Ce que l’on sait de la première phase du cessez-le-feu à Gaza et de ses conséquences

L’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas prévoit l’arrêt des opérations militaires, le retrait israélien, une aide humanitaire accrue et un échange de prisonniers Mais il ne garantit pas la fin de la guerre, ni la poursuite du génocide par Israël.

Par Qassam Muaddi, le 9 octobre 2025

De la fumée s’élève alors que les forces israéliennes ouvrent le feu sur des Palestinien·nes qui tentent de retourner vers le nord sur la rue al-Rashid, le 9 octobre 2025. (Photo : Omar Ashtawy/APA Images)


Deux jours après que la guerre menée par Israël contre Gaza soit entrée dans sa troisième année, les Palestinien·nes de toute la bande de Gaza ont laissé éclater leur joie jeudi matin après que le président américain Trump ait annoncé qu’un accord de cessez-le-feu avait été conclu entre Israël et le Hamas. 

Cette annonce fait suite à quatre jours de pourparlers à Charm el-Cheikh, en Égypte, auxquels a participé une équipe de négociation du Hamas emmenée par son chef politique, Khalil al-Hayyeh, qu’Israël a tenté d’assassiner le mois dernier lors d’une frappe aérienne à Doha, au Qatar. L’équipe de négociation israélienne était dirigée par le ministre israélien des Affaires stratégiques, Ron Dermer. Les pourparlers de cessez-le-feu avaient repris après que Trump eut annoncé son intention de mettre fin à la guerre à Gaza fin septembre..

Les détails connus de l’accord ne concernent que la première phase du cessez-le-feu, qui comprend l’arrêt des opérations militaires, le retrait des forces israéliennes jusqu’à une ligne convenue à l’intérieur de Gaza, l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza et un échange de prisonnier·es qui permettrait la libération de tous les captifs·ves israélien·nes à Gaza.

Selon la carte du plan Trump, une première phase verrait Israël retirer ses forces jusqu’à une ligne qui commence au nord des villes de Beit Hanoun et Beit Lahia, dans le gouvernorat de Gaza. La ligne s’étend à l’est de la ville de Gaza, à travers le camp de réfugié·es de Bureij dans le gouvernorat central, et à l’est de Deir el-Balah. Elle se poursuit ensuite jusqu’à la ville de Khuza’a, à l’est de Khan Younès, et se termine à l’est de Rafah.

Peu après l’annonce de l’accord jeudi, la radio de l’armée israélienne a rapporté que celle-ci avait commencé à retirer ses forces de la ville de Gaza et de ses environs, où Israël menait une invasion à grande échelle, forçant jusqu’à 900 000 Palestinien·nes à fuir la ville. 

Les prisonnier·es palestinien·ne·s

L’accord annoncé prévoit également la libération de 20 prisonnier·e·s israélien·ne·s en vie en échange de la libération de 250 prisonnier·es palestinien·nes purgeant de longues peines, en plus des 1700 Palestinien·nes qui ont été détenu·es dans la bande de Gaza pendant toute la durée de la guerre.

Selon des informations israéliennes, les négociations sur les noms des prisonnier·e·s palestinien·nes à libérer se poursuivaient encore quelques heures avant l’annonce de l’accord. Le Hamas et les autres factions palestiniennes ont insisté pour que soient libéré·es les 303 Palestinien·nes purgeant des peines à perpétuité pour leur implication dans des attentats ayant causé la mort d’Israélien·nes. Israël, en revanche, n’a accepté de discuter que de 289 noms.  Les 14 autres étant des citoyens israéliens, Israël refuse de les reconnaître comme Palestiniens, et considère que leur cas relève de la politique intérieure israélienne.

En outre, Israël a opposé son veto à plusieurs personnalités de haut rang parmi les prisonniers palestiniens, à savoir le dirigeant du Fatah Marwan Barghouthi, le secrétaire général du FPLP Ahmad Saadat et le dirigeant du Hamas Ibrahim Hamed, sur lesquels les factions palestiniennes avaient insisté. La liste définitive des prisonniers palestiniens qui doivent être libérés n’a pas encore été rendue publique. Cependant, la chaîne de télévision qatarie Al-Araby TV a cité des sources selon lesquelles les négociations sur les noms des prisonniers ont pris fin et que les deux parties ont fait des concessions.

À l’heure actuelle, Israël détient quelque 11000 Palestinien·nes dans ses prisons, dont un tiers sont des détenu·es administratif·ves, emprisonné·es sans inculpation ni procès. Environ 400 sont des personnes mineures.

Laide humanitaire

Selon l’accord, Israël autoriserait également l’entrée de 400 camions transportant de l’aide humanitaire par jour pendant les premiers jours, puis 600 camions par jour par la suite. Avant la guerre, le nombre quotidien de camions entrant à Gaza était de 500 à 600 camions par jour, ce qui est considéré comme la quantité minimale requise, selon les organisations internationales. Le sous-secrétaire général des Nations unies aux affaires humanitaires, Tom Feltcher, a déclaré jeudi que l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza nécessitait plusieurs points d’entrée et des garanties de sécurité.

