La violence coloniale continue de s’abattre sur les Palestinien·nes de Cisjordanie, les attaques de colons et les saisies de terres se prépétuant dans l’ombre de la guerre israélo-étasunienne en Iran et au Liban.
Par l’Agence Média Palestine, le 24 mars 2026

Alors que les musulman·es du monde entier célébraient l’Aïd al-Fitr, marquant la fin du ramadan, et que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran entrait dans sa quatrième semaine, Israël déploie une nouvelle vague de violence à l’encontre des Palestinien·nes de Cisjordanie.
L’armée israélienne a procédé à une série d’arrestations et de nombreuses localités ont été arbitrairement fermées, tandis que des colons israéliens ont semé la terreur, incendiant des maisons, agressant des habitant·es et rasant des oliveraies au bulldozer.
La violence sous protection des colons israéliens
Ce matin, l’agence de presse Wafa rapporte que cinq travailleurs palestiniens ont été renversés par des colons dans deux incidents distincts. Le premier a eu lieu près du village de Wadi Fukin, à l’ouest de Bethléem, lorsqu’un colon en voiture a blessé quatre Palestiniens qui se rendaient à pied sur leur lieu de travail à Jérusalem.
L’agence Wafa indique qu’un autre colon a renversé un Palestinien après que la police israélienne l’ait blessé par balle à la jambe. Il a été transféré dans un hôpital de Jérusalem pour y être soigné. Cinq autres travailleurs palestiniens se rendant à Jérusalem ont été arrêtés ce matin.
Ces faits ne sont qu’une partie des agressions continues que subissent les Palestinien·nes de Cisjordanie chaque jour, une violence qui connait une accélération dangereuse depuis samedi, alors que des colons tentent d’imposer une punition collective aux Palestinien·nes suite à la mort de Yehuda Sherman dans des circonstances incertaines.
Les colons affirment que Yehuda Sherman aurait été tué par des Palestinien·nes qui l’auraient percuté volontairement. Des membres de la communauté palestinienne locale suggèrent que le colon aurait volé la camionnette d’un agriculteur et l’aurait précipitée dans un fossé. Yehuda Sherman vivait dans l’avant-poste illégal d’Elon Moreh et se rendait chaque jour sur les terres des Palestinien-nes voisin-e pour y faire paître son troupeau.
Témoignant de l’ancrage profond du soutien aux colons au sein du gouvernement israélien, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a assisté dimanche aux funérailles de Yehuda Sherman et a déclaré que le gouvernement israélien s’efforçait de renverser l’Autorité palestinienne et de mettre fin à l’autonomie relative des Palestinien·nes de Cisjordanie.
Deux nuits d’épouvante
En réponse à ce qu’ils considèrent comme un meurtre, des violences de colons israéliens ont éclaté à travers l’ensemble de la Cisjordanie, rarement interrompues par l’armée israélienne, qui a plutôt procédé à l’arrestation de plusieurs Palestinien·nes.
Des attaques simultanées ont eu lieu samedi soir dans au moins six localités, notamment dans les villages de Silat ad-Dhahr et d’al-Fandaqumiya près de Jénine, à Jalud et à Salfit au sud de Naplouse, ainsi que dans les régions agricoles de Masafer Yatta et de la vallée du Jourdain.
Les violences ont atteint leur paroxysme aux premières heures de dimanche, lorsqu’une centaine de colons masqués et vêtus de noir ont envahi les villages de Jalud et de Qaryut, au sud de Naplouse.
Selon des sources palestiniennes locales, ils auraient incendié au moins cinq véhicules, mis le feu à plus de dix maisons, incendié le bâtiment du conseil du village de Jalud, attaqué un camion de pompiers et blessé son conducteur, et tenté de brûler une mosquée.
Les violences se sont encore étendues dimanche : des colons ont incendié des véhicules à Deir Sharaf, au nord-ouest de Naplouse, ont mis le feu à des maisons et blessé des habitant·es à Deir al-Hatabe et ont tenté d’incendier un dispensaire à Burqa, stoppés de justesse par des habitant·es palestinien·es qui se sont interposé·es.
