La situation en Cisjordanie continue de s’aggraver. Entre raids de l’armée et attaques des colons, les Palestiniens vivent dans un climat de terreur quotidien. Depuis deux semaines, ils sont empêchés d’accéder à leurs champs d’oliviers pour la récolte annuelle.
Par RM pour l’Agence Média Palestine, le 27 octobre 2025.

Vendredi 24 octobre. Aux alentours de Bethléem, une agricultrice palestinienne se rend sur ses terres d’oliviers pour la récolte. Alors qu’elle arrive à proximité de son champ, elle est arrêtée par des soldats israéliens et un colon. Dans une vidéo publiée par Al Jazeera, Jameela Shakarneh raconte : “Ils m’ont dit vous ne pouvez pas aller là, c’est interdit. Je leur ai dit si, je peux, ce sont mes terres.” C’est alors que son beau-fils est intervenu, pour empêcher les soldats de lui faire du mal. Comme on peut le voir dans la vidéo diffusée, les soldats et le colon israéliens se sont alors mis à le frapper.
La destruction des oliviers, une politique structurelle
Cette attaque résonne une nouvelle fois comme un acte presque banal dans le quotidien des Palestiniens vivant en Cisjordanie. Depuis deux semaines, les soldats et colons israéliens tentent par tous les moyens d’empêcher la récolte des olives. D’après +972, plus de 150 attaques de colons ont eu lieu sur cette période afin de perturber ces récoltes pourtant nécessaires à la survie des habitants dans ces zones agricoles.
Hier encore, 80 oliviers ont été abattus par des colons au nord-est d’Hébron, dans la ville de Sa’ir. D’après l’agence de presse palestinienne Wafa, “des groupes armés des colonies d’Asfar et de Kodu Fim ont abattu des arbres à la scie électrique”. Au début du mois, des colons des mêmes groupes avaient détruit plus de 200 oliviers et 100 amandiers dans la même zone. Ces destructions s’inscrivent “dans une série d’attaques visant à déplacer les habitants de leurs terres au profit de l’expansion coloniale”.
Déplacer les habitants de leurs terres, et les priver d’un de leurs principaux moyens de subsistance. C’est cela aussi la réalité des sabotages de cultures d’oliviers en Cisjordanie. Les colons et l’armée israélienne s’en prennent directement à un des poumons de l’économie locale. La récolte des oliviers est en effet une des saisons déterminantes pour des milliers de ménages dans les territoires palestiniens occupés. Leurs revenus dépendent en grande partie de la viabilité des récoltes. En Cisjordanie, 12 millions d’oliviers sont plantés sur 45% des terres agricoles. D’après le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, l’industrie de l’huile d’olive représente ¼ du revenu agricole brut des territoires occupés. Toujours d’après des chiffres de l’ONU, la culture des olives est la première ou seconde source de revenus pour 80 000 à 100 000 familles en Cisjordanie.
Samedi dernier, des colons ont aspergé des fermiers de bombe à poivre à Kafr Malek près de Ramallah, blessant plusieurs personnes. A Beit Hawwa, au sud-ouest d’Hébron, les forces israéliennes ont tiré des gaz lacrymogènes et des bombes sonores sur d’autres fermiers, qui tentaient de rejoindre leurs terres agricoles dans la zone d’Al Baqa’a. Au même moment, dans des villages au sud de Naplouse, des colons israéliens armés et accompagnés de chiens ont frappé des agriculteurs et confisqué leurs outils. D’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les colons israéliens ont ciblé des propriétés palestiniennes plus de 2400 fois ces deux dernières années.
Opérations militaires et raids pour installer la terreur
Derrière l’impact économique et symbolique de la destruction des champs d’oliviers, les attaques à répétition des colons et soldats israéliens à l’encontre des Palestiniens installent un climat de peur permanent. Une politique volontaire qui vise à faire fuir ces derniers de leurs terres.
Ce lundi 27 octobre seulement, les forces d’occupation israéliennes ont démoli deux maisons près de Jéricho, dans le village de Marj Ghazal. Au nord de Jérusalem, les autorités ont forcé un Palestinien à détruire sa propre maison. A Qalqilya, Naplouse et Deir Ballut des maisons ont également été détruites. Entre le 7 octobre 2023 et le 5 octobre 2025, les forces israéliennes ont organisé 1014 opérations de démolition “touchant 3 679 structures, dont 1 288 maisons habitées, 244 maisons inhabitées et 962 structures agricoles et autres”, d’après Wafa.
Les opérations menées par les autorités israéliennes et les colons se soldent souvent par la mort de Palestiniens. Depuis le 7 octobre, plus de 1000 d’entre eux ont été tués par l’armée ou les colons en Cisjordanie, et plus de 10 000 blessés. Le raid organisé samedi dernier par l’armée à Beit Hawwa a gravement blessé un enfant de 15 ans. Il a reçu une balle assourdissante tirée délibérément par les forces d’occupation, alors qu’il quittait son domicile pour se rendre à l’école. Il est actuellement pris en charge à l’hôpital d’Hébron. Depuis le début de l’année, 40 enfants ont été tués par l’armée ou les colons israéliens en Cisjordanie. Ce chiffre représente 20% du total des victimes palestiniennes sur le territoire en 2025.
Les opérations militaires de l’occupation en Cisjordanie débouchent sur des morts, des blessés et aussi très souvent des arrestations. Ce lundi 27 octobre, 40 personnes ont été arrêtées dans une vaste opération lancée hier soir dans plusieurs villes des territoires palestiniens occupés comme Ramallah, Jéricho ou encore Hébron. Parmi elles se trouvent même un enfant et d’anciens prisonniers. D’après le Club des prisonniers, ces arrestations “ont été accompagnées de fouilles brutales, de perquisitions intensives et d’actes de maltraitance à l’encontre des habitants”.
Ce type de raids et d’opérations forment le quotidien des Palestiniens qui vivent sous l’occupation israélienne. A chaque fois, le schéma est similaire. Si les colons sont à l’initiative de l’attaque, l’armée israélienne intervient en renfort. Ce fut encore le cas ce weekend lors de l’assaut d’un groupe de colons israéliens sur le village d’Al Mughayyir, non loin de Ramallah. Ils ont attaqué des maisons et brûlé des voitures. Lorsque les habitants ont tenté de se défendre, l’armée israélienne est intervenue, en tirant des balles paralysantes et des bombes lacrymogènes.
D’après Nour Odeh, journaliste à Al Jazeera : “Les colons sont armés, dangereux et beaucoup d’entre eux servent dans l’armée, et c’est exactement pour cette raison que les organisations de défense des droits humains accusent l’armée israélienne de complicité.” Ces derniers seraient galvanisés par le gouvernement d’extrême droite de Netanyahu et ses déclarations. Pour elle, “les attaques visent à chasser les Palestiniens de leurs maisons, à créer un environnement où il est tout simplement intenable et dangereux de rester dans sa ville”.
En parallèle de cette multiplication des attaques en Cisjordanie, la Knesset a approuvé en première lecture la semaine dernière un projet de loi portant sur l’annexion totale de la Cisjordanie occupée. Portée notamment par les voix de politiques sionistes d’extrême-droite à l’image de Ben Gvir et Smotrich (tous deux ministres du gouvernement Netanyahu), ce projet devra encore passer par trois autres votes avant d’être approuvé.