L’accord stipule également que les Palestinien·nes seraient autorisé·s à retourner dans la ville de Gaza et dans les zones du nord de Gaza, qui ont été dépeuplées de force par les forces israéliennes au cours des derniers mois. Israël avait déjà déplacé les habitant·es de ces zones au cours des derniers mois de l’année 2024,dans le cadre d’une offensive à grande échelle connue sous le nom de « plan des généraux ».

Au cours de celle-ci, les forces israéliennes ont détruit la plupart des immeubles et des bâtiments résidentiels, ne laissant aucun endroit où les Palestinien·nes pourraient revenir.

Fin janvier 2025, alors qu’Israël libérait la voie vers cette zone dans le cadre du premier accord de cessez-le-feu, des centaines de milliers de Palestinien·nes sont retourné·es dans le nord dans le cadre d’une marche historique.

Après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, certaines personnes ont tenté de retourner dans le nord de Gaza par la rue al-Rashid, le long de la côte, mais les chars israéliens positionnés à proximité ont tiré des obus sur les personnes déplacées. Au moins un million de Palestinien·nes continuent d’être entassé·es dans la zone côtière étroite de Mawasi, à Khan Younès, et à Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza.

Les réactions politiques

L’accord n’a pas encore été signé. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a tenu une réunion du cabinet jeudi soir afin de l’approuver. Le compte de Nétanyahou sur X a posté une publication après minuit, heure locale, comprenant des photos de la réunion du cabinet, à laquelle ont également participé l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le gendre du président Trump, Jared Kushner.

Trump a déclaré dans un communiqué de presse depuis la Maison Blanche qu’il se rendrait au Moyen-Orient et que les prisonniers israéliens seraient libérés lundi ou mardi. Trump a également admis qu’environ 70 000 Palestinien·es avaient été tué·es à Gaza. Usama Hamdan, membre du bureau politique du Hamas, a déclaré que la libération des prisonniers israéliens commencerait lundi.

Pendant ce temps, les bombardements israéliens se sont poursuivis à Gaza, même après l’annonce de l’accord de cessez-le-feu. Le porte-parole de la défense civile palestinienne à Gaza, Muhammad al-Mughir, a déclaré à l’AFP que depuis l’annonce de l’accord, les frappes israéliennes ont visé plusieurs zones de la bande de Gaza, en particulier dans le nord. Al-Mughir a ajouté que les équipes de la défense civile éprouvent des difficultés pour atteindre les survivant·e·s en raison des dégâts causés aux routes et des vols continus des avions de combat israéliens dans la région.

En Israël, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, tous deux partisans d’une ligne dure, ont fait part de leur opposition à l’accord, déclarant qu’ils s’y opposeraient au sein du cabinet, mais sans se retirer de la coalition gouvernementale, comme ils avaient menacé de le faire par le passé.

De son côté, le Hamas a annoncé la fin de la guerre dans une déclaration lue par le chef de son bureau politique, Khalil al-Hayyeh. Le responsable du Hamas a déclaré que l’accord de cessez-le-feu avait été conclu « grâce à la persévérance de notre peuple », ajoutant que « malgré les tentatives de l’ennemi de rompre les accords, nos efforts se sont poursuivis avec sérieux et responsabilité dans les négociations, et notre seul objectif a été de mettre fin à l’agression et d’épargner le sang de notre peuple ».

Pendant la déclaration en direct d’al-Hayyeh, des avions de combat israéliens ont bombardé et détruit un grand immeuble résidentiel dans le centre de la ville de Gaza. Selon la défense civile palestinienne, environ 40 personnes, dont des enfants, sont toujours portées disparues sous les décombres.

De la fumée s’élève au-dessus de la ville de Gaza après une série de frappes aériennes israéliennes, vue depuis les camps de déplacé·es dans le centre de Gaza, camp de réfugié·es de Nousseirat, 7 octobre 2025. (Photo : Omar Ashtawy/APA Images)

Les prochaines étapes

L’accord ne comprend aucune clause sur le terme définitif de la guerre, le désarmement du Hamas et des autres factions de la résistance palestinienne, l’administration de Gaza après le conflit ou la reconstruction. Toutes ces questions ont été reléguées à la deuxième phase des négociations, qui devrait débuter immédiatement après l’entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu, selon le Hamas.

Si le président américain Donald Trump a exprimé à plusieurs reprises sa volonté de mettre fin à la guerre pour ouvrir la voie à la paix au Moyen-Orient, rien ne garantit formellement qu’Israël ne rompra pas le cessez-le-feu et ne reprendra pas ses bombardements sur Gaza après la libération de ses otages, comme il l’a fait en mars dernier.

Qassam Muaddi est rédacteur spécialiste de la Palestine pour Mondoweiss. Suivez-le sur Twitter/X : @QassaMMuaddi.


Traduction : JC pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss 

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut