Liban, Iran : Israël veut imposer la « doctrine Gaza »  pour écraser toute résistance au Moyen-Orient

Par Meriem Laribi, pour l’Agence Média Palestine, le 9 mars 2026

Usage disproportionné de la force, déplacements forcés de la population en masse, bombardements indiscriminés, utilisation du phosphore blanc : Israël semble déterminé à écraser toutes les poches de résistance au Moyen-Orient, et pour ce faire à pratiquer la stratégie de la punition collective sur les populations civiles. Objectif : traumatiser durablement.

« Très bientôt, Dahiya ressemblera à Khan Younis », a déclaré le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, présent à la frontière libanaise la semaine dernière. Dahiya est une banlieue de Beyrouth. De son nom est tirée la « doctrine Dahiya ». Aux antipodes des règles de la guerre telles qu’inscrites dans le droit international, il s’agit d’une doctrine militaire israélienne qui prône un usage disproportionné de la force contre des zones civiles considérées comme bases d’attaques du Hezbollah. La doctrine consiste à ne plus faire de distinction entre cibles civiles et militaires. Dahiya Janoubyé, cette banlieue sud de Beyrouth avait été rasée par Israël lors de la guerre de 2006. Aujourd’hui, Israël veut faire de Dahiya la nouvelle Gaza. Après avoir eu les mains libres pour anéantir l’enclave palestinienne, Israël applique désormais la doctrine Gaza à Dahiya et à tout le Liban, attestant d’une radicalisation supplémentaire d’Israël envers les peuples de la région. « Pendant des années, Israël a appliqué la “doctrine Dahiya” à Gaza. Aujourd’hui, il applique la “doctrine Gaza” à Dahiya — et à Téhéran », résume Faris Giacaman, analyste géopolitique et directeur éditorial du site Mondoweiss.

L’armée israélienne a ordonné l’évacuation du quartier sud de Dahiya, qui abrite plus de 500 000 habitant.es. Des ordres d’évacuation similaires ont été annoncés dans tout le sud du Liban. Sur place, la situation est catastrophique. Actuellement présente à Beyrouth, la romancière et essayiste libanaise Dominique Eddé, jointe par l’Agence Média Palestine, raconte : « La dominante est à la détresse parmi les centaines de milliers de déplacés sommés de quitter leurs maisons. Comble du malheur : ils ne sont plus accueillis par leurs compatriotes comme ils l’ont été lors de la précédente guerre. Ils sont souvent rejetés. Un nombre effroyable d’entre eux est maintenant dans les rues. » Un dénuement qui rappelle la situation subie jusqu’à ce jour par des centaines de milliers de Gazaoui.es.

En Iran, comme le note l’analyste politique suédois d’origine iranienne Trita Parsi, il y a également des « similitudes entre les bombardements israéliens sur Gaza et sur Téhéran ». Et de donner un exemple : « Dans les deux cas, il semble qu’Israël utilise l’IA sans aucun contrôle humain. Par exemple, Israël a bombardé un parc à Téhéran appelé “Parc de la police”, qui n’a rien à voir avec la police. Mais il semblerait que l’IA l’ait identifié comme une cible, étant donné qu’Israël bombarde tous les bâtiments liés au gouvernement. Personne en Israël n’a pris la peine de vérifier et de découvrir qu’il ne s’agit que d’un parc. »

Dans un message publié le 1er mars sur X, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, fait clairement référence à une stratégie impliquant des frappes sur des cibles « très visibles » dans les zones civiles de Téhéran. Ainsi que le rapporte le site Drop Site News, le correspondant militaire israélien Doron Kadosh avait précédemment fait savoir que des documents de planification internes décrivaient un « plan tornade » contre la capitale iranienne.  Approuvé le 29 mai, ce plan prévoyait d’attaquer « une concentration de cibles à forte visibilité en milieu civil, au cœur de Téhéran ».

Comme le souligne Faris Giacaman, le commentaire de Smotrich souligne une « vérité fondamentale » sur la nature crue de cette nouvelle guerre : « il ne s’agit pas d’un conflit entre des États et des groupes politiques, mais d’une guerre entre des sociétés. » L’analyste estime que les véritables lignes de fracture entre ces sociétés se situent entre celles qui « résistent à la domination étrangère, celles qui l’acceptent et celles qui cherchent à dominer ». La punition collective israélo-étasunienne contre les populations libanaise et iranienne visent ainsi à traumatiser ces sociétés en profondeur, afin qu’elles se détournent de toute velléité de résistance. Les roquettes lancées par le Hezbollah après l’assassinat du guide suprême iranien n’ont pas fait de mort en Israël. Israël a immédiatement tué près de 400 Libanaises et Libanais, dont plus de 83 enfants, et déplacé des centaines de milliers d’habitant.es.

« C’est toute une nation qui est responsable », avait déclaré le président israélien Isaac Herzog le 12 octobre 2023 à propos de Gaza. « Ce que nous faisons à Gaza, nous savons le faire à Beyrouth », avait embrayé un mois plus tard le ministre de la Défense Yoav Gallant. Nous y sommes.

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut