Le footballeur palestinien Mohammed Bassim Rashid décrit les souffrances du football palestinien sous l’occupation et l’apartheid, tandis que les équipes issues des colonies israéliennes jouent librement.
Mohammed Bassim Rashid, le 5 novembre 2025

Je suis un footballeur professionnel palestinien. J’ai joué avec trois clubs de Première League palestinienne et j’ai disputé près de cinquante matchs avec l’équipe nationale masculine de Palestine, pour qui j’ai marqué deux buts. Je suis extrêmement fier de pouvoir représenter le peuple palestinien dans les compétitions internationales.
Mais ma patrie est illégalement occupée et opprimée par Israël depuis des décennies. Nous vivons sous un système de ségrégation raciale que la Cour internationale de justice (CIJ) a qualifié, l’année dernière, de crime contre l’humanité relevant de l’apartheid. Nous subissons chaque jour les attaques d’Israéliens armés, colons ou soldats.
Le sport ne fait pas exception. Au début de ma carrière, l’équipe des jeunes du Shabab Al-Bireh Club dans laquelle je jouais a été à plusieurs reprises la cible d’agressions et d’attaques de l’armée israélienne, en raison de la proximité du club avec la colonie israélienne illégale de Psagot. Les forces israéliennes tiraient fréquemment des gaz lacrymogènes sur nous pendant les entraînements.
Lors du match final du Championnat de Palestine 2023 contre le Balata Refugee Camp Club alors que je jouais pour le Jabal Al-Mukaber Club, l’armée israélienne a pris d’assaut les environs du stade Faisal Al-Husseini. Les forces israéliennes ont tiré des gaz lacrymogènes à l’intérieur même du stade à la 70ᵉ minute, forçant l’interruption du match pendant une demi-heure, tandis que de nombreux joueurs et supporters souffraient d’asphyxie.
Le football israélien est profondément impliqué dans les violations du droit international commises par Israël.
L’Association israélienne de football (IFA) administre, au nom d’au moins six clubs actuellement engagés dans ses championnats, des équipes basées dans des colonies israéliennes illégales situées sur le territoire palestinien occupé.
Ces clubs s’inscrivent dans la stratégie à grande échelle d’Israël visant à normaliser et à consolider l’occupation militaire et l’apartheid. Ils enfreignent à la fois le droit international et les propres règles de la FIFA.
L’article 64.2 des statuts de la FIFA stipule par exemple que « les associations membres et leurs clubs ne peuvent pas jouer sur le territoire d’une autre association membre sans l’accord de cette dernière ».
Pour la Commission d’enquête des Nations unies, pour plusieurs organisations de défense des droits humains, ainsi que des groupes d’éminents juristes et de spécialistes du génocide, Israël commet un génocide dans la bande de Gaza depuis octobre 2023.
Selon le Comité Olympique palestinien et l’Association palestinienne de football, depuis cette date, pas moins de 800 sportifs palestiniens, dont au moins 400 footballeurs, ont été tués lors des attaques israéliennes.
Pour ajouter une insulte à la blessure génocidaire, l’Association israélienne de football (IFA) vient de créer une nouvelle « Ligue des réservistes », composée de soldats israéliens ayant participé au génocide à Gaza.
Les forces israéliennes ont détruit des stades et des clubs sportifs dans toute la bande de Gaza. En janvier 2024, une vidéo montrait des troupes israéliennes utilisant le stade Yarmouk à Gaza-Ville comme camp de détention pour des prisonniers palestiniens, transformant cet espace de joie et d’encouragement en un lieu d’horreur et de torture.
En janvier 2024 toujours, l’armée israélienne démolissait une grande partie du stade qui abritait le Gaza Sport Club.
Certains terrains de football de la bande de Gaza ont également dû être utilisés comme lieux de sépulture, le nombre de morts et l’ampleur des destructions ayant dépassé la capacité des cimetières existants.
Au total, Israël a détruit ou endommagé 288 infrastructures sportives palestiniennes.
Beaucoup de nos sportifs luttent pour leur simple survie, peinant à se nourrir alors qu’Israël bloque l’acheminement de l’aide humanitaire.
Face à cette situation désespérée, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu le mois dernier une décision exigeant une augmentation de la quantité d’aide autorisée à entrer dans Gaza, rappelant que l’utilisation de la famine comme méthode de guerre est interdite par le droit international.
Alors qu’il attendait une aide humanitaire pour sa famille de cinq enfants, Suleiman Obeid, surnommé le « Pelé palestinien », a été abattu par les forces israéliennes à Gaza en août.
Telle est la situation du football palestinien, et pourtant, jusqu’à présent, ni la FIFA ni l’UEFA ( Union européenne des associations de football ) n’ont pris de mesures pour interdire aux équipes nationales et aux clubs israéliens de participer aux compétitions internationales ou européennes.
Lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en 2022, il a suffi de quatre jours à la FIFA pour interdire à la Russie de participer aux compétitions, et pour déclarer : « Le football est pleinement uni ici et solidaire de toutes les personnes touchées en Ukraine. »
Pourtant, l’occupation illégale de longue date par Israël des territoires palestiniens et l’ampleur de la destruction et des massacres dans la bande de Gaza n’ont pas incité les instances du football à soumettre au vote, a minima, l’exclusion d’Israël.
Quand des équipes israéliennes comme le Maccabi Tel-Aviv sont autorisées à participer aux compétitions européennes, malgré leur longue histoire de supporters racistes et fanatiquement violents, et malgré le soutien du club à l’armée israélienne dans le cadre d’un génocide, nous ne pouvons que constater la politique du deux poids, deux mesures des autorités du football.
Le match contre Aston Villa ne devrait pas avoir lieu du tout, avec ou sans supporters israéliens.
Le monde du football ne doit pas normaliser l’oppression que nous, Palestinien·nes, subissons. Il doit reconnaître qu’il ne peut être question de fair-play avec des équipes venues d’un Israël pratiquant le génocide et l’apartheid. Tout comme l’Afrique du Sud sous l’apartheid avait été en son temps suspendue de la FIFA, Israël doit l’être également du fait de son régime d’apartheid.
L’Association palestinienne de football réclame depuis longtemps l’exclusion d’Israël des compétitions sportives internationales, à poser comme une mesure essentielle de responsabilisation face à l’oppression que nous subissons. Nous savons que les supporters de football du monde entier soutiennent notre appel, mais nous avons besoin que les instances du football nous écoutent enfin. La FIFA et l’UEFA doivent agir dès maintenant pour empêcher ce match et exclure toutes les équipes israéliennes des compétitions futures.
Mohammed Bassim Rashid est un footballeur professionnel palestinien qui a joué 48 fois pour l’équipe nationale de Palestine. Il évolue au poste de milieu de terrain défensif au sein du club East Bengal, en Indian Super League, ainsi que pour l’équipe nationale palestinienne.
Traduction : CB pour l’agence Média Palestine
Source : The New Arab



