Jonathan Cook est un journaliste britannique indépendant. Collaborateur avec The Guardian ou encore Orient XXI, il publie régulièrement des articles d’analyse autour de la politique coloniale israélienne sur la plateforme Substack. Nous publions ici un extrait d’un article traduit de l’anglais.
Par Jonathan Cook, le 28 octobre 2025.

La semaine dernière, l’émission d’information américaine 60 Minutes a interviewé les deux hommes de confiance de Trump sur Gaza: son gendre Jared Kushner et son envoyé spécial Steve Witkoff.
Kushner a tenu à souligner l’ampleur des destructions causées par Israël, expliquant que la région semblait avoir été frappée par une bombe nucléaire.
Cela semblait être sa manière maladroite de souligner l’exploit accompli par Trump en mettant fin à cette orgie de violence – une campagne de destruction qui n’a bien sûr été rendue possible que grâce à l’approvisionnement incessant d’Israël en armement par les États-Unis.
Mais, le visage marqué par une panique grandissante, Kushner ne pouvait que regarder Witkoff révéler que le duo travaillait depuis deux ans sur un «plan directeur» pour la reconstruction de Gaza, bien avant que Gaza ne soit rasée par l’armée israélienne. «Jared a insisté pour que cela soit fait», a expliqué Witkoff.
Les analystes ont préféré qualifier l’ambition déclarée de Trump de «nettoyer» la population de Gaza et de construire un terrain de jeu pour les riches – une Riviera de Gaza – comme une sorte de réponse improvisée et irréfléchie à l’ampleur de la dévastation de l’enclave.
Mais Witkoff a laissé entendre quelque chose d’encore plus sinistre. L’équipe de Trump aurait été informée dès le début de la campagne de bombardements israéliens que l’intention était d’éradiquer Gaza, et non le Hamas. L’entourage de Trump s’est donc mis à élaborer un plan d’affaires pour tirer profit du carnage.
Gaza, qui a longtemps servi de laboratoire au complexe militaro-industriel occidental pour tester sur le terrain des armes et des technologies de surveillance, serait désormais reconvertie en le plus grand site de réaménagement au monde.
Comme l’a observé avec approbation Lesley Stahl, de 60 Minutes, à propos des hommes d’affaires Kushner et Witkoff: «Une partie du plan consiste à reconstruire, à bâtir, à rebâtir Gaza. Et vous êtes des bâtisseurs. Vous avez travaillé dans l’immobilier.»
La conclusion à tirer de la gaffe de Witkoff était claire: ce qui semblait dès le départ être une opération de nettoyage ethnique génocidaire n’était en fait rien d’autre que cela. L’équipe de Trump connaissait les intentions d’Israël et a commencé à conclure des accords, tant avec les États du Golfe riches en pétrole qu’avec l’Europe, selon Witkoff.
Le seul obstacle qui subsiste est la résistance armée à Gaza, que Washington est déterminé à désarmer.
Starmer, comme d’autres dirigeants occidentaux, s’est rallié aux psychopathes qui ont orchestré cette horreur depuis deux ans. Cela ne va pas disparaître. Ils sont déterminés à aller jusqu’au bout et à en récolter les fruits financiers.
Cela signifie que Starmer devra maintenir son histoire de couverture sur le «choc des civilisations» et continuer à enfoncer la politique britannique plus profondément dans ce discours qui divise.
Cela nécessitera de diaboliser davantage les minorités ethniques britanniques. Cela exacerbera les guerres raciales dans le pays.
Cela approfondira la polarisation de la politique britannique. Cela conduira à un affaiblissement toujours plus grand des droits démocratiques fondamentaux. Et, en fin de compte, cela ouvrira la voie à l’extrême droite dans le sillage de Farage.
Le séisme juridique et éthique que représente le génocide de Gaza n’allait jamais se limiter à Gaza. Ses répercussions sont tout simplement trop importantes. Comme le montre la polémique autour du Maccabi Tel Aviv, les ondes de choc pour la Grande-Bretagne ne feront que s’amplifier.
Jonathan Cook, 28 octobre 2025
Traduction : Thierry Tyler Durden pour l’Agence Média Palestine
Source : Substack



