Israël libère 1968 prisonniers palestiniens dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu

C’était la condition sine qua non au retour des 20 otages israéliens détenus par le Hamas depuis le 7 octobre 2023. Environ 2000 prisonniers palestiniens sont libérés aujourd’hui. Cet échange fait partie de la première étape de l’accord de cessez-le-feu trouvé la semaine dernière à Doha.

Par l’Agence Média Palestine, le 13 octobre 2025.

1968. C’est le nombre exact de prisonniers palestiniens qui retrouvent la liberté aujourd’hui. Dans le cadre de la première phase du plan de Donald Trump accepté la semaine dernière par Israël et le Hamas, l’échange a lieu ce lundi 13 octobre. Il a commencé ce matin avec la libération de sept otages du 7 octobre 2023 parmi les 20 encore en vie et qui étaient toujours détenus par le Hamas. Les dépouilles des 28 otages restants et morts en captivité devraient également être transmises à Israël dans les prochains jours.

La libération de ces otages a été négociée dans le cadre de l’accord trouvé la semaine dernière dans la nuit de mercredi à jeudi au Qatar, entre Israël et le Hamas. L’accord prévoit en contrepartie la remise en liberté de 1968 prisonniers palestiniens, en provenance principalement des prisons de Ketziot en Israël et d’Ofer en Cisjordanie.. Ils ont commencé à être relâchés dès que les treize otages israéliens restants sont arrivés à Tel-Aviv, après avoir été remis à la Croix rouge. Parmi eux, 1718 sont des prisonniers de la bande de Gaza arrêtés depuis le 7 octobre 2023. Les 250 autres sont quant à eux des prisonniers détenus jusqu’alors pour “des raisons de sécurité”. 

Des prisonniers palestiniens expulsés à l’étranger ou sur les territoires palestiniens 

Les cars remplis de prisonniers gazaouis tout juste relâchés ont commencé à arriver à Khan Younès, dans le sud de l’enclave palestinienne, en début d’après-midi. Ils ont été accueillis par des scènes de liesse. Pour rappel, ces 1718 prisonniers palestiniens sont en réalité pour la plupart des civils arrêtés arbitrairement par l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023, et certains ont été enlevés sans même que leurs proches le sachent. La foule se pressant à l’arrivée de ces cars de prisonniers est donc aussi composée de familles dont les proches ont été enlevés par l’armée d’occupation israélienne depuis le 7 octobre, et qui vont retrouver des personnes jusqu’alors portées disparues. 

Pour les 250 prisonniers détenus par Israël pour “atteinte à la sécurité nationale”, la situation est beaucoup plus compliquée. Israël a ainsi annoncé l’expulsion de 154 d’entre eux directement vers l’Egypte. Concrètement, cela signifie qu’ils ne pourront même pas voir leur famille pourtant venues pour les accueillir. Cette méthode a déjà été utilisée par Israël lors de précédents échanges de prisonniers, notamment pour empêcher la réunion des Palestiniens libérés avec leurs proches. 

Certaines familles qui savaient que leurs proches allaient être expulsés directement ont tenté de partir dans l’espoir de les rencontrer, en vain. Nour Odeh, journaliste à Al Jazeera, raconte : “ Ceux qui savaient déjà que leurs fils avaient été exilés ont tenté hier de quitter la Cisjordanie occupée, mais les autorités israéliennes les en ont empêchés. Les émotions sont vives en ce moment”.

D’autres ont vu leurs espoirs douchés par l’annonce tardive de l’expulsion de leurs proches à peine libérés, à l’image de la famille de Muhammad Imran. Il devait pourtant être libéré, l’armée israélienne avait même fait irruption dans la demeure familiale en demandant à ses proches où il serait hébergé. Finalement, il a été expulsé. Son frère Raed s’est confié à Al Jazeera : “La nouvelle d’aujourd’hui a été un choc, mais nous continuons d’attendre. Peut-être que nous pourrons le voir d’une manière ou d’une autre. Ce qui compte, c’est qu’il soit libéré, ici ou à l’étranger.”

Au total, seulement 96 personnes sur les 250 prisonniers libérés pourront retourner sur leurs terres : 88 en Cisjordanie dont cinq à Jérusalem-Est, et 8 dans la bande de Gaza. Tous les autres ont été expulsés hors de Palestine. D’après l’agence de presse koweïtienne, “les forces d’occupation ont refoulé plus de 150 Palestiniens au cours des deux derniers jours sur le point de passage Al-Karama, à la frontière avec la Jordanie, alors qu’ils tentaient de se rendre au Caire via Amman pour rejoindre leurs proches libérés et exilés”. 

Israël refuse la libération de prisonniers palestiniens renommés 

La liste des Palestiniens libérés en échange des otages israéliens a été l’objet de nombreuses négociations entre Israël et le Hamas ces derniers jours. L’enjeu est de taille pour Israël, qui veut à tout prix éviter de relâcher des personnalités palestiniennes qui sont des symboles pour la population palestinienne et de la lutte de libération du peuple palestinien. Le Hamas a poussé le plus possible pour obtenir la libération de Marwan Barghouti, sans résultat. Ce dernier est un leader du Fatah emprisonné à perpétuité depuis plus de 20 ans en Israël, pour sa condamnation dans la planification d’attaques ayant tué cinq civils israéliens. Il a toujours clamé son innocence et nié la légitimité de cette condamnation. C’est une des figures nationales de la lutte pour la libération de la Palestine.

Autre figure politique palestinienne qu’Israël a refusé d’inclure dans la liste des prisonniers palestiniens libérés : Ahmed Saadat. Il est le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine depuis 2001. Arrêté en 2003, il est emprisonné depuis 2006 (année de son élection en tant que député lors des législatives palestiniennes) et purge depuis 2008 une peine de 30 ans d’emprisonnement. Israël lui impute en tant que chef du FPLP l’ensemble de ses actions, y compris militaires. 

Il n’en reste pas moins que la majorité des 250 prisonniers palestiniens détenus “‘pour des raisons de sécurité” étaient condamnés à des peines de plusieurs dizaines d’années d’emprisonnement. Leur libération ne s’est pas faite sans un certain nombre d’actes de violence et d’humiliation de la part de l’armée israélienne. L’agence de presse palestinienne WAFA rapporte ainsi un raid de l’armée sur la maison d’Ahmad Kaabneh, qui fait partie de ces prisonniers libérés. 

L’armée a également annoncé l’interdiction de célébrer le retour des prisonniers palestiniens et des chants à la gloire du Hamas à cette occasion. Des soldats israéliens ont d’après Al Jazeera “fait irruption au domicile d’Ayman al-Kurd, libéré aujourd’hui dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu à Gaza, et ont roué de coups son frère, lui causant des fractures et des contusions au nez et au pied. Les soldats ont également endommagé des biens et ont averti les familles des prisonniers libérés de ne pas organiser de célébrations.”

De nombreux médecins sont présents sur les lieux où les cars de prisonniers palestiniens sont arrivés après leur libération, un dispositif d’autant plus nécessaire quand on sait les conditions terribles et inhumaines de détention des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes. D’après le chercheur à l’université de Birzeit en Cisjordanie occupée Basil Farraj, “nous savons que depuis le 7 octobre, alors que la torture et la violence auront été systématiquement pratiquées dans les prisons israéliennes, ces prisonniers ont été soumis à une campagne brutale.” 

Pour lui, les libérations d’aujourd’hui “ne signifient pas la fin du combat”. Plus de 11.000 Palestiniens sont toujours détenus dans les geôles israéliennes, à l’ombre de la médiatisation éphémère de ces derniers jours. 

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