Les journalistes de Gaza rapportent, ce matin encore, une forte activité militaire israélienne, y compris au-delà le la « ligne jaune » délimitant les zones de contrôle israélien, soit en violation de l’accord de cessez-le-feu en vigueur.
Par l’Agence Média Palestine, le 4 novembre 2025

« Des témoins oculaires ont rapporté des tirs d’artillerie constants et une campagne de destruction des maisons encore debout à Khan Younis. Des fermes et des maisons sont détruites dans les quartiers est de la ville de Gaza », déclare ce matin Tareq Abu Azzoum sur Al Jazeera. « Nous entendons également des drones et des avions de combat depuis tôt ce matin. Ces activités sont interdites par les termes de l’accord de cessez-le-feu, mais l’armée israélienne affirme qu’elles visent à éliminer les menaces potentielles qui pourraient encercler les troupes israéliennes au-delà de la ligne jaune. »
Une personne a été tuée et une autre blessée par un quadricoptère israélien, qui a ouvert le feu ce matin sur le quartier de Tuffah, à l’est de la ville de Gaza. La personne blessée a été transportée à l’hôpital Al-Ahli, mais les secours n’ont pas pu récupérer l’autre corps en raison des tirs incessants dans la zone. Un second Palestinien a été assassiné ce matin dans le nord de Gaza, à Jabalia, par des tirs de l’armée israélienne.
Plusieurs raids et frappes aériennes sont rapportées à Khan Younis, ainsi que des explosions dans la ville de Gaza, détruisant des habitations civiles. Des tirs d’artillerie israélienne ont également été rapportés dans le camp d’Al Bureij, dans le centre de l’enclave palestinienne.
Cinq prisonniers palestiniens libérés…
Dans une rare scène de joie hier soir à Gaza, cinq prisonniers palestiniens ont été accueillis à Gaza par leurs familles après avoir été libérés de manière inattendue par Israël. Les habitant-es rapportent d’émouvantes retrouvailles, mais certain-es Palestinien-nes sont rentrés chez eux le cœur brisé, n’ayant pas retrouvé leurs proches parmi les personnes libérées.
« C’est la première fois depuis le cessez-le-feu que les forces israéliennes libèrent des prisonniers palestiniens inconnus », explique Hind Khoudary sur Al Jazeera. Des milliers de Palestiniens restent emprisonnés en Israël, beaucoup d’entre eux étant détenus sans inculpation dans le cadre de ce que les groupes de défense des droits humains qualifient de détention arbitraire. Les cinq hommes libérés lundi soir ont été emmenés à l’hôpital Al-Aqsa de Deir el-Balah pour y subir des examens médicaux.
Plus tôt dans la journée, Israël a restitué, conformément aux dispostions de l’accord de cessez-le-feu, les dépouilles de 45 Palestinien-nes, portant à 270 le nombre total de corps restitués. Seuls 78 ont jusqu’à présent pu être reconnus et enterrés par leurs proches.
Les efforts des équipes médico-légales pour les identifier et les restituer à leurs familles se poursuivent difficilement, car les corps sont restitués par Israël sans aucune identification et nombre d’entre eux portent des traces de torture et d’abus, sont souvent défigurés, les yeux bandés et les mains liées.
… Six palestiniens assassinés
Malgré le « cessez-le-feu », Israël continue de mener des attaques meurtrières. Outre le meurtre perpétré ce matin, l’armée israélienne a assassiné hier trois Palestinien-nes au nord de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Dimanche, un autre Palestinien a été assassiné dans une attaque de drone dans le quartier de Shujayea dans la ville de Gaza, où l’armée israélienne procédait à des destructions de bâtiment.
L’armée israélienne, sans reconnaître directement les faits, affirme avoir mené des frappes lorsque des Palestinien-nes auraient traversé la « ligne jaune » délimitant le périmètre contrôlé par Israël. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées, et il n’est pas prouvé que ces frappes soient les mêmes que celles imputables aux meurtres de ces cinq Palestinien-nes.
Le ministère de la Santé de Gaza estimait lundi que les forces israéliennes avaient tué au moins 236 Palestinien-nes et blessé 600 autres depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le mois derniers.
Il a déclaré que les corps de 502 Palestinien-nes avaient également été retrouvés sous les décombres des maisons et des bâtiments détruits depuis la trêve, portant le nombre total de morts de la guerre menée par Israël à 68 856 personnes.
75 000 réfugié-es abrités par l’UNRWA
À Gaza, plus de 81 % des bâtiments ont été détruits, et le matériel nécessaire aux travaux de reconstruction continue d’être bloqué par les restrictions israéliennes. Des milliers de Palestinien-nes vivent dans des tentes, exposé-es aux intempéries de plus en plus menaçantes avec le retour de l’hiver.
Certain-es tentent de fabriquer des abris de fortune avec les matériaux qu’ils et elles trouvent parmi les gravats, comme le raconte Khalil al-Dahdoud, un père de famille à Gaza, sur Al Jazeera : « Nous avons essayé de reconstruire parce que l’hiver approche. Nous avons réussi à poser quelques rangées de briques, mais nous n’avons ni tente ni rien d’autre. Nous avons donc construit une structure primitive en boue, car nous n’avons pas de ciment. Comme vous pouvez le voir, elle nous protège du froid, des insectes et de la pluie, contrairement aux tentes. »
« Nous essayons simplement de survivre au froid et à la faim. Qu’il y ait un cessez-le-feu ou non, Gaza est toujours sous le feu des attaques », ajoute-t-il.
L’UNRWA indique ce matin que plus de 75 000 réfugié-es sont actuellement pris en charge dans ses abris, décrits comme « endommagés et surpeuplés ». Ces centres, installés en urgence dans d’anciennes écoles ou bâtiments gérés par l’agence de l’ONU, fonctionnent largement au dessus de leurs capacités, alors que des milliers de Palestinien-nes sont sans abri après deux ans de destructions israéliennes.



