Regavim : Le nouveau point de contrôle frontalier israélien à Rafah véhicule un message codé en faveur de l’annexion

Le nom de l’installation militaire israélienne au poste-frontière de Gaza avec l’Égypte est lié à un hymne sioniste et à une ONG pro-colons, signalant un changement, selon des analystes, d’un contrôle sécuritaire vers une appropriation territoriale de type Cisjordanie et une déshumanisation des Palestinien.nes.

Les forces israéliennes à un point de contrôle à Rafah, à Gaza, qui vérifient l’identité des Palestinien.nes qui entrent par rapport aux listes et inspectent leurs bagages. [ Handout militaire israélien]

Par Mohammad Mansour, le 2 février 2026.

Le poste-frontière de Rafah entre Gaza et l’Égypte a partiellement rouvert pour quelques Palestinien.nes après une fermeture de 18 mois, accompagnée d’une restriction supplémentaire pour contrôler le mouvement des personnes de retour. L’armée israélienne a installé un point de contrôle appelé Regavim dans une zone sous son contrôle à l’extérieur du poste-frontière pour ceux qui entrent à Gaza depuis l’Égypte.

Alors que les premiers flux d’humanité franchissaient les portes lundi, des documents militaires israéliens officiels lui ont donné un nom qui indique que l’installation n’est plus traitée comme un poste-frontière mais comme une opération de contrôle de la population.

Dans un communiqué officiel publié sur son site web dimanche, l’armée israélienne a annoncé l’achèvement de ce qu’elle appelle le « Regavim Inspection Nekez ».

Bien que l’armée israélienne présente ce langage technique comme routinier, des analystes ont déclaré à Al Jazeera que le choix des mots « Regavim » et « Nekez » indique les intentions à long terme d’Israël.

Al Jazeera s’est entretenu avec des experts des affaires israéliennes qui ont soutenu que ces termes révèlent une double stratégie : invoquer la nostalgie sioniste pour revendiquer la terre tout en utilisant des termes d’ingénierie pour déshumaniser le peuple palestinien.

Code historique : « Motte après motte »

Pour l’analyste Mohannad Mustafa, le nom Regavim n’est pas aléatoire ; c’est un déclencheur idéologique délibéré destiné à résonner avec la base d’extrême droite du gouvernement israélien.

« En hébreu, Regavim signifie « mottes de terre » ou parcelles de terre arable », a expliqué Mustafa. « Mais ce n’est pas qu’un mot. C’est un déclencheur pour la mémoire collective sioniste de la rédemption de la terre. »

Le terme est inextricablement lié à la chanson et au poème sionistes pour enfants Dunam Po Ve Dunam Sham (Un Dunam Ici, un Dunam Là-bas) de Joshua Friedman, qui était un hymne pour le mouvement de colonisation précoce. Les paroles célèbrent l’acquisition de terres : « Un dunam ici et un dunam là-bas / Motte après motte (Regev ahar regev) / Ainsi nous rachèterons la terre du peuple. »

« En nommant officiellement le corridor de Rafah Regavim, l’armée envoie un message subliminal », a déclaré Mustafa. « Ils présentent leur présence à Gaza non pas comme une mission de sécurité temporaire mais comme une forme de « rachat de la terre » identique à l’idéologie des premiers pionniers. »

Code politique : Le « modèle de Cisjordanie »

Au-delà de la nostalgie historique, le nom a un lien direct avec les architectes actuels des politiques d’annexion d’Israël : le Mouvement Regavim.

Cette ONG d’extrême droite, cofondée en 2006 par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, a été la force principale derrière l’expansion du contrôle israélien en Cisjordanie occupée. Une enquête de 2023 du journal israélien Haaretz a détaillé comment l’organisation est essentiellement devenue « l’officier de renseignement » de l’État, utilisant des drones et des données de terrain pour cartographier et démolir les structures palestiniennes dans la Zone C, les 61 % de la Cisjordanie occupée sous contrôle israélien total.

Mustafa a soutenu que l’application de ce nom au poste-frontière de Rafah signale le transfert du modèle « d’administration civile » de la Cisjordanie vers Gaza.

« Cela suggère que Gaza n’est plus une entité séparée mais un territoire à gérer avec les mêmes outils utilisés pour empêcher la création d’un État palestinien en Judée et Samarie », a déclaré Mustafa, utilisant les termes israéliens pour la Cisjordanie.

Code opérationnel : Une « marque politique » et un « drain »

L’analyste Ihab Jabareen va plus loin avec le nom Regavim. Il a soutenu qu’il a évolué au-delà de sa signification linguistique pour devenir une « marque politique » moderne pour la droite des colons et est utilisé pour normaliser une présence israélienne à long terme.

Cependant, Jabareen a déclaré que l’utilisation du terme Nekez dans le communiqué militaire israélien présage un danger encore plus grand.

« Alors que Regavim fonctionne comme une marque politique, Nekez révèle l’état d’esprit froid et technique de l’armée », a déclaré Jabareen à Al Jazeera. « Un Nekez est un point de drainage. C’est un terme hydraulique utilisé pour gérer les eaux usées, les eaux de crue ou l’irrigation – pas pour traiter des êtres humains. »

Jabareen a soutenu que décrire un poste-frontière humain comme un « drain » reflète trois hypothèses glaçantes maintenant formalisées dans la doctrine militaire :

  1. Déshumanisation : « Le Palestinien n’est plus un citoyen. Il est une « masse fluide » ou un « flux » qui doit être régulé pour éviter le débordement », a déclaré Jabareen.
  2. La fin des négociations : « On ne négocie pas avec un drain. Rafah n’est plus une frontière politique soumise à la souveraineté. C’est un problème d’ingénierie à gérer. »
  3. Infrastructure, pas une frontière : « La sécurité est maintenant gérée comme un système d’égouts – purement technique, dépourvu de droits. »

« C’est plus froid et plus dangereux que la rhétorique de colonisation standard », a averti Jabareen. « Cela convertit la question politique de Gaza en une fonction technique permanente. »

Une formule pour un « contrôle silencieux »

Les deux analystes ont convenu que l’adoption officielle de ces deux termes pointe vers une réalité qui n’est ni un retrait complet ni une annexion déclarée.

« C’est une formule pour un « contrôle silencieux » », a expliqué Jabareen. « Israël n’a pas besoin de déclarer une colonisation immédiate pour contrôler le territoire. En traitant la terre comme « Regavim » (sol à détenir) et les gens comme un « Nekez » (un flux à filtrer), ils établissent une réalité à long terme où Gaza est un espace administré, jamais une entité indépendante. »

Mustafa a acquiescé : « Le nom « Regavim » dit aux colons : « Nous sommes revenus sur la terre. » Et la désignation officielle « Nekez » dit à l’establishment sécuritaire : « Nous avons la vanne pour activer ou désactiver le flux humain à volonté. » »

Traduction : LD pour l’Agence Média Palestine

Source : Al Jazeera 

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