Par l’Agence Média Palestine, le 19 février 2026
Le bilan réel des victimes du génocide à Gaza est encore loin d’être établi et sera sans aucun doute largement supérieur à tous les chiffres annoncés jusqu’à ce jour. La première étude de terrain indépendante des autorités locales, publiée le 18 février 2026 dans la revue « The Lancet Global Health », apporte un nouvel éclairage sur les difficultés en matière de comptabilité et estime la sous-évaluation du nombre de morts violentes dans le génocide à environ 35 %, voire 40 % en tenant compte des morts indirectes.

« Nous avons estimé à 75 200 le nombre de décès violents [entre 63 600 et 86 800 morts] entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, ce qui représente environ 3,4 % de la population de la bande de Gaza avant le conflit » peut-on lire dans les résultats de cette étude représentative de la population. Le chiffre du ministère de la Santé de Gaza pour cette période (49 090 décès violents) était inférieur de 34,7 % par rapport à l’estimation centrale du Lancet. Aux 75 200 mort·es estimé·es, il convient d’ajouter, selon cette étude, environ 8 450 morts « non violentes » (entre 4 500 et 12 500 mort·es estimé·es). Soit un total probable estimé à plus de 83 000 mort·es au terme des 15 premiers mois du génocide.
L’estimation la plus haute si on suit ces évaluations serait quant à elle de 99 300 morts·e à la date du 5 janvier 2025. Plus de 13 mois plus tard et 23 000 morts violentes supplémentaires officiellement recensées par les autorités de Gaza, l’estimation qui pourrait être faite aujourd’hui serait sans doute au moins proportionnellement supérieure, sans compter que l’étude s’arrête avant que l’état de famine n’ait été officiellement déclaré à Gaza.
La majorité des victimes sont les femmes, les enfants et les personnes âgées
L’étude publiée par le Lancet corrobore néanmoins la proportion des femmes et des enfants dans le nombre des victimes établi dès le départ par les autorités gazaouies. « Les femmes, les enfants (moins de 18 ans) et les personnes âgées (plus de 64 ans) représentaient 56,2 % […] de ces décès, soit un total de 42 200 décès […] », précise le texte.
Cette nouvelle enquête « sur la mortalité à Gaza » a été menée entre le 30 décembre 2024 et le 5 janvier 2025. Les enquêteurs ont interrogé 2 000 familles palestiniennes réparties sur le territoire de Gaza, pour obtenir une photographie représentative de la population de l’enclave. L’étude a été menée par 20 enquêteurs, affiliés au cercle de réflexion et de recherche Palestinian Center for Policy and Survey Research, dont le siège est à Ramallah, en Cisjordanie occupée.
Comme le rappelle le journal Le Monde, deux autres études, en janvier 2025 dans The Lancet et en octobre 2025 dans Population Health Metrics, ont permis de calculer la chute de l’espérance de vie dans l’enclave depuis octobre 2023 concluant à un effondrement de celle-ci de l’ordre de 35 ans. A titre de comparaison, la France avait vu l’espérance de vie chuter de 17 ans entre 1913 et 1918.
De nombreux paramètres sont à prendre en compte dans le décompte. D’une part, Israël poursuit son agression dans des violations flagrantes et répétitives de l’accord de cessez-le-feu proclamé le 11 octobre 2025, tuant plus de 600 Palestinien·nes depuis sa mise en œuvre officielle à cette date. Selon le dernier bilan publié par le ministère de la Santé de Gaza, publié sur son compte Telegram le 16 février 2026, le nombre de « martyrs » s’élèverait à 72 063. D’autre part, plusieurs milliers de personnes sont toujours portées disparues, leurs corps n’ayant pu être récupérés sous les décombres. Non identifiées formellement, ces victimes ne sont pas comptabilisées dans le bilan officiel des autorités gazaouies.
D’autre part, comme le relève les spécialistes en épidémiologie en temps de guerre, le nombre les décès indirects sont « de trois à quinze fois plus nombreux que les
décès directs ». Ces décès indirects sont attribuables aux conditions d’existence : manque de soin, malnutrition, famine, épidémie, manque d’hygiène… C’est ainsi que dès le 5 juillet 2024, le Lancet publiait une correspondance qui estimait (estimation basse de quatre morts indirectes pour une mort directe) le nombre réel de morts à Gaza à 186 000 alors que le bilan officiel à ce moment là était de près de 38 000 morts.
Dans l’interprétation de l’étude publiée le 18 février 2026, le Lancet précise : « Cette première enquête indépendante sur la mortalité dans la bande de Gaza révèle que le nombre de décès violents dépasse largement les chiffres officiels, tandis que la composition démographique des victimes correspond aux données du ministère de la Santé. Le nombre de décès non violents en excès, bien que conséquent, est inférieur à certaines projections. Ces résultats démontrent la faisabilité de la surveillance de la mortalité dans les zones de conflit actif et fournissent des données empiriques essentielles pour évaluer le véritable coût humain du conflit. »



