Le déplacement des civil·es au Liban par Israël constitue un possible crime de guerre

Les tactiques israéliennes d’expulsion massive de civil·es libanais·es risquent de violer directement le droit international.

Par Nadia Hardman, le 23 mars 2026

Des personnes fuyant les bombardements israéliens sont bloquées dans des embouteillages sur la route de Saïda, au Liban, le 23 septembre 2024. AMR ABDALLAH DALSH / REUTERS

Les attaques israéliennes au Liban — et la menace d’autres à venir — ont contraint plus d’un million de personnes à fuir leurs foyers. Cela représente près d’un cinquième de la population totale d’un pays qui accueille déjà le plus grand nombre de réfugié·es par habitant·e au monde.

Depuis deux ans, Human Rights Watch (HRW) documente les stratégies de déplacement d’Israël dans les territoires palestiniens occupés, qui ont forcé les habitant·es de camps de réfugié·es et de quartiers entiers à fuir, souvent sous la menace immédiate de frappes aériennes ou d’opérations militaires en cours. Nous voyons aujourd’hui les mêmes tactiques déployées au Liban. Les ordres d’évacuation israéliens visent de vastes zones de la population à majorité chiite dans le sud du Liban et la banlieue sud de la capitale, Beyrouth — soit environ 15 % du territoire libanais. Les habitant·es ont cherché refuge chez des ami·es et des proches, dans des abris gérés par le gouvernement, ou se sont tout simplement installé·es le long du littoral de Beyrouth, elle-même visée par une récente frappe israélienne.

Les lois de la guerre stipulent que les civil·es ne peuvent être contraint·es de quitter leurs foyers qu’en cas de nécessité militaire impérative ou lorsque la sécurité de la population est en danger. L’évacuation doit être temporaire, et les personnes doivent être autorisées à rentrer dès la fin des hostilités. En bref, la guerre n’est pas une licence pour expulser des peuples de leurs terres.

À Gaza, l’armée israélienne a déplacé de force la quasi-totalité de ses deux millions d’habitant·es grâce à un système d’évacuation qui exposait directement les personnes au danger, en les poussant vers des enclaves de plus en plus réduites. En Cisjordanie occupée, début 2025, l’opération « Iron Wall » de l’armée israélienne a conduit au nettoyage ethnique de 32 000 Palestinien·nes dans trois camps de réfugié·es — le déplacement le plus massif dans la région depuis 1967. Ces personnes restent aujourd’hui interdites d’accès à leurs foyers par l’armée israélienne, ou empêchées de retourner à l’emplacement de leurs maisons que les autorités israéliennes ont démolies.

Dans le sud de la Syrie, où Israël occupe une partie du territoire, HRW a constaté que les forces israéliennes se sont livrées à toute une série d’abus contre les résident·es, notamment des déplacements forcés, la saisie et la démolition de maisons, et l’interdiction faite aux habitant·es de rentrer chez eux·elles.

Tant à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël a affirmé cibler des militant·es palestinien·nes et leurs infrastructures. Mais cela ne justifie pas un déplacement massif de la population civile. Israël est tenu d’envisager des alternatives : le déplacement de masse est une mesure de dernier recours, et les autorités n’ont pas démontré, ni à Gaza ni en Cisjordanie, qu’elles avaient exploré d’autres moyens d’atteindre leurs objectifs militaires, ni que tout déplacement serait temporaire.

En réalité, HRW a constaté dans les deux cas que les autorités israéliennes, soutenues par une politique d’État, ont intentionnellement provoqué le déplacement forcé massif, délibéré et de longue durée de civil·es palestinien·nes, constituant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Dans les deux cas, de hauts responsables israéliens ont affiché ouvertement leur intention d’expulser les Palestinien·nes et de les maintenir hors de certaines parties de Gaza et de la Cisjordanie.

Désormais au Liban, les autorités israéliennes semblent enclencher le même processus de déplacement forcé. Plusieurs expert·es des Nations Unies ont tiré la même sonnette d’alarme.

Le 16 mars, le ministre israélien de la Défense Israel Katz a déclaré : « Les résident·es chiites du sud du Liban qui ont évacué. es… ne rentreront pas dans leurs foyers au sud de la zone du Litani tant que la sécurité des habitant·es du nord d’Israël ne sera pas garantie. » Sous cet angle, le déplacement de la population chiite ressemble moins à une nécessité militaire temporaire qu’à une manœuvre visant à déplacer durablement la population civile en raison de sa religion.

Alors que le monde assiste à des scènes de déplacement de masse et de destruction, les pays disposant d’un levier sur Israël devraient l’utiliser pour mettre fin aux atrocités en cours, notamment en imposant des sanctions ciblées, en suspendant les transferts d’armements, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels, et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, y compris en exécutant ses mandats d’arrêt.

L’absence de responsabilisation pour les violations du droit international humanitaire à Gaza et en Cisjordanie doit également cesser. Sans pression internationale significative et sans poursuites crédibles pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, les autorités israéliennes et leur armée resteront enhardies à poursuivre une stratégie de déplacement forcé et de refus permanent du retour à travers toute la région.

La communauté internationale peut et doit faire mieux. Les gouvernements doivent agir d’urgence pour mettre fin au déplacement forcé potentiel de civil·es au Liban, garantir leur droit au retour, et prévenir de nouvelles attaques contre les civil·es libanais·es.

Nadia Hardman est chercheuse senior spécialisée dans les droits des réfugié·es et des migrant·es à Human Rights Watch.

Traduction pour l’Agence Média Palestine : L.D

Source: Al jazeera 

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