« Parle-moi quand tu seras mort » : témoignage de la prison de Ganot

L’Agence Média Palestine s’est entretenue avec Ben Marmarelli, avocat d’un prisonnier palestinien auquel il a rendu visite à la prison de Ganot le 19 octobre dernier.

Par l’Agence Média Palestine, le 21 octobre 2025


Le 19 octobre, l’avocat Ben Marmarelli a pu rendre visite à l’un de ses clients, incarcéré à Ganot, un centre de détention pour prisonniers palestiniens dans le désert du Néguev.

« Je n’ai parlé qu’a mon client, mais il y avait deux autres prisonniers dans la pièce, qui parlaient eux aussi à leurs avocats. Nous (les avocats) étions d’un côté, derrière une vitre, et on leur parlait par téléphone. D’où j’étais, je les ai vus arriver par un couloir, j’ai vu les soldats leur enlever un bandeau des yeux avant de les amener à nous. Tous avaient du mal à marcher. »

Le prisonnier, désorienté, lui explique qu’il a été sorti de sa cellule à six heures du matin, ligoté et les yeux bandés, et qu’il a dû attendre appuyé sur ses genoux jusqu’au moment de la visite de l’avocat. Il est 13 h15 lorsque celui-ci arrive à la prison.

« À chaque fois qu’ils sont sortis de leurs cellules, ils sont frappés. Quelle que soit la raison, en général ce sont les visites ou les audiences… Des visites d’avocats, bien sûr, ce sont les seules qu’on leur autorise, ils n’ont aucune visite de leurs familles. »

 Des traitements aggravés depuis le 7 octobre

L’avocat nous raconte que ce que son client lui a rapporté l’a décidé à déposer un recours auprès du tribunal administratif dénonçant « le comportement criminel du service pénitentiaire, qui dure depuis au moins le 7 octobre 2023, dans le cadre duquel le Service pénitentiaire abuse du requérant, de ses codétenus et, semble-t-il, de tous les autres prisonniers de sécurité détenus en Israël, en violation de la loi, de la jurisprudence, y compris la dernière décision de la Cour suprême dans l’affaire 2858/24, et d’une manière générale des principes fondamentaux de tout système démocratique. »

Le prisonnier, qui purge une peine de 30 ans dont il a effectué 23 années, affirme que les traitements abusifs de l’autorité pénitentiaire dont il fait l’objet ont dramatiquement et systématiquement empiré depuis le début du génocide à Gaza.

Le 7 octobre 2023,  les gardiens de prison du défendeur sont entrés dans les cellules et ont pris tous les effets personnels des prisonniers.

Le prisonnier dénonce des privations de nourriture, estimant avoir perdu au moins 30 kilos en deux ans. Son avocat dit avoir constaté sa maigreur lors de plusieurs visites au cours des deux dernières années, que son corps présentait des ecchymoses et des signes de mauvais traitements. 

Les détenus de la prison de Galot sont contraints de dormir à 11 dans des cellules pour 6, avec des matelas au sol et aucune couverture. La fenêtre n’a pas de vitre, seulement des grilles, et laisse passer un froid dont les prisonniers ne peuvent pas se protéger.

 Ils ne disposent que d’un seul sous-vêtement, devant choisir entre le laver ou le porter. Le manque d’hygiène et de vêtements chauds les exposent aux maladies, quand aucun traitement médical ne leur est accordé quel qu’en soit la raison. 

« Le requérant souffre de divers problèmes de santé, notamment d’une grave blessure à l’œil et de shrapnel * dans le corps, et il ne reçoit aucun soin » explique Ben Marmarelli, « sous aucune forme et dans aucune circonstance. Si quelqu’un était sur le point de mourir et demandait au gardien de l’aide, le garde lui répondra : ‘Parle-moi quand tu seras mort’. »

La requête de l’avocat, déposée hier, conduira à une audience sous deux semaines. L’avocat y rappelle les principes fondamentaux du droit israélien lui-même : « Article 2 : Nul ne peut porter atteinte à la vie, à l’intégrité physique ou à la dignité d’une personne, quelle qu’elle soit. Article 5 : Toute personne a droit à la protection de sa vie, de son intégrité physique et de sa dignité. »

Si 1 968 Palestinien-nes ont été libéré-es des prisons israéliennes lors de l’échange de prisonnier-es dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu le 15 octobre dernier, plus de 9 100 Palestinien-nes sont encore emprisonné-es en Israël, dont 3 544 au titre de la « détention administrative »,sans aucune charge existante ni procès.

*Shrapnel :  obus rempli de balles, qu’il projette en éclatant.

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut