un soutien mondial pour ses politiques. En 2024, ces efforts ont bénéficié d’un apport d’environ 150 millions de dollars de fonds publics. Cet argent a été utilisé pour des campagnes pro-israéliennes sur les réseaux sociaux, des efforts de lobbying, des bourses et des voyages en Israël pour des hommes d’affaires, des journalistes, des politiciens et des décideurs non israéliens. Ces investissements ont porté leurs fruits grâce à la répression des efforts de solidarité avec les Palestiniens, en particulier en Occident, depuis le début du génocide à Gaza. Israël doit donc permettre à un panel international d’experts d’enquêter sur le fonctionnement de ses efforts de diplomatie publique et de déterminer si ces efforts violent la souveraineté et les lois sur la liberté d’expression d’autres nations.
Bien sûr, il est peu probable que le gouvernement israélien accepte volontairement de mettre en œuvre l’un de ces dix points. Mais l’opinion publique mondiale est en train de changer radicalement. Le discours israélien n’est plus dominant, malgré tous les efforts déployés par le gouvernement israélien et ses alliés. De plus en plus de personnes à travers le monde reconnaissent que la question palestinienne dépasse largement le sort du peuple palestinien.
La Palestine est profondément liée aux problèmes et aux défis qui façonnent la vie et la politique au Moyen-Orient et au-delà. Et ce n’est qu’en abordant ces questions plus larges et en faisant porter à juste titre la responsabilité à l’État d’Israël que nous pouvons espérer une paix durable.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera



