Trois journalistes palestinien-nes de l’AFP témoignent dans ce documentaire poignant de leur quotidien et de leurs conditions de travail à Gaza, dans les premiers mois qui ont suivi le 7 octobre 2023. Le film, réalisé par Hélène Lam Trong, lauréate du prix Albert Londres en 2023, a été diffusé sur Arte le mardi 2 décembre dernier. Il est toujours disponible sur la plateforme de la chaîne.
Par l’Agence Média Palestine, le 8 décembre 2025.

Gaza. Le 7 octobre 2023, Maï Yaghi, Mahmud Hams et Adel Zaanoun sont dans la bande de Gaza. Ils ne savent pas encore ce qui va se passer dans les heures et les jours qui suivront, ni de l’enfer qui les attend.
Ces trois journalistes palestiniens qui travaillaient à l’époque pour l’Agence France Presse (AFP), sont aujourd’hui en exil dans différents pays.
Documenter un génocide dans son propre pays
Dans ce documentaire, ils racontent dans de longs entretiens enrichis d’images exclusives, leur quotidien et les difficultés, pour eux, à travailler dans les premiers jours du génocide.
En effet, comment continuer à exercer son métier et informer les gens lorsque l’on doit dans le même temps prendre soin de sa famille, et faire attention à la mort qui peut frapper à tout instant ?
Entre réflexions personnelles et constat amer liés à cette impossibilité de travailler correctement, le documentaire met aussi en exergue ce tiraillement entre la volonté de mettre à l’abri sa famille et de mener une mission d’information cruciale pour donner à voir au monde l’étendue de la cruauté des exactions israéliennes dans la bande de Gaza.
Adel Zaanoun, chef du bureau de l’AFP à Gaza, a fui le territoire en mars 2024. Il vit désormais à Chypre, où il continue de couvrir l’actualité du génocide.
Il raconte dans le documentaire cette volonté de couvrir les événements alors que très tôt Israël a tenté d’imposer un black-out médiatique, interdisant aux journalistes d’accéder à la bande de Gaza.
Comme il l’explique avec émotion, il a dès lors ressenti le poids énorme de cette responsabilité d’informer le public sur ce qui se passait dans son pays, ce génocide qui allait tuer des dizaines de milliers de personnes. Pour avoir un impact, pour éviter l’indifférence générale et lutter contre ce terrible sentiment d’impuissance.
Deux ans de black-out médiatique
Dans la bande de Gaza, les journalistes sont interdits d’accès depuis les premiers jours qui ont suivi l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Une situation inédite pour un terrain de guerre. C’est la première fois que l’information est à ce point limitée dans le cadre d’un conflit. Dès lors, l’accès à une information fiable dépendait uniquement du travail des journalistes palestiniens sur place, qu’Israël a délibérément visé à maintes reprises.
D’après Nasser Abou Bakr, président du Syndicat des journalistes palestinien-nes, plus de 255 journalistes ont été tués dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, soit 18% des journalistes présents dans l’enclave palestinienne.
Mercredi 26 novembre, une plainte a été déposée par le Syndicat National des Journalistes (SNJ) et par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) auprès du Parquet national antiterroriste pour “ entrave à la liberté d’exercer le journalisme ” ainsi que pour crimes de guerre contre des journalistes français.
Interrogée par France info, une des deux avocates ayant rédigé la plainte, Louise El Yafi, témoigne : “ C’est un blocage qui est à la fois organisé, systématique et prolongé. C’est d’autant plus inédit que les journalistes palestiniens sur place, eux-mêmes, travaillent dans des conditions extrêmement dangereuses, ce qui crée un black-out sans précédent dans une zone de guerre qui fait l’actualité. ”
C’est aussi cela que raconte le documentaire “ Dans Gaza ”, faire porter de facto la responsabilité de la couverture d’un génocide sur des journalistes qui en sont eux-même victimes, et dans le même temps remettre leur parole en doute car pas assez subjectif, trop éloignés de la neutralité représentée par les journalistes occidentaux.
Le documentaire “ Dans Gaza ” est accessible en replay en cliquant sur ce lien.