Au moins neuf Palestinien·nes ont été blessé·es au cours de ces nuits d’épouvante. Mais encore un fois et malgré les attaques ostentatoires des colons, ce sont principalement les Palestinien·nes qui ont été arrêté·es par les forces israéliennes.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, 25 Palestinien·nes ont été tué·es par des colons et des soldats israéliens depuis le début de l’année.
Routes bloquées et terres saisies
Al Jazeera rapporte, cette semaine encore, la continuité de la volonté coloniale d’annexer illégalement la Cisjordanie, par un effort coordonné des colons et des politiques, sans intervention ni mesure coercitive de la communauté internationale.
Des bulldozers israéliens ont été filmés en train de déraciner des oliviers pendant plusieurs jours à Nilin, le long du mur de séparation, tandis qu’à Huwara, dans le gouvernorat de Naplouse, plus de 100 dunams (0,1 km²) abritant plus de 1 500 oliviers ont été rasés au bulldozer. À Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie, des colons ont détruit plus de 130 oliviers à Khirbet Mughayir al-Abeed en lâchant, selon certaines informations, du bétail dans les terres cultivées pour qu’il s’y nourrisse.
À Fasayel al-Wusta, dans la vallée du Jourdain, les forces israéliennes ont démoli la dernière maison restante de la communauté, après le déplacement forcé de ses habitant·es quelques mois plus tôt, sous la menace des colons et malgré une décision de la Haute Cour israélienne autorisant la famille à rester. Une autre démolition menée par l’Administration civile israélienne a été photographiée lundi à Khirbet al-Marajim, au sud-ouest de Duma, dans le gouvernorat de Naplouse.
La circulation des Palestinien·nes est considérablement entravée cette semaine encore, de nombreuses barrières sont fermées, tant par l’armée israéienne que par les colons. Ceux-ci effectuent depuis la semaine dernière des blocages routiers pour protester contre des actions militaires israéliennes visant à démanteler un petit nombre d’avant-postes illégaux, des griefs qui se traduisent par des attaques à coups de pierres contre des véhicules palestiniens.
La guerre israélo-étasunienne en Iran tue en Palestine
Quatre femmes sont mortes dans la soirée du mercredi 18 mars, dans une explosion causée par les débris d’un missile iranien dans un salon de coiffure situé dans la ville de Beit Awwa, au sud-ouest d’Hébron.
Elles s’appelaient Mais Ghazi Masalmeh, 17 ans, Sahira Rizq Masalmeh, 50 ans, et Amal Sobhi Abdel Karim Matawa Masalmeh, 36 ans. La dernière victime, Asil Samir Masalmeh, âgée de 32 ans, était enceinte de six mois. Treize autres personnes ont été blessées.
Des témoins oculaires rapportent qu’une bombe ou une partie de bombe a atterri à environ un mètre du salon où elles se trouvaient, avant de ricocher à l’intérieur. Les autorités palestiniennes n’ont pas pu confirmer si les éclats d’obus qui les ont tuées provenaient d’un missile iranien ou d’un intercepteur israélien utilisé pour l’abattre.
La défense civile palestinienne, les équipes médicales et les équipes de déminage du ministère de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne sont intervenues sur les lieux pour prendre en charge les survivant-es et sécuriser la zone, a indiqué l’agence Wafa, ajoutant que des avertissements avaient été lancés à la population locale pour qu’elle se réfugie dans des zones sûres pendant les attaques et qu’elle se tienne à l’écart des débris de missiles laissés par les frappes.
Ces quatre femmes sont les premières Palestiniennes à trouver la mort dans la guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui a débuté le 28 février. La chute de 198 fragments de roquettes dans différentes zones des gouvernorats ont été signalés à travers la Cisjordanie au cours de cette période, représentant une menace directe pour les habitant-es, car les Palestinien·nes résidant en Cisjordanie occupée n’ont pas accès à des abris fortifiés, qui sont pourtant courants en Israël.



